Des compressions de 124 millions aux universités

Les explications de Pascal Robidas.

La décision du gouvernement de Pauline Marois d'infliger des réductions budgétaires de 124 millions de dollars aux universités québécoises a suscité l'incompréhension et la colère des milieux universitaires et du réseau des cégeps.

Ces compressions budgétaires annoncées dans les crédits budgétaires déposés jeudi, à Québec, s'appliqueront à l'exercice financier en cours.

Les compressions s'élèvent à 106 millions de dollars pour l'exercice financier 2012-2013, soit jusqu'au 31 mars prochain. Mais comme l'année financière prend fin le 30 avril dans les universités, celles-ci devront comptabiliser les dépenses du mois d'avril dans leur déficit de l'année financière 2012-2013. Ce mois supplémentaire coûtera 18 millions de dollars et portera les compressions budgétaires totales à 124 millions de dollars.

Ces coupes avaient été ébruitées par des recteurs mécontents au cours des derniers jours.

L'augmentation du financement des universités serait également revue à la baisse en prévision du prochain budget. L'augmentation de l'enveloppe attribuée à l'Enseignement supérieur augmenterait de 2,2 %, plutôt que les 3,4 % initialement prévus.

Les universités et les cégeps s'inquiètent des coupes et estiment qu'elles pourraient toucher les services offerts aux étudiants.

« Surprise »

Dans une entrevue à l'émission Désautels, sur les ondes de la Première Chaîne de Radio-Canada, la rectrice de l'Université de Sherbrooke, Luce Samoisette, a affirmé que les orientations reçues par l'ancien gouvernement libéral le 27 avril dernier ne prévoyaient aucunement les coupes comme le prétend le gouvernement de Mme Marois.

Mme Samoisette s'est dite « surprise » par la décision du gouvernement, tout comme l'a exprimé mercredi son homologue de l'Université Laval, Denis Brière.

La rectrice a précisé que 70 % à 80 % des budgets des universités sont consacrés à la masse salariale, et que le fait que les salaires soient encadrés par des conventions collectives et des contrats rend la réouverture complexe et coûteuse.

Mme Samoisette a précisé que la CRÉPUQ entend néanmoins participer au Sommet de l'éducation.

Colère des cégeps

La Fédération des cégeps déplore dans un communiqué que le réseau subisse à nouveau des compressions « alors que les cégeps ont déjà eu à essuyer deux compressions consécutives au cours de l'exercice budgétaire 2011-2012. »

Selon la Fédération des cégeps, « l'effet cumulé de ces compressions mettra en péril certains services actuellement offerts aux étudiants. »

Le milieu des affaires se prononce

Par ailleurs, une cinquantaine de personnalités, surtout issues du milieu des affaires, ont demandé jeudi au gouvernement du Québec d'investir davantage dans le financement des universités. Dans une lettre d'opinions publiée dans les pages du quotidien La Presse, les signataires estiment que les établissements d'enseignement universitaire souffrent de sous-financement et croient que le Québec doit investir dans l'enseignement supérieur afin de conserver sa compétitivité.

L'un des signataires, un associé de Secor KPMG Marcel Côté, indique que Québec devrait augmenter son financement des universités après avoir refusé d'emprunter l'avenue de la hausse des droits de scolarité.

« C'est une marche en arrière », déplore M. Côté, qui précise que son groupe se fera entendre lors du sommet sur l'enseignement supérieur.

Concert de protestation

Mercredi, les recteurs se sont rapidement élevés contre les compressions budgétaires, que le recteur de l'Université Laval a qualifiées de rétroactives parce qu'elle touche l'exercice financier en cours (2012-2013).

À l'Assemblée nationale, le Parti libéral du Québec a dénoncé la position du gouvernement qui acculerait, selon eux, les universités à la faillite. Les libéraux déplorent que le Parti québécois impose le gel des droits de scolarités tout en procédant à des compressions budgétaires dans les institutions d'enseignement.

La Fédération des étudiants universitaires du Québec (FEUQ) s'est également inquiétée des compressions. La présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, avait indiqué, lors de la grève du printemps dernier, que les universités pouvaient économiser 189 millions de dollars dans leurs frais de gestion.

Or, elle rappelle que les économies ainsi générées auraient dû être réinvesties dans l'enseignement et les services aux étudiants.