Québec met fin aux projets de minicentrales hydroélectriques

Le reportage de Martine Biron

La ministre québécoise des Ressources naturelles, Martine Ouellet, arrête le programme de petites centrales hydroélectriques de 50 MW et moins et annule six projets. Le projet de minicentrale hydroélectrique à Val-Jalbert est épargné.

Les projets touchés par la décision de Québec sont ;

Ces projets étaient à un stade préliminaire de réalisation.

Le gouvernement justifie sa décision par les surplus d'électricité d'Hydro-Québec : la société d'État aurait essuyé des pertes en achetant l'électricité produite par ces minicentrales.

Québec précise que le projet de Val-Jalbert (qui demeure l'objet de vives contestations) est épargné, puisqu'il est déjà à un stade de réalisation avancé.

« Le projet de Val-Jalbert avait déjà reçu toutes les approbations qui étaient nécessaires, même un rapport favorable du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Donc à ce moment, nous nous sommes attardés aux six projets dont l'approbation finale n'avait pas été émise », a dit la ministre Ouellet, en réponse à des journalistes mardi.

« Dans un contexte actuel de surplus énergétique, Hydro-Québec économisera 24 millions de dollars chaque année grâce à cette décision. C'est donc l'ensemble des Québécois qui seront gagnants en évitant des pertes importantes », affirmait la ministre, dans un communiqué diffusé plus tôt mardi.

La ministre précise que des discussions seront entamées avec les promoteurs concernés pour déterminer les indemnisations appropriées en fonction de l'état d'avancement des projets et des dépenses effectuées.

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet

Ces petites centrales devaient servir au développement économique local. C'est pourquoi le gouvernement dit vouloir consulter les municipalités et les communautés concernées pour tenter de trouver de nouveaux projets de développement économique.

La ministre déléguée aux Affaires autochtones, Élizabeth Larouche, dit de son côté être consciente des répercussions sur les communautés autochtones liées à ces projets et affirme vouloir trouver des solutions satisfaisantes pour tous.

Les libéraux surpris

Le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Jean-Marc Fournier, s'est dit particulièrement étonné de la décision du gouvernement.

« Je suis étonné qu'il y ait un virage à 180 degrés avec ce que [la première ministre] Marois disait il y a une dizaine de jours et que ça se fasse dans le dos des régions qui sont concernées. Et que ce soit terminal, sans que personne ne puisse analyser les effets et les coûts. À la fin, on gagne ou on perd et pour combien de temps? », s'est-il demandé, en point de presse à Québec.

M. Fournier s'étonne que Mme Marois ait dit récemment que les surplus d'électricité étaient un avantage plutôt qu'un inconvénient et que son gouvernement évoque ces surplus aujourd'hui pour justifier la fin du programme des minicentrales.

La CAQ satisfaite

Pour sa part, la Coalition avenir Québec (CAQ) accueille favorablement la décision du gouvernement de Pauline Marois. Toutefois, le député François Bonnardel a « exigé » que le projet de Val-Jalbert fasse partie des projets annulés.

« Sur les sept projets de minicentrales, seul celui de Val-Jalbert est maintenu. Tout le monde sait que Bernard Généreux, qui a accepté de se présenter pour le PQ dans une circonscription difficile aux dernières élections, pousse pour que se réalise ce projet depuis plusieurs années […] Les Québécois n'ont pas à faire les frais d'une récompense politique », a déclaré M. Bonnardel. 

Québec solidaire aussi

Allant dans le même sens que la CAQ, Québec solidaire s'est réjoui de la décision, mais interpelle également le gouvernement pour qu'il annule le projet de Val-Jalbert.

« J'appelle le gouvernement à être cohérent et courageux : il doit suspendre ce projet de Val-Jalbert également », a réagi Françoise David.

Par ailleurs, Québec solidaire s'interroge sur « ce qui a mené Hydro-Québec à prendre une série de décisions irrationnelles pour maintenir ces projets non rentables coûte que coûte sous le régime libéral ».

Enfin Québec solidaire souhaite que la commission Charbonneau « se penche sur les activités d'Hydro-Québec, particulièrement la gestion des contrats d'approvisionnement ».

La FQM consternée

Cette décision est accueillie avec « consternation » par la Fédération québécoise des municipalités (FQM) qui lance un appel au gouvernement du Québec pour « qu'il se ressaisisse et revienne sur sa décision afin d'éviter de laisser tomber les nombreuses communautés qui ont investi temps et argent dans des projets ».

Pour la FQM, la filière de la petite hydraulique est « particulièrement prometteuse, car elle offre la possibilité aux communautés de prendre en charge leur développement en misant sur une ressource propre et renouvelable présente sur leur territoire. »

Pour Bernard Généreux, le président de la FQM, la décision gouvernementale est « injustifiée » particulièrement pour les six projets.

Par ailleurs, la FQM envisage de participer aux consultations sur la Politique énergétique afin de « porter les revendications légitimes de ses membres en faveur du développement énergétique communautaire ».

Une bonne nouvelle pour Nature Québec et pour la Fondation Rivières

« L'abandon par Québec du soutien à la création de minicentrales hydrauliques est une bonne nouvelle, dans un contexte de surplus énergétique, où l'énergie produite coûtait beaucoup plus cher aux Québécois que ce qu'elle rapportait », a déclaré Christian Simard, directeur général de Nature Québec

Cependant, M. Simard estime qu'il faut « repenser le soutien au développement pour les régions du Québec ».

À l'instar de la CAQ et de Québec solidaire, Nature Québec demande au gouvernement de revoir sa décision de maintenir le projet de Val-Jalbert. La Fondation Rivières leur fait écho en disant de ce projet qu'il est « injustifié du point de vue des coûts mais aussi des conséquences environnementales, sociales et touristiques » La Fondation salue par ailleurs la décision de Québec d'annuler les autres projets de petites centrales.

Le gouvernement de Bernard Landry avait décrété un moratoire en 2002 sur le développement des minicentrales. Le programme avait été relancé par le gouvernement libéral de Jean Charest.

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