Parizeau amène de l'eau au moulin de la gratuité

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Jacques Parizeau

L'intervention de l'ancien premier ministre du Québec Jacques Parizeau en faveur de la gratuité de l'université a retenu l'attention, mardi, jour de rentrée parlementaire. Des ministres de sa famille politique, qui prône une indexation des droits de scolarité, se sont empressés de banaliser cette sortie.

Dans une entrevue accordée au quotidien Le Devoir, M. Parizeau a déclaré que la gratuité scolaire était « une question complexe », mais qu'elle était réaliste et qu'elle méritait d'être étudiée.

M. Parizeau explique que le gel des droits de scolarité établi en 1968 et maintenu jusqu'en 1989 devait mener à la gratuité. Il soutient que l'objectif du gel était de laisser les droits de scolarité être grignotés progressivement par l'inflation de sorte qu'ils représentent une portion de moins en moins importante du budget des étudiants.

Ancien ministre des Finances et du Revenu du Québec, M. Parizeau donne ainsi un coup de pouce aux associations étudiantes. Il estime notamment que la taxe sur le capital, abolie par le gouvernement de Jean Charest, aurait permis de financer la gratuité.

Le ministre des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce, Jean-François Lisée, a tenté de minimiser les propos de M. Parizeau à l'entrée du caucus du Parti québécois (PQ), mardi matin.

M. Lisée estime que la contribution de M. Parizeau à l'élaboration du Québec moderne lui donne le droit d'exprimer ses opinions sur le sujet de son choix. Il a d'ailleurs salué l'intervention de M. Parizeau. « Voilà quelqu'un qui a énormément de connaissances, d'expérience, qui apporte son point de vue. Ce n'est pas celui du gouvernement en ce moment, mais le gouvernement a dit que la gratuité serait aussi en débat même si ce n'est pas la préférence du gouvernement. »

« Si à chaque fois que quelqu'un contribue au débat, on dit que ça dérange, c'est un pavé... ce n'est pas notre vision des choses. Au PQ, on est un parti d'idées, de débats. » — Jean-François Lisée

De son côté, le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a fait comprendre que, quelle que soit l'issue des discussions au Sommet, il n'avait pas l'intention d'augmenter les taxes ou de dévier de sa trajectoire vers le déficit zéro l'an prochain.

Quant à la première ministre Pauline Marois, elle a refusé de commenter la sortie de M. Parizeau.

L'esprit de la Révolution tranquille

L'ancien ministre des Finances Raymond Bachand s'oppose, quant à lui, à cette vision de la gratuité à l'université. M. Bachand estime que M. Parizeau et le PQ font fausse route en parlant de gratuité scolaire. « Un étudiant, qui fera 500 000 $ de plus qu'un autre qui a fini son secondaire, ne doit-il pas payer une part de ses droits de scolarité? », a-t-il dit.

« On passe à côté du vrai débat, le financement des universités », soutient M. Bachand. « C'est un scandale ce qui se passe en ce moment avec les coupures dans les universités, dans la recherche et le développement. »

M. Bachand estime que le contexte économique et démographique a changé depuis la Révolution tranquille et que le Québec doit s'arrimer avec la réalité actuelle. Il souligne « d'ailleurs qu'une grande partie de la dette provient de ces années où le Québec était en déficit [budgétaire] malgré la croissance économique ».

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