Mulroney passe aux aveux

Le reportage de Guy Gendron

L'ancien premier ministre du Canada, Brian Mulroney, reconnaît aujourd'hui avoir trompé les Canadiens sur ses intentions concernant l'accord de libre-échange avec les États-Unis. Il affirme également avoir proposé un poste de sénateur à Jacques Parizeau.

Dans une série biographique de quatre heures qui lui est consacrée et dont le premier épisode sera diffusé vendredi sur les ondes d'ICI Radio-Canada Télé, Brian Mulroney reconnaît avoir convenu de lancer les négociations de libre-échange avec le président américain Ronald Reagan, six mois avant d'en faire l'annonce aux Canadiens. Pendant ce temps, il a toujours nié vouloir établir une zone de libre-échange.

En septembre 1985, un an après l'élection qui a porté au pouvoir les progressistes-conservateurs de Brian Mulroney, la Commission MacDonald, mise sur pied par le gouvernement libéral précédent, recommande de lancer des négociations de libre-échange avec les États-Unis.

« Il n'est pas question de libre-échange », dit Brian Mulroney.

Pourtant, il admet aujourd'hui que c'est lui-même qui - six mois plus tôt, lors du sommet de Québec avec le président Ronald Reagan - avait proposé d'entreprendre ces négociations.

Le projet est alors ultrasecret. Les fonctionnaires reçoivent l'ordre de ne pas l'ébruiter. Le public canadien ne doit pas savoir.

« C'était trop tôt, il fallait penser à préparer le terrain un peu. » — Brian Mulroney

Brian Mulroney s'était opposé au libre-échange deux ans plus tôt, lors de la course à la direction de son parti, conformément à la position historique des conservateurs.

Il lui a fallu beaucoup d'efforts pour convaincre le caucus de ses députés de renverser les rôles.

Au Québec, l'idée du libre-échange est alors appuyée par les libéraux de Robert Bourassa et par le Parti québécois.

Jacques Parizeau, sénateur?

Courtiser Jacques Parizeau

Brian Mulroney envisage alors de recruter Jacques Parizeau, qui avait alors quitté la politique pour retourner à l'enseignement, pour en faire le conégociateur du libre-échange.

Il y renonce, mais lui offre plutôt un poste de sénateur.

« Je pense que c'est la première fois que je le dis, mais c'est vrai. J'ai offert à Jacques Parizeau d'être sénateur - pas conservateur; sénateur indépendant. » — Brian Mulroney

La proposition faite à Jacques Parizeau s'explique par la volonté de M. Mulroney de réaliser son autre grand projet, la réconciliation nationale avec le Québec, qui culminera en 1987 avec l'accord du lac Meech.

Mais, l'accord du lac Meech est défait en juin 1990 lorsque Clyde Wells, premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, refuse de tenir un vote sur sa ratification dans son Assemblée législative.

Brian Mulroney en porte encore le deuil. « C'était le pire moment de ma vie en politique. Ou même, des fois je pense, de ma vie entière », dit-il.

Brian Mulroney quittera la vie politique trois ans plus tard, sans avoir réussi à accomplir cette réconciliation qui était au cœur de son engagement politique.

D'après le reportage de Guy Gendron

Brian Mulroney

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