Démocratie municipale au Québec

Confiance envers les élus municipaux : grand écart entre Montréal et Québec

Isabelle Maltais
Radio-Canada
Le reportage d'Yvan Côté

Exclusif - Alors que les citoyens de la ville de Montréal ont peu confiance en leurs élus municipaux, ceux de Québec affichent au contraire un assez fort sentiment de sécurité envers leurs représentants, selon un sondage CROP mené en ligne pour Radio-Canada.

En fait, 41 % des Montréalais font confiance aux dirigeants de la Ville, contre 86 % à Québec. Au chapitre de la gestion, 39 % des citoyens de Montréal considèrent que la Ville est bien gérée, alors qu'à Québec, cette proportion monte à 85 %.

Faites-vous confiance au maire et aux conseillers municipaux de votre ville ?

Appelé à commenter ces disparités, Sylvain Gauthier, vice-président de CROP, souligne qu'il ne constate jamais « des écarts aussi considérables » dans ses sondages.
M. Gauthier attribue les résultats obtenus à Québec à la « popularité du maire Labeaume ». En revanche, les mauvaises notes qu'a obtenues Montréal s'expliquent, selon lui, par les allégations et les révélations de corruption qui ont visé l'ancienne administration Tremblay.

Sylvain Gauthier croit d'ailleurs que l'opinion que les Montréalais ont de leur ville s'est forgée depuis longtemps. « La perception d'une mauvaise gestion de la Ville de Montréal, ça remonte à plusieurs événements. Dans le passé, les compteurs d'eau entre autres. On peut en ajouter beaucoup depuis un an ou deux, période pendant laquelle Montréal a fait l'objet d'une mauvaise publicité », précise-t-il.

Montréal différente même de sa banlieue

Les disparités n'existent pas seulement entre les deux grandes villes, mais aussi entre Montréal et sa banlieue. Les habitants du 450 disent à 63 % avoir confiance en leurs élus municipaux et jugent à 71 % que leur Ville est bien gérée. Ces résultats peuvent étonner, puisque certaines villes de la Rive-Nord, comme Laval et Mascouche, ont elles aussi été visées par des révélations de corruption.

Pour ce qui est du reste du Québec, l'opinion se situe aussi plus près de celle des Québécois, avec 70 % pour la confiance portée aux élus et 82 % pour leur gestion.

Politique municipale, un manque de légitimité?

Pierre Hamel, professeur de sociologie à l'Université de Montréal, n'est pas étonné de l'écart noté entre les résultats de Montréal et de Québec. Il l'attribue sans hésitation au fait que Montréal est presque seule sous la lumière des projecteurs de la corruption depuis le début de la commission Charbonneau. 

J'ai l'impression que ma ville est bien gérée

« Ce n'est peut-être pas surprenant que les Montréalais de la ville-centre soient désillusionnés par rapport à leurs élus.[...] Et les gens de Québec se sentent plus ou moins concernés », souligne-t-il.

Pour ce qui est de la grande différence de résultats entre Montréal et sa banlieue, Pierre Hamel avance l'hypothèse selon laquelle la plus grande proximité des banlieusards avec leurs élus pourrait expliquer les résultats. Il croit que cela pourrait aussi expliquer en partie les résultats pour le reste de la province.

« Les gens ont tendance à faire plus confiance à ceux qu'ils connaissent », rappelle-t-il.

Pierre Hamel croit toutefois que le manque de confiance que ressentent les citoyens de Montréal à l'égard des élus municipaux est plus profond. Il remet en question le peu de poids accordé aux instances locales par le palier provincial, ce qui, selon lui, contribue à les délégitimer.

M. Hamel souligne également le manque d'organisation des partis municipaux, qui n'aide pas à redorer le blason des élus. « Les partis politiques sur la scène locale à Montréal sont devenus avant tout des clubs d'élus », lance-t-il.

Les politiciens ont confiance en l'avenir

De son côté, commentant les résultats du sondage, le ministre des Affaires municipales du Québec, Sylvain Gaudreault, se dit optimiste et croit que les citoyens vont reprendre confiance dans leur administration municipale.

« Le niveau de gouvernance municipal est le niveau de gouvernance le plus près des citoyens. Ils s'occupent des rues, de l'aqueduc, des trottoirs des loisirs, des arénas. Alors, c'est directement des services aux citoyens, c'est un niveau de pouvoir qui est important. Il faut que les gens se l'approprient », indique-t-il.

Quant à l'actuel maire de la Ville de Montréal, Michael Applebaum, il reconnaît qu'il y aura beaucoup de travail à faire avant que les élus municipaux retrouvent la confiance des citoyens. Il pense toutefois que le processus de cicatrisation est déjà commencé.

« Pour la Ville de Montréal, ce qui très est important, c'est de faire des gestes tout de suite.[...] Je pense qu'on a déjà commencé à regagner la confiance de nos citoyens. On est en train de mettre en place des mesures sur lesquelles je pense que la population va être fière des résultats », dit-il.

Méthodologie

Le sondage a été réalisé en ligne par la firme CROP du 16 au 21 janvier 2013. Au total, 1000 questionnaires ont été remplis.

Les résultats ont été pondérés afin de refléter la distribution de la population adulte du Québec selon le sexe, l'âge, la région de résidence, la langue maternelle et le niveau de scolarité des répondants.

Compte tenu du caractère non probabiliste de l'échantillon, le calcul de la marge d'erreur ne s'applique pas à ce sondage.

Notez que certains chiffres et totaux ont été arrondis.