Ottawa veut transférer au privé l'accueil de réfugiés

Citoyenneté et Immigration Canada

Le gouvernement fédéral envisage de se délester d'une partie de ses engagements auprès des réfugiés en confiant cette responsabilité au secteur privé.

Ottawa demande à des groupes communautaires de subvenir aux besoins d'un millier des réfugiés que le Canada s'est engagé, auprès des Nations unies, à accueillir au cours des trois prochaines années.

Le ministère de l'Immigration a indiqué que ce changement était dû au fait que le secteur privé était plus efficace pour aider lesdits réfugiés à s'installer une fois au pays.

Des organisations sans but lucratif soutiennent toutefois que les conservateurs agissent ainsi puisque cela coûte moins cher à l'État.

Au même moment, le gouvernement impose une limite au nombre de demandes que les groupes privés peuvent accepter de leur propre initiative.

Selon Janet Dench, du Conseil canadien pour les réfugiés, les groupes communautaires sont placés dans une position inconfortable, où ils doivent aider les réfugiés que le gouvernement désire accueillir ou n'aider personne.

Les groupes sans but lucratif craignent ainsi de devoir accomplir les objectifs gouvernementaux, plutôt que les leurs.

L'accueil des réfugiés au Canada est un domaine partagé entre le gouvernement et environ 80 groupes, qui ont des ententes formelles avec Ottawa pour financer l'arrivée des réfugiés.

Le Canada accueille volontairement environ 10 % des réfugiés de la planète. L'an dernier, 7365 réfugiés aidés par le gouvernement et 5585 autres subventionnés par le privé, selon des statistiques fédérales.

Entre 2006 et 2011, les cinq principaux pays d'où provenaient les réfugiés aidés par le gouvernement étaient l'Irak, la Colombie, le Bhoutan et l'Afghanistan, selon une analyse des statistiques offerte par Citoyenneté et Immigration Canada.

Des groupes privés tentent également d'accueillir des réfugiés identifiés par les Nations unies, mais choisissent souvent des pays d'origine ou des individus possédant certains liens avec leurs organisations religieuses ou communautaires. Pendant la même période, les cinq principaux pays d'origine des réfugiés aidés par le secteur privé étaient l'Irak, l'Afghanistan, l'Éthiopie, l'Érythrée et la Somalie.

Des limites sont cependant désormais imposées en ce qui concerne le nombre de demandes pouvant être soumises par les groupes privés, en plus d'autres restrictions.

« Nous n'avons pas droit à aucune ''commandite'' en Afrique. Nous n'avons reçu que 36 ''places'' l'an dernier. Comment étais-je censé répondre à des centaines de demandes de financement? », a demandé Khwaka Kukubo, un conseiller pour le programme de réfugiés de l'Église unie du Canada.

Le gouvernement affirme que les restrictions sont en place pour que les missions d'accueil puissent passer au travers du grand nombre de demandes en attente, avant d'ajouter que cela n'affecte pas le nombre de réfugiés financés par le privé qui arrivent au Canada chaque année.

Certains soutiennent cependant que cela reflète un changement dans les priorités du gouvernement.

Un porte-parole du ministère a indiqué que la décision de demander aux groupes privés d'aider à accueillir 1000 réfugiés choisis par le gouvernement avait été prise parce que des études avaient démontré que les réfugiés s'en sortaient mieux lorsqu'ils immigraient au Canada sous l'aile protectrice des organisations privées.

« Certains organismes se sentent manipulés puisqu'ils se disent qu'Ottawa a fermé la porte à leurs pratiques habituelles, mais que puisqu'ils sont des groupes aidant les réfugiés à s'établir au Canada, ils devraient malgré tout mettre la main à la pâte », a dit Mme Dench.

Au final, cette dernière craint qu'en forçant les organismes à accepter des réfugiés avec lesquels ils ne partagent pas de lien commun, ceux-ci ne finissent par en accueillir moins, ce qui pourrait empêcher Ottawa d'attendre ses objectifs, menant ultimement le gouvernement à jeter le blâme sur le secteur privé.


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