Réforme de l'assurance-emploi

Réforme de l'assurance-emploi : Maltais rentre bredouille

Le reportage de Daniel Thibeault

La ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et du Travail du Québec, Agnès Maltais, revient d'Ottawa bredouille. Dans un point de presse mercredi, en début de soirée, celle qui avait tendu la main à sa vis-à-vis fédérale, Diane Finley, tout en réclamant une suspension de la réforme de l'assurance-emploi, a expliqué s'être fait servir une fin de non-recevoir.

Mme Maltais a déclaré que non seulement la ministre Finley campait sur la position de son gouvernement, mais que « ce qui m'a terriblement inquiétée, a-t-elle dit, c'est que les impacts seront analysés après coup et que les changements seront peut-être effectués à ce moment-là. C'est insensé! »

« Maintenant, j'en suis sûre, il n'y a pas eu d'études d'impacts sur cette réforme », s'est exclamée la ministre qui a eu 20 minutes pour expliquer à Mme Finley les particularités du marché de l'emploi dans l'est de la province.

Le ministre Steven Blaney Le ministre Steven Blaney  Photo :  PC/FRED CHARTRAND

Diane Finley a esquivé les journalistes à sa sortie de la réunion, envoyant plutôt le ministre des Anciens Combattants, Steven Blaney, répondre à leurs questions.

« La ministre Maltais a reconnu que la réforme a des objectifs et que c'est une réforme qui est noble », a soutenu M. Blaney en assurant que contrairement à ce que Mme Maltais prétendait, « la ministre Finley a fait part qu'elle avait bien sûr des études qui avait été faites pour mener à la réforme », a-t-il dit.

De hauts fonctionnaires répondent aux questions des journalistes

Le gouvernement de Stephen Harper estime qu'il reste à récupérer 330 millions de dollars payés en trop aux prestataires d'assurance-emploi l'an dernier, mais il ignore quelle partie de cette somme est attribuable à la fraude.

De hauts fonctionnaires du ministère des Ressources humaines et du Développement des compétences ont tenu une séance d'information, mercredi, pour renseigner les journalistes sur le dossier.Ils n'ont cependant pas été en mesure d'indiquer combien de fraudeurs avaient été débusqués et traînés devant les tribunaux.

Le manque à gagner dans les coffres du programme n'est pas qu'attribuable à la fraude. « On parle d'erreurs, d'abus, mais aussi de paiements futurs incorrects », a spécifié une fonctionnaire.

Rien n'indique d'ailleurs que le nombre de fraudes du programme d'assurance-emploi soit en hausse. « C'est relativement constant », a-t-elle noté.

Les municipalités se mobilisent

Agnès Maltais n'était pas seule à se rendre à Ottawa. Des représentants de municipalités québécoises ont aussi rencontré la ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences du Canada, sans plus de succès. Les membres de la Coalition de l'Est sur l'assurance-emploi ont qualifié le bilan de la rencontre de « plus que mince », déplorant une incompréhension « presque totale », a dit le porte-parole Bertrand Berger.

« C'est un gouvernement majoritaire, c'est un gouvernement qui n'a pas beaucoup d'assises au Québec, et puis qui fait actuellement ce qu'il veut. Il y a peu d'écoute de sa part [...]. C'est très dommage », a-t-il résumé.

Il promet néanmoins que la mobilisation « est là pour rester ».

« Nous, dans les régions du Québec, on est habitués à se battre », a lancé Allen Cormier, préfet de la MRC de Haute-Gaspésie.

Des manifestations ont eu lieu dans différentes municipalités de l'est du Québec mercredi et à Shediac au Nouveau-Brunswick.

La FTQ qualifie la ministre Finley de « têtue comme une mule »

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) a vivement réagi à l'échec de la rencontre Maltais-Finley, son secrétaire-général Daniel Boyer qualifiant la ministre fédérale de « têtue comme une mule ».

« On a rarement vu ça », a dit M. Boyer. « C'est comme si la ministre Finley se bouchait complètement les yeux et les oreilles afin de passer outre aux conséquences terribles de la réforme de l'assurance-emploi sur les travailleurs et travailleuses du Québec, occupant des emplois surtout saisonniers et temporaires. Pourtant, ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre les ravages de cette réforme. Franchement, on nous dirait que les conservateurs prennent leur revanche contre les populations qui ont le moins voté pour eux qu'on ne serait pas étonné. La ministre Finley a écouté, mais visiblement elle n'a rien compris », a déclaré Daniel Boyer.

La réforme de l'assurance-emploi

Ottawa a changé les critères d'admissibilité à l'assurance-emploi en janvier dernier. Les travailleurs saisonniers sont particulièrement touchés par les nouvelles mesures, puisqu'ils seront désormais contraints d'accepter du travail dans un rayon de 100 km autour de leur résidence, soit une heure de route, et consentir à des emplois offrant 70 % du salaire de leur emploi précédent. Les chômeurs qui refuseraient de se soumettre à ses nouvelles conditions perdraient leurs prestations d'assurance-emploi.

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