Commissions scolaires : « Qui sème le vent récolte la tempête »

Les explications de Sébastien Bovet

Le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, reproche à la première ministre Pauline Marois de revenir sur sa position dans le dossier de la taxation scolaire.

Devant les réductions budgétaires imposées par le gouvernement québécois, des commissions scolaires ont décidé d'augmenter les taxes scolaires, une pratique que la ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, avait cautionnée en février dernier.

Philippe Couillard ne comprend donc pas que la première ministre réprimande maintenant les commissions scolaires pour avoir emprunté cette voie.

« [...] Il y a quelques semaines, la ministre de l'Éducation disait aux commissions "Allez, taxez, le champ vous est ouvert". Et maintenant, se rendant compte du tollé que ça soulève, elle veut rétablir les choses. Mais il est peut-être un peu tard. Qui sème le vent récolte la tempête. Le proverbe le dit. »

De passage dans les studios d'ICI Première de Radio-Canada, le chef du PLQ a soutenu que son parti se tenait prêt à toute éventualité. Il refuse de commenter la dernière rumeur qui avance un scénario d'élections générales pour le 9 décembre, mais il précise que son parti sera prêt. « N'ayant pas le contrôle sur l'ensemble des scénarios, notre parti se doit d'être prêt, explique M. Couillard. Mais, j'ai toujours dit et je le répète, défaire un gouvernement en chambre ce n'est pas un programme. Un programme, c'est présenter des idées à la population et être prêt à les mettre en place. »

« Oui, on travaille pour être prêts le cas échéant. » — Philippe Couillard, sur les rumeurs d'élections

Laïcité ouverte et libertés individuelles

Forcé de prendre position sur la charte des valeurs québécoises du gouvernement, le chef du PLQ rappelle, en introduction, les thèmes chers à son parti : l'économie, l'emploi et les finances publiques. « C'est ça qui préoccupe le monde au jour le jour au Québec », prétend M. Couillard. « Mais, une société n'est pas qu'économique. Une société, c'est comment nous vivons ensemble, particulièrement avec cette diversité qui augmente, ce qui est un atout pour le Québec. »

La charte des valeurs québécoises du PQ fait fausse route, selon M. Couillard. « Elle dit : "ne viens pas travailler au gouvernement si t'es habillé comme ça". [...] Je n'en reviens pas qu'on soit prêt à faire ça au Québec. Ce n'est pas comme ça qu'on gère la diversité. C'est pas comme ça en disant aux femmes musulmanes entre autres : "Viens pas travailler!", qu'on va les intégrer. »

Le chef du PLQ estime que le fait de travailler au sein de la fonction publique est un signe d'intégration pour les « gens qui viennent d'ailleurs ». « Tant que le visage n'est pas voilé et qu'il n'y a pas de prosélytisme, quel est le problème? » M. Couillard croit qu'il faut gérer les problèmes en s'appuyant sur le respect des libertés individuelles.

La charte des valeurs, un débat de société

« L'être humain n'est pas qu'un robot automatique qui nie sa spiritualité et son besoin de comprendre le sens de la vie, poursuit-il. La laïcité ne doit pas être confondue avec la nécessité de cacher, de dissimuler ou d'interdire cette expression-là. Tant qu'elle ne s'accompagne pas de prosélytisme, cette expression-là est correcte. »

« Le grand défi, c'est de créer une identité québécoise qui rallie tous les Québécois qui sont de plus en plus d'origines diverses. » — Philippe Couillard

« On ne peut pas penser à bâtir une nation, l'esprit de citoyenneté, quand régulièrement 10, 15 ou même 20 % de la population s'estime exclue de cette définition-là. »

Le chef du PLQ prône une laïcité ouverte, une laïcité des institutions de l'État, mais non celle des individus. M. Couillard défend les libertés individuelles protégées par la Charte canadienne des droits et libertés tout en prenant une certaine distance vis-à-vis du multiculturalisme. Il reproche à cette vision du Canada une absence de reconnaissance des majorités régionales.

« Le multiculturalisme, qui voit au Canada un ensemble de communautés plus ou moins équivalentes, et, c'est le grand problème [...]. Or, nous sommes - les francophones - une majorité au Québec [...] et une minorité également au niveau canadien et nord-américain. Donc, il faut une gestion de vie commune qui prend cette réalité en compte et qui permet d'affirmer notre caractère spécifique, mais sans nier - attention ! - à qui que ce soit, les libertés individuelles. »

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