Les libéraux réclament la démission du ministre Breton

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Le reportage de Julie Dufresne

Deux semaines à peine après la rentrée parlementaire à Québec, l'opposition officielle réclame la démission du ministre de l'Environnement, Daniel Breton. Le Parti libéral l'accuse de vouloir s'immiscer dans le fonctionnement du Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE), ce qu'il nie catégoriquement.

Lors de la période des questions à l'Assemblée nationale, jeudi, le chef du Parti libéral par intérim, Jean-Marc Fournier, a dénoncé les interventions qu'aurait faites M. Breton auprès du BAPE lors d'une visite effectuée le 24 octobre dernier.

S'appuyant sur le Journal de Québec, M. Fournier a accusé le ministre d'avoir averti qu'il appellerait le président de l'organisme gouvernemental s'il n'était pas satisfait de ses décisions en plus d'avoir demandé les numéros de téléphone cellulaire des commissaires.

« Ce que le ministre a fait, c'est rompre l'indépendance et l'impartialité du BAPE, et il n'y a qu'une conséquence : la démission, qu'il soit remanié. » — Jean-Marc Fournier, chef intérimaire du Parti libéral

Il a soutenu que la première ministre Pauline Marois ne pouvait plus maintenir M. Breton à l'Environnement.

Le ministre de l'Environnement Daniel Breton Le ministre de l'Environnement, Daniel Breton

M. Breton a nié avoir l'intention d'appeler les responsables du BAPE et ajouté qu'il n'avait « jamais » réclamé les numéros de téléphone des commissaires du BAPE.

Se portant à la défense de son ministre, Pauline Marois a affirmé que, contrairement au Parti libéral, il n'avait « jamais » fait d'ingérence.

« On n'est plus à l'époque des post-it », a-t-elle lancé, une référence au témoignage de la directrice adjointe du cabinet de l'ex-premier ministre Jean Charest, Chantal Landry, devant la commission Bastarache, en 2011. Celle-ci avait indiqué qu'elle apposait des autocollants sur les dossiers des candidats à la magistrature favorables au Parti libéral.

Une « visite de courtoisie »

L'attachée de presse du ministre Breton, Danielle Rioux, a confirmé qu'il s'était rendu dans les bureaux du BAPE, le 24 octobre. Il a circulé dans les bureaux pour saluer les employés de l'organisme, puis a rencontré des commissaires du BAPE dans une salle de conférence à l'occasion d'une « visite de courtoisie », a-t-elle dit.

Le bureau du ministre Breton confirme en outre qu'il a les numéros des employés du BAPE, mais, insiste-t-il, pas parce qu'il les a demandés, mais bien parce qu'ils sont dans l'annuaire du ministère de l'Environnement, auquel les libéraux avant lui avaient eux aussi accès.

Les dénégations du ministre Breton n'ont pas modéré les attaques de M. Fournier à son endroit. Lors d'un point de presse qui a suivi la période des questions, il a déclaré que son comportement soulevait « un problème moral et légal ». « Je crois que ses comportements, jusqu'ici, démontrent qu'il veut être le maître du BAPE, a-t-il dit. Or, le BAPE n'est pas l'objet du ministre. Le BAPE est un organisme quasi judiciaire, avec des pouvoirs qui visent à décider des droits des citoyens. »

« Ce qu'il a fait là est l'équivalent de téléphoner à un juge », a-t-il soutenu.

Sans réclamer la tête du ministre, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, s'est pour sa part inquiété du comportement de M. Breton. « Il dit que ce n'est pas vrai qu'il a demandé le cellulaire des personnes. Mais une chose qui est certaine, là, à le voir bouillir en Chambre, je pense ça va être quelqu'un d'assez interventionniste. »

La veille, le chef caquiste avait accusé Daniel Breton d'être « dogmatique ». Il est « dangereux de l'avoir au poste qu'il a là », avait-il dit.

Le ministre de l'Environnement est la cible des critiques de l'opposition depuis qu'il a congédié le président et le vice-président de l'organisme.

Selon l'opposition, la nomination à la tête de l'organisme de Pierre Baril et de Louis-Gilles Francoeur, deux figures connues du milieu environnementaliste, prouve que le ministre politise le BAPE.

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