Catastrophes : Ottawa veut facturer l'intervention des soldats

Quartier inondé de Saint-Jean-sur-Richelieu, le 6 mai 2011

Ottawa envisage de facturer le coût aux provinces et aux villes de l'intervention des Forces canadiennes lors de certaines catastrophes naturelles.

La mesure, adoptée discrètement l'été dernier, est vivement dénoncée par les politiciens municipaux et provinciaux.

Au printemps 2011, par exemple, le gouvernement du Québec et les villes ont réclamé l'aide d'Ottawa lorsque les crues printanières ont pris d'assaut le Haut-Richelieu. Quelque 800 soldats ont été déployés dans la région.

Cette présence militaire pourrait dorénavant coûter cher. Pour le Haut-Richelieu, la facture aurait pu atteindre près de 4 millions de dollars.

Le maire de Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix, Gérard Dutil, explique que lors des inondations de 2011, la municipalité a déboursé 900 000 $ pour venir en aide aux citoyens, ce qui représente le tiers de son budget. Le maire Dutil ne croit pas que la Ville puisse payer davantage dans ce genre de circonstances.

Ottawa indique qu'il a toujours eu le pouvoir de récupérer une partie des coûts de ces opérations, mais il avait décidé de ne pas le faire depuis une quinzaine d'années.

Selon le secrétaire parlementaire du ministre de la Défense nationale, il ne s'agit pas de changer les règles, mais plutôt de les appliquer. Un changement de cap imposé par la situation financière du gouvernement fédéral.

Pour le ministre québécois de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, « il est hors de question que l'on paie pour un service que les citoyens et les citoyennes paient déjà ».

Pour sa part, le Nouveau Parti démocratique craint l'effet psychologique que pourrait avoir une telle mesure. Le député néo-démocrate de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques, Guy Caron, estime que « si on commence à avoir à craindre la facture qui pourrait découler d'une intervention comme celle-là [...] c'est bien certain que cela va créer des effets pervers, comme par exemple d'attendre à la dernière minute lorsqu'une crise se produit ou même lorsqu'il est trop tard pour faire appel à l'intervention des forces armées ».

Enfin, le maire Dutil s'interroge : « Est-ce qu'ils vont facturer les gens en Afghanistan quand ils vont aller faire les services en Afghanistan? »

Avec le reportage de Daniel Thibeault

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