Constitution : Trudeau impute la non-signature de Québec à Lévesque

Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada  Photo :  PC/Justin Tang

À la veille d'une visite officielle à Québec, Justin Trudeau a laissé entendre que Québec avait « choisi » de ne pas signer la Constitution de 1982 parce que son premier ministre de l'époque - René Lévesque - était souverainiste.

Ses propos n'ont pas manqué de hérisser le gouvernement péquiste en place, qui a immédiatement reproché au nouveau chef libéral fédéral son « arrogance ».

M. Trudeau a émis ces commentaires alors qu'il soulignait le 31e anniversaire de la Charte canadienne des droits et libertés, partie intégrante de la Constitution que Québec n'a toujours pas signée.

« Le NPD a toujours été particulièrement tiède dans son approche quant à la Charte des droits et libertés en raison de la façon malheureuse dont Québec a choisi de ne pas signer la Constitution parce qu'il avait un premier ministre provincial qui était souverainiste au début des années 1980 », a-t-il avancé.

Selon M. Trudeau, le gouvernement péquiste de l'époque ne voyait pas l'intérêt politique d'apposer sa signature sur le fameux document.

« En 82, le Québec avait un premier ministre qui n'allait rien faire pour rendre le Canada plus fort parce qu'il croyait que la meilleure piste pour protéger les Québécois et la culture québécoise, c'était de ressortir [le Québec] du Canada et donc d'affaiblir le Canada. »

Sa vision de l'histoire s'est immédiatement heurtée à celle du gouvernement de Pauline Marois.

« C'est faire preuve d'une arrogance et d'un mépris envers tous les Québécois », a critiqué le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadienne, Alexandre Cloutier.

Il a rappelé qu'aucun des premiers ministres qui ont suivi M. Lévesque, y compris les fédéralistes, n'a voulu signer la Constitution. Il a évoqué la « nuit des longs couteaux », qualifiant l'événement de « moment sombre ».

« M. Trudeau devrait admettre les gestes graves en violation de principes démocratiques posés par son père et devrait s'excuser de faire preuve d'un tel mépris de l'histoire du Québec », a tranché M. Cloutier.

L'an dernier, l'Assemblée nationale a voté en faveur d'une motion réaffirmant qu'elle n'avait « jamais adhéré à cette loi qui a eu pour effet de diminuer les pouvoirs et les droits du Québec sans son consentement ».

Mardi, les députés de la législature québécoise ont d'autre part unanimement voté pour une motion demandant de faire la lumière sur les circonstances entourant son rapatriement. Dans son livre La bataille de Londres, paru récemment, l'historien Frédéric Bastien soutient que le juge en chef de la Cour suprême du Canada de l'époque, Bora Laskin, aurait communiqué des informations confidentielles lors de délibérations sur la procédure de rapatriement.

M. Trudeau doit rencontrer le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Philippe Couillard, et celui de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, jeudi. L'agenda de la première ministre Pauline Marois n'était toutefois pas compatible avec le sien.

« J'ai hâte d'échanger sur ces sujets avec les chefs de partis à Québec, mais j'ai encore plus hâte de parler d'économie, d'environnement, d'éducation, de notre système de santé, de nos programmes sociaux et des enjeux sur lesquels les Canadiens se sont exprimés pendant cette campagne au leadership », a noté M. Trudeau.

La Charte

M. Trudeau avait choisi d'amorcer son tout premier caucus à titre de chef libéral en faisant l'apologie de la Charte canadienne des droits et libertés, l'un des héritages de son père, Pierre Elliott Trudeau.

Devant députés, sénateurs et personnel politique, M. Trudeau a soutenu que ce qui distinguait son parti de celui des conservateurs et celui des néo-démocrates, c'était justement cette Charte.

Selon lui, les conservateurs refusent de la célébrer parce qu'ils n'ont pas confiance dans le « mécanisme » qui assure les droits et libertés des Canadiens.

Les néo-démocrates quant à eux sont à ses yeux en « conflit » sur la question, par calcul politique, parce qu'ils ont choisi de « se plier » aux souverainistes qui n'apprécient pas cette législation.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a rétorqué que c'était complètement faux. Tout en signalant l'importance de la Charte, il a soutenu qu'il était « inacceptable » que l'une des provinces-clés en soit exclue.

« Les libéraux ont perdu le Québec il y a une génération et ne supportent pas qu'avec une offre positive et optimiste, le NPD est en train de connecter les Québécois avec le Canada à nouveau », a affirmé M. Mulcair.

Du côté des conservateurs, l'attaché de presse au bureau du premier ministre, Carl Vallée, a écrit sur Twitter « qu'après avoir dit qu'il ne rouvrirait pas les vieilles chicanes, Justin Trudeau fait exactement le contraire ».

Quant au chef bloquiste Daniel Paillé, il estime que les propos tenus par M. Trudeau prouvent qu'il a une méconnaissance totale du Québec. « Ça veut dire qu'il a des croûtes à manger et qu'il a des devoirs à faire », a-t-il insisté.

La Presse Canadienne

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