La charte des valeurs, entre division et inclusion

Charte des valeurs : il faudra « me passer sur le corps », dit Couillard

Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec (PLQ) Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec (PLQ)  Photo :  PC/Presse Canadienne/Jacques Boissinot

Philippe Couillard a prévenu le gouvernement de Pauline Marois qu'il faudra lui « passer sur le corps » avant d'adopter une charte qui institutionnalise une « discrimination à l'emploi » et a ouvertement invité la première ministre à déclencher des élections.

Dans un discours à forte saveur préélectorale, le chef libéral a affirmé que le Parti québécois (PQ) serait à blâmer si la Charte des valeurs québécoises entraînait de malheureuses conséquences.

« On a affaire à une charte de la chicane composée par des bricoleurs de la chicane et des apprentis-sorciers qui ont déclenché un mouvement parmi notre société qui risque de laisser des traces profondes et douloureuses », a-t-il tonné.

« C'est leur responsabilité, on leur demandera des comptes pour ça », a-t-il martelé devant environ 600 personnes réunies à Montréal dans le cadre d'un événement visant à séduire l'électorat féminin.

Philippe Couillard s'est néanmoins bien gardé d'établir un lien de cause à effet entre le débat enflammé entourant cette charte et un malheureux incident survenu à Québec il y a quelques jours.

Le quotidien Le Soleil a rapporté dimanche que deux femmes avaient copieusement insulté une femme voilée en plus de lui cracher au visage et de l'enjoindre à changer de religion.

« Quand il y a des épisodes aussi désagréables et répréhensibles, avant de l'associer à la politique que le gouvernement a mise en place, je vais garder une prudence », a-t-il dit aux journalistes.

« Je suis inquiet, cependant; ça m'inquiète de voir ce climat-là. S'il fallait qu'il y ait des événements répétés, il faudrait peut-être en venir à cette conclusion », a-t-il néanmoins ajouté.

« Be my guest »

Le rassemblement de dimanche a été l'occasion pour le Parti libéral du Québec (PLQ) de se présenter non seulement comme le champion de l'égalité hommes-femmes, mais également comme celui qui est le mieux placé pour défendre les droits des minorités.

Mais la priorité des libéraux est ailleurs, a tenu à rappeler Philippe Couillard.

Alors que des rumeurs de déclenchement d'élections circulent, le chef a clairement fait son nid: le thème du prochain scrutin, au PLQ, sera celui de l'économie.

Et les troupes libérales sont prêtes à faire face à la musique, a fait remarquer l'ancien ministre de la Santé.

« Bien sûr, oui, on se prépare à un rendez-vous électoral, mais on ne sait pas quand il aura lieu. Mais c'est certain qu'on doit se préparer », a-t-il affirmé.

« Mon message à [la première ministre Pauline Marois], c'est que si elle veut déclencher une élection sur la question des libertés, je l'invite à le faire (be my guest) », a-t-il lancé en anglais lors d'une mêlée de presse.

La charte des valeurs, un débat de société

« Fracture sociale »

Les rues de Montréal ont été le théâtre, samedi, d'une manifestation contre la Charte des valeurs québécoises telle que proposée par le PQ.

Le Québec s'apprête-t-il à plonger dans une autre crise sociale, quelques mois après le conflit étudiant du printemps dernier?

Philippe Couillard craint à tout le moins que le projet de charte ne provoque des « tensions » et qu'il puisse mener à une « fracture sociale ».

« D'ailleurs, c'est bizarre. Je ne les ai pas vus [les péquistes] manifester avec la population hier (samedi). Il semble que pour une autre cause, ils étaient très heureux de descendre dans les rues et frapper sur des casseroles », a-t-il ironisé.

« Ça témoigne de la façon dont ils perçoivent les libertés dans notre société, a-t-il poursuivi. Le gouvernement devrait être très, très prudent et voir les choses à long terme, dans le meilleur intérêt des Québécois », a-t-il exposé.

En entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne, le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, a affirmé qu'il ne voyait pas le danger de voir le Québec replonger dans une crise comparable à celle du printemps 2012.

« Non, je ne vois pas ça, moi. Je ne vois pas ça. On est une société qui est capable de débattre. J'ai confiance aux Québécois; ils sont capables d'entreprendre des grands débats. On est une société assez exemplaire là-dessus », a plaidé le ministre Duchesne.

La Presse Canadienne