Destin Trudeau : le Canada de père en fils

Justin Trudeau Justin Trudeau, député libéral de Papineau
« Je porte le nom de Trudeau. Je porte aussi mon propre nom. Je ne suis pas seulement un nom de famille, je suis quelqu'un qui a un prénom. » — Justin Trudeau

Le père a connu le fils, il n'aura pas connu le politicien. Quarante ans après les premiers pas en politique de Pierre Elliot Trudeau, son fils Justin liait à son tour son destin à celui du Parti libéral du Canada (PLC). Et, comme son père, illustre premier ministre, il vise haut.

Si son enfance, vécue alors que son père dirigeait le pays, a été marquée par une intense attention médiatique, sa vie adulte a été relativement discrète.

C'est à l'occasion des funérailles de son père, en octobre 2000, que les Canadiens le redécouvrent alors qu'il prononce un émouvant éloge.

« Pierre Elliott Trudeau. Ce nom évoque bien des choses différentes selon les personnes. Homme d'État, intellectuel, professeur, adversaire, amateur de plein air, avocat, journaliste, auteur, premier ministre. Mais, par-dessus tout, pour moi, c'était papa. »

De nombreux commentateurs remarquent ses qualités d'orateur, son aplomb et sa prestance, et commencent à lui voir un avenir en politique. Il tarde toutefois à faire le saut et privilégie, dans un premier temps, l'engagement citoyen.

Tirant profit de son image publique et de son nom, Justin Trudeau s'investit dans la promotion de plusieurs causes, notamment la jeunesse et l'environnement. Il s'implique également auprès de la banque alimentaire Moisson Montréal.

De 2002 à 2006, il est président du défunt programme de bénévolat pour les jeunes, Katimavik. Son attachement à l'organisme l'amène d'ailleurs, des années plus tard, à critiquer vertement son abolition par le gouvernement Harper.

Il agit, par ailleurs, à deux occasions, comme maître de cérémonie d'événements prestigieux, lors de l'hommage rendu à Jean Chrétien par le PLC et du rassemblement pour dénoncer la situation au Darfour du général Roméo Dallaire.

Ce n'est qu'en 2006 qu'il fait ses premiers pas en politique, en devenant président du groupe de travail sur la jeunesse de la Commission du renouveau du PLC.

Dans la course à la succession de Paul Martin, en 2006, il donne son appui à l'ancien ministre de l'Éducation de l'Ontario, Gerard Kennedy, puis se rallie à Stéphane Dion, quand M. Kennedy ne passe pas au deuxième tour.

Justin Trudeau prête serment en tant que député de la circonscription de Papineau au Parlement d'Ottawa, le 6 novembre 2008. Justin Trudeau prête serment en tant que député de la circonscription de Papineau au Parlement d'Ottawa, le 6 novembre 2008.  Photo :  PC/Sean Kilpatrick

L'année suivante, Justin Trudeau se présente comme député pour le PLC sur l'île de Montréal. D'abord pressenti dans le bastion libéral d'Outremont, il pose finalement sa candidature dans la circonscription de Papineau, où il doit se battre pour remporter l'investiture du parti face à deux candidats locaux. Lors des élections du 14 octobre 2008, il défait son adversaire bloquiste, Vivian Barbot, par 2 % des voix.

Il est réélu le 2 mai 2011 avec 38 % des appuis, contre 28 % pour son plus proche rival, le représentant du NPD.

Depuis la démission de Michael Ignatieff comme chef du parti, en mai 2011, les rumeurs courent sur une possible candidature de Justin Trudeau. Après le désistement de Bob Rae, le chef intérimaire et favori des sondages, les pressions se sont accentuées sur le député de Papineau, que plusieurs libéraux voient comme le sauveur du parti.

Sa vision politique

Ses interventions sur les questions du bilinguisme et du statut du Québec ont parfois créé la controverse.

Ainsi, en mai 2007, lors d'un discours à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, Justin Trudeau a déclaré que le maintien de deux systèmes éducatifs (un francophone et un anglophone) était coûteux, en plus d'entretenir un esprit de ségrégation.

«  La séparation du français et de l'anglais dans les écoles est une chose qu'il faut réévaluer sérieusement. Ça divise les gens, ça leur met des étiquettes.  » — Justin Trudeau

Face au tollé soulevé par ses propos, il a offert des excuses à ceux qui s'étaient sentis offensés, tout en maintenant que sa position avait été déformée.

À plusieurs reprises, il s'en est également pris à une éventuelle reconnaissance du Québec comme société distincte, affirmant qu'il s'agissait d'une idée dépassée et qu'elle créait des divisions.

Selon Justin Trudeau, « le nationalisme découle d'une étroitesse d'esprit » et « érige des barrières entre les peuples ».

«  Qui sont les Québécois pour être reconnus comme une nation? Est-ce que c'est tout le monde qui vit dans la province du Québec? Est-ce que ce sont les Québécois de souche?  » — Justin Trudeau

En décembre 2007, il a fini par se rallier à la position du PLC, qui reconnaît qu'il existe une nation québécoise « sociologique ». Les députés libéraux ont d'ailleurs voté, à l'automne 2006, en faveur d'une motion du Parti conservateur reconnaissant que « les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni. »

En février 2008, il a une fois de plus soulevé la controverse lorsqu'il a déclaré, à Edmonton, que ceux qui n'apprennent pas de deuxième langue sont des paresseux.

