Le felquiste Paul Rose est mort

Le reportage de Gilles Gougeon

L'un des principaux acteurs de la crise d'Octobre qui a marqué le Canada en 1970 n'est plus. Paul Rose, le militant, politologue et syndicaliste québécois, est mort d'un accident vasculaire cérébral jeudi matin, à l'hôpital Sacré-Coeur de Montréal.

L'ancien chef de la cellule Chénier du Front de Libération du Québec (FLQ) était âgé de 69 ans. Sa mort a été confirmée jeudi midi par sa conjointe, Andrée Bergeron. M. Rose était père de deux enfants, Félix et Rosalie.

Figure connue de l'histoire politique québécoise, Paul Rose a été condamné en mars 1971 à la prison à perpétuité pour l'enlèvement et le meurtre de Pierre Laporte, ministre libéral du Travail et de l'Immigration, renommé « ministre du Chômage et de l'Assimilation » par le FLQ. Ses conditions de détention étaient particulièrement sévères, selon son ami Pierre Dubuc, rédacteur en chef de L'Aut'Journal. « Après la crise d'Octobre, on a essayé de le casser. [...] Il était dans la seule cellule où il n'y avait pas de rayon de soleil qui pénétrait », affirme M. Dubuc, qui a rencontré Paul Rose pour la première fois au milieu des années 80.

Deux autres membres de la cellule Chénier, son frère Jacques Rose et Francis Simard, ont aussi été condamnés pour le meurtre de Pierre Laporte, retrouvé sans vie dans le coffre d'une voiture à Saint-Hubert, le 17 octobre 1970.

En 1982, Paul Rose a obtenu une libération conditionnelle. Il a consacré le reste de sa vie à la promotion de la souveraineté du Québec. « Il n'aurait pas fait de mal à une mouche », soutient M. Dubuc. Mais Paul Rose était un individu « très déterminé », prêt à « aller jusqu'au bout », rajoute-t-il. Il a milité toute sa vie dans le mouvement souverainiste, mais, à ses yeux, le Parti québécois était « trop mou », dit Pierre Dubuc.

« S'il y avait eu un parti populaire de gauche de masse, sans doute qu'il n'aurait pas fait ce qu'il a fait. » — Pierre Dubuc, rédacteur en chef de L'Aut'Journal et ami de Paul Rose

Dans les années qui suivirent sa libération, Paul Rose a écrit pour des journaux de gauche et il a été chef du Parti de la démocratie socialiste jusqu'au début des années 2000.

Paul Rose Paul Rose (archives)

Il a aussi oeuvré dans les rangs de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) à titre de conseiller syndical.

La crise d'Octobre

En 1970, le Québec traversait l'une des pires crises de son histoire. Pendant plusieurs semaines, la population a été tenue en haleine après l'enlèvement, par le FLQ, du ministre Pierre Laporte et du diplomate britannique James Richard Cross.

Les felquistes revendiquaient un changement dans la société, notamment en ce qui touche le monde des affaires, dominé à l'époque par la communauté anglophone. Ils voyaient dans la séparation du Québec une façon de régler le problème.

Au cours de cette période, les Forces canadiennes ont été déployées au Québec et des centaines de personnes ont été arrêtées en vertu de la Loi sur les mesures de guerre décrétée par le premier ministre du Canada de l'époque, Pierre Elliott Trudeau.

Le Parti québécois n'a pour le moment émis aucun commentaire au sujet de la mort du militant souverainiste. Québec solidaire a publié un bref communiqué précisant que Paul Rose était un des fondateurs du Parti pour la démocratie socialiste, l'ancêtre de Québec solidaire.

« Toute sa vie, Paul Rose est demeuré convaincu de la nécessité de lutter pour la libération nationale et l'émancipation sociale du peuple québécois. Il a choisi, après les dramatiques événements d'octobre 1970, de mener cette lutte sur le terrain de la démocratie et de l'implication citoyenne », pouvait-on lire dans le communiqué de Québec solidaire.

Le Front de libération du Québec

Le FLQ est un mouvement politique radical qui a vu le jour au Québec au cours des années 1960.

Convaincus que le seul moyen pour les francophones de s'affranchir de la domination politique et économique des anglophones était de séparer le Québec par la force, les felquistes ont opté pour le terrorisme.

Entre 1963 et 1970, le FLQ a commis près de 200 crimes violents au Québec, dont des vols de dynamite, des attentats à la bombe et des braquages de banque.

Deux assassinats leur sont attribués, dont celui du ministre libéral Pierre Laporte, et au moins trois de leurs crimes ont fait des morts lors d'attentats à la bombe ou de fusillades.

En tout, 23 membres du FLQ ont été condamnés pour ces violences, dont quatre pour meurtre.