Hydro-Québec perd des millions en achetant de l'électricité aux minicentrales

Le reportage de Christian Latreille

Exclusif - En obligeant Hydro-Québec à acheter l'électricité des minicentrales privées, l'État se prive de dizaines de millions de dollars chaque année. Des chiffres compilés par la Fondation Rivières démontrent en effet qu'Hydro-Québec revend à perte l'électricité qu'elle achète à 58 minicentrales privées depuis le milieu des années 1990.

La société d'État paye 8 ¢ le kilowattheure aux producteurs privés, selon des contrats signés pour 20 ans. Or, depuis 2009, les prix sur les marchés extérieurs l'obligent à revendre cette électricité à 6 ¢, 5 ¢ et même 4 ¢ le kilowattheure, soit jusqu'à la moitié du prix coûtant.

« Il y a comme un non-sens là-dedans, et c'est ce qu'on dénonce », affirme Mikael Rioux, membre du conseil d'administration de la Fondation Rivières.

Seulement en 2012, Hydro-Québec a perdu près de 50 millions de dollars, selon les données de la fondation. Nous avons soumis à l'analyste en énergie Jean-François Blain les chiffres de la Fondation Rivières qui couvrent la période 1993 à 2013.

« Au total, sur ces deux décennies-là ces achats vont coûter à la collectivité à peu près trois fois plus qu'une quantité d'énergie équivalente qui aurait pu nous être fournie par notre propre société d'État », affirme-t-il, précisant que ces données sont réalistes.

Ces pertes réduisent les sommes versées par Hydro-Québec au gouvernement du Québec, son unique actionnaire.

« Est-ce qu'Hydro-Québec devrait cesser d'acheter de l'électricité à ces minicentrales-là? Oui. Le gouvernement qui est notre représentant devrait cesser d'imposer des décisions politiques aussi inconséquentes à Hydro-Québec à nos frais », affirme Jean-François Blain.

Mais si Hydro perd de l'argent et accumule des surplus d'électricité, les producteurs privés, eux, font des profits que certaines municipalités aimeraient encaisser. C'est le cas de Rivière-du-Loup, où se trouvent deux minicentrales.

« Les minicentrales qui sont à renouveler leur contrat présentement [...] on est prêt, demain matin, à acheter ces minicentrales-là pour obtenir de nouveaux revenus autres que le compte de taxes », explique le maire de Rivière-du-Loup, Michel Morin.

Du côté de la Fondation Rivières, on souhaite que Québec intervienne rapidement.

« On espère que le gouvernement va mettre ses culottes et, à la fin de ces contrats, va reprendre le contrôle des contrats de minicentrales électriques privées », dit Mikael Rioux.

Hydro-Québec affirme qu'elle va devoir respecter les contrats signés avec les propriétaires privés de minicentrales. Ces contrats sont renouvelables tous les 20 ans, même si la société d'État perd des millions de dollars.

D'après un reportage de Christian Latreille

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