«  S'asseoir et attendre que les autres apprennent votre langue, ce n'est pas seulement paresseux, mais, en fait, on se tire dans le pied, puisqu'on met en péril son habileté à communiquer avec le reste du monde.  » — Justin Trudeau

En février 2012, il a de nouveau fait parler de lui mais, cette fois, pour des propos favorables au projet souverainiste.

« Si, à un moment donné, je croyais que le Canada, c'était vraiment le Canada de Stephen Harper, puis qu'on s'en allait contre l'avortement, contre le mariage gai, qu'on retourne en arrière de 10 000 façons différentes, peut-être que je songerais à vouloir faire du Québec un pays (...) Mais, je crois profondément au Canada. »

Il a par la suite, explicité sa pensée en disant qu'il était toujours fédéraliste, mais qu'il était attristé par les valeurs véhiculées par les conservateurs.

Ce Canada pour l'avenir duquel il craint, c'est celui du multiculturalisme et de la Charte canadienne des droits et libertés. Bref, celui de son père.

Justin Trudeau reconnaît que trouver son chemin à l'ombre d'un homme aussi marquant n'a pas toujours été facile.

«  On m'a donné ce nom, on m'a donné cet héritage, et moi, je n'ai pas fait grand-chose pour le mériter. (....) Il faut que je passe mon temps (...) à essayer d'être digne de ce nom.  » — Justin Trudeau

Pierre Elliott Trudeau (18 octobre 1919-28 septembre 2000) a marqué l'histoire du Canada par son style flamboyant et par les décisions controversées qu'il a prises pendant ses 15 années au pouvoir.

Pour mieux protéger les droits de la minorité francophone, il a fait adopter la Loi sur les langues officielles (1969), qui fait de l'anglais et du français les deux langues officielles du pays. Il est également un ardent défenseur du multiculturalisme, notamment à travers la politique canadienne du multiculturalisme (1971) et la Charte canadienne des droits et libertés (1982).

Mais, au Québec, il est surtout vu comme l'instigateur de la « nuit des longs couteaux et l'auteur du rapatriement de la Constitution (1982) et de la Loi des mesures de guerre (1970).

L'avenir du PLC

Justin Trudeau dit vouloir réinventer le parti libéral et rebâtir la confiance.

« Il faut que le Parti libéral change. Il faut qu'il y ait un vrai renouveau. Il faut qu'il y ait des vraies nouvelles idées, une vraie nouvelle façon de penser qui va faire comprendre aux gens que c'est nouveau », affirmait-il en 2006.

En mars dernier, Justin Trudeau s'est montré ouvert à la possibilité d'une fusion avec le Nouveau Parti démocratique pour empêcher les conservateurs de remporter les prochaines élections.

« À l'aube des élections, en 2015, si aucun parti n'a mis suffisamment d'ordre dans ses affaires pour s'illustrer en tant qu'option de rechange crédible, il y aura alors beaucoup de pression sur nous pour examiner cette idée. »

Justin Trudeau est actuellement le porte-parole de son parti en matière de jeunesse, d'éducation postsecondaire et de sports amateurs.

Justin Trudeau et sa femme, Sophie Grégoire, à l'émission <i>Tout le monde en parle</i>, le 4 mars 2012 Justin Trudeau et sa femme, Sophie Grégoire, à l'émission Tout le monde en parle, le 4 mars 2012

Éléments biographiques

Né le 25 décembre 1971, le fils aîné de Pierre Elliott Trudeau et de Margaret Sinclair s'est aussitôt retrouvé sous le feu des projecteurs. C'était la première fois depuis 1869 qu'un premier ministre en exercice avait un enfant.

Justin Pierre James Trudeau avait six ans quand ses parents se sont séparés. Il a continué de vivre au 24, Sussex Drive, la résidence officielle du premier ministre, avec son père jusqu'à 13 ans, à l'exception d'un intermède à Stornoway, (la résidence officielle du chef de l'opposition) lorsque Joe Clark a remporté les élections, en 1979.

Il a fait un baccalauréat en littérature anglaise à l'Université McGill, et un autre en éducation à l'Université de la Colombie-Britannique. Il a ensuite enseigné plusieurs matières, dont le français, dans des écoles de la région de Vancouver.

En 2002, à son retour à Montréal, il a commencé des études en génie mécanique à l'École polytechnique de Montréal, puis une maîtrise en géographie à l'Université McGill.

Son frère Alexandre est cinéaste. Leur cadet, Michel, est mort dans une avalanche au lac Kokanee, en Colombie-Britannique, à l'âge de 23 ans. Justin Trudeau est par la suite devenu directeur de la Fondation canadienne des avalanches.

Justin Trudeau a épousé l'animatrice de télévision Sophie Grégoire le 28 mai 2005. Il est le père de deux enfants : Xavier James, né le 18 octobre 2007, et Ella-Grace, née le 15 février 2009.

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