« Depuis le 4 septembre, la corruption recule » - Pauline Marois

Bilan de la première session du gouvernement Marois

Après les partis d'opposition, la première ministre du Québec a présenté vendredi son bilan de fin de session. Un peu plus tôt, l'opposition a soutenu que l'incompétence et le manque de jugement ont marqué les premiers mois du gouvernement Marois.

La première ministre affirme que son gouvernement a réussi en trois mois à avancer sur tous les fronts. Pauline Marois a d'entrée de jeu soutenu que son parti avait mieux fait en trois mois contre la corruption que les libéraux en neuf ans.

« Après seulement cent jours, la corruption recule », a dit Mme Marois, qui a évoqué à la fois les opérations policières, mais aussi le projet de loi 1 sur l'attribution des contrats publics et la loi 2 qui ramène la contribution électorale par citoyen à 100 $.

« Il n'y aura plus d'échappatoires pour les entreprises fautives », a affirmé la première ministre.

Aux yeux de Pauline Marois, le projet de loi 3, qui instaure des élections à date fixe, a pour objectif la « modernisation de notre système démocratique attendue depuis longtemps ».

Mme Marois a également rappelé que son gouvernement avait réglé la question du placement syndical.

La chef du Parti québécois se dit fière du travail accompli par son équipe.

Elle a encore une fois défendu son budget, qu'elle a qualifié de « responsable, axé sur le contrôle rigoureux des dépenses publiques, sur un plan de réduction de la dette ».

Pauline Marois a souligné que les investissements dans les infrastructures demeurent « considérables avec des dépenses moyennes de 9,5 milliards de dollars par année ».

La première ministre a évoqué le troisième pilier de l'action de son cabinet, la solidarité. Elle s'est félicitée du retour de « la paix sociale » depuis le 4 septembre et des mesures prises par son gouvernement en faveur des familles comme l'annonce de la création de 28 000 nouvelles places en garderie (dont 13 000 déjà prévues) et « l'annulation de la hausse de 20 % des tarifs d'électricité, remplacée par une indexation ». C'est une économie de plusieurs centaines de dollars, a rappelé Mme Marois.

Des critiques

Des groupes qui défendent les plus démunis se disent consternés devant certaines compressions annoncées le gouvernement péquiste;

Selon une récente note publiée par l'Institut de recherche et d'information socio-économiques (IRIS), l'indexation du prix du « bloc patrimonial » d'électricité à compter de 2014, présentée par le ministre des Finances comme étant moins arbitraire que le dégel préconisé par le précédent gouvernement libéral, aura pour effet « d'augmenter les tarifs d'électricité, déjà indexés, plus vite que l'inflation ».

Sur la question de l'identité, la première ministre a rappelé le dépôt d'un projet de loi pour renforcer la Charte de la langue française. « Cette volonté que nous avons de valoriser et de protéger le français est vitale pour notre nation », a ajouté Pauline Marois. Elle a souligné que le projet de loi 14, qui vient modifier la loi 101, est la première tentative depuis 35 ans de réformer de façon majeure cette loi.

La première ministre s'est par ailleurs félicitée d'avoir présidé à la sortie du Québec du nucléaire et de l'amiante.

Mme Marois estime que son gouvernement, minoritaire, a su tirer son épingle du jeu, puisqu'il a réussi à faire adopter 9 projets de loi sur 15, une situation qu'elle attribue à une capacité à être ouvert aux arguments de l'opposition.

Les libéraux accusent le PQ d'incompétence

Jean-Marc Fournier en compagnie des députés Yolande James et Robert Dutil Jean-Marc Fournier en compagnie des députés Yolande James et Robert Dutil

Selon le chef de l'opposition officielle, Jean-Marc Fournier, les débuts du gouvernement Marois ont été marqués par « des erreurs de jugement répétées ».

Pour le chef libéral intérimaire, ce sont les manigances et l'incompétence du Cabinet de Pauline Marois qui ressortent davantage de ses 100 premiers jours à la tête du Québec.

« Au niveau des politiques, c'est l'incompétence, au niveau des communications de ses politiques, c'est la manigance », a expliqué M. Fournier aux journalistes.

Reprochant au gouvernement Marois son hésitation et son improvisation, notamment dans le débat sur l'abolition de la taxe santé, le chef libéral a accusé les péquistes d'avoir créé de l'angoisse fiscale.

