Manifestations à Montréal : l'humour de Charest ne passe pas

Allocution de Jean Charest

Tandis que des centaines de manifestants affrontaient vendredi les policiers à l'extérieur du Palais des congrès de Montréal, le premier ministre du Québec, Jean Charest, a commenté l'évolution du conflit avec le mouvement étudiant avec une légèreté qui a indigné l'opposition.

Lors de son allocution au Salon Plan Nord, le premier ministre Charest a déclaré que le Plan Nord était si populaire que les foules se pressaient aux portes de l'édifice pour y entrer­.

M. Charest a vanté ce Plan Nord qui permettra selon lui à « ceux qui frappaient à notre porte » d'avoir plus tard un emploi, « dans le Nord autant que possible », a-t-il plaisanté.

« Le Salon du Plan Nord que nous allons ouvrir aujourd'hui, qui est déjà très populaire - les gens courent de partout pour entrer - est une occasion, notamment pour les chercheurs d'emplois. Alors à ceux qui frappaient à notre porte ce matin, on pourra leur offrir un emploi, dans le Nord autant que possible. » — Le premier ministre Jean Charest

Ses propos ont suscité l'ire et l'indignation, parmi les étudiants et au sein de l'opposition. Au point de forcer le premier ministre à faire une mise au point en début de soirée.

« Les propos que j'ai tenus lors de mon discours ont été cités hors contexte et interprétés par certains comme si je prenais la situation à la légère. Ce n'est pas le cas. Les gens dans la salle l'ont très bien compris. D'ailleurs, plusieurs d'entre eux ont été brusqués à leur arrivée », a-t-il fait savoir dans un communiqué.

Réclamant la démission du premier ministre Charest, une page du site de réseautage Facebook lancée vendredi a recueilli des dizaines de milliers d'appuis et des centaines de commentaires. La page Facebook du premier ministre affiche elle aussi des centaines de commentaires critiques sur sa déclaration.

« Le premier ministre a dérapé complètement », s'indigne Pauline Marois

La chef du Parti québécois a dénoncé les propos de Jean Charest. « Ce n'est pas le temps de faire de l'humour, c'est le temps de tendre la main aux jeunes du Québec, aux étudiants, à nos enfants finalement. »

« D'ailleurs, depuis le début du conflit, il n'a jamais vraiment ouvert la porte à un dialogue, et moi je crois qu'il est temps que ça cesse. » — Pauline Marois, chef du PQ

Pauline Marois fait valoir que c'est au premier ministre d'ouvrir le dialogue avec les étudiants en proposant des compromis.

« Le Québec n'avait pas de premier ministre », lance Legault

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a dénoncé les propos de Jean Charest, « une situation qu'on ne voit pas souvent dans le monde », selon lui.

« Je considère que c'est totalement inacceptable ce que Jean Charest a fait, faire preuve d'arrogance au moment où il y a une émeute à Montréal. Je pense que M. Charest n'a pas