En matière budgétaire, il soutient que les péquistes reproduisent les erreurs du passé, notamment lors des réductions massives de personnel en santé, au tournant des années 2000.

« Les citoyens vont subir une coupe dans tous les services, immédiatement et à long terme, y compris en santé et en éducation », a prévenu Jean-Marc Fournier.

Selon lui, le gouvernement Marois fait de mauvais choix budgétaires et compromet les capacités du Québec à générer de la richesse et à développer son économie.

En ce qui a trait au travail des libéraux sur les bancs de l'opposition officielle, Jean-Marc Fournier s'est dit satisfait de la performance de son parti.

« Nous avions annoncé une opposition vigilante et constructive, et bien nous avons livré. Nous avons orienté notre travail en nous préoccupant de développement économique et de création d'emplois », a déclaré M. Fournier.

Selon le chef libéral, les libéraux ont particulièrement insisté sur le respect des cibles de réduction du poids de la dette et ont plaidé pour le maintien du fond des générations. Le PLQ s'est opposé à un règlement du gouvernement Marois qui rouvrait, selon les libéraux, la porte au placement syndical sur les chantiers de construction du Québec.

Enfin, Jean-Marc Fournier a souligné le travail accompli par son parti dans l'amélioration de la loi sur le financement des partis politiques.

Manque de vision et improvisation, selon la CAQ

Le chef de la CAQ, François Legault, entouré de ses députés. Le chef de la CAQ, François Legault, entouré de ses députés.

Dans le bilan qu'il a présenté aux journalistes en matinée, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a expliqué qu'il avait observé cet automne un premier gouvernement péquiste « déconnecté de la réalité des Québécois ».

« Le Parti québécois avait fait des promesses électorales qui relevaient de la science-fiction, évidemment ils ont été obligés de mettre la plupart de ces promesses aux poubelles. Malheureusement, avant de le faire, ils ont créé de l'incertitude économique et fiscale qui a eu des effets négatifs. » — François Legault, chef de la Coalition avenir Québec

Selon la CAQ, le gouvernement Marois se fait aussi très timide en matière de relance économique, qui devrait être la priorité du gouvernement du Québec, soutient François Legault. Ce dernier déplore aussi que les péquistes aient aboli la hausse des droits de scolarité pour couper ensuite dans le financement des universités.

D'après le chef de la CAQ, le gouvernement Marois a manqué de jugement à plusieurs reprises, notamment en accordant à André Boisclair une double nomination au ministère des Relations internationales, en nommant Nicolas Girard à la tête de l'Agence métropolitaine de transport ou encore en ayant confié le ministère de l'Environnement à Daniel Breton, qui a dû démissionner de ses fonctions à la suite de révélations embarrassantes sur son passé.

Pour François Legault, les Québécois ont hérité cet automne d'un gouvernement qui gouverne par essais-erreurs. Un gouvernement issu, selon lui, « d'un vieux parti, prisonnier de ses vieux réflexes ».

Pas un gouvernement progressiste, selon Québec solidaire

Françoise David et Amir Khadir font le bilan de la session parlementaire qui s'achève. Françoise David et Amir Khadir font le bilan de la session parlementaire qui s'achève.

Québec solidaire estime lui aussi que le bilan du gouvernement est décevant. Selon ce parti, l'excuse d'une situation minoritaire ne permettant pas de pousser ses efforts et ses politiques aussi loin que les péquistes l'avaient promis ne tient pas.

Les deux élus du parti, Françoise David et Amir Khadir, soulignent que le gouvernement, même minoritaire, était en position pour faire adopter des mesures plus progressistes, car les libéraux sont affaiblis, sans chef, et en mauvaise posture pour retourner en campagne électorale.

Dans son bilan de session, le député de Mercier, Amir Khadir, estime que son parti a réussi à démontrer que « le ver qui pourrit le système » est le lobbyisme. Quant à Françoise David, elle estime que le nouveau gouvernement de Pauline Marois a bien commencé, mais que ça s'est gâté par la suite.

« Il [le gouvernement Marois] avait bien commencé, à notre avis, avec des annonces importantes qui allaient dans le sens de ses engagements électoraux. Malheureusement, le budget et le dépôt des crédits sont venus défaire cette image de progressiste que ce gouvernement voulait s'accoler. » — Françoise David, députée de Gouin et porte-parole de Québec solidaire

Les crédits amputent les budgets des programmes qui viennent en aide aux gens les plus démunis dans la société, selon Québec solidaire.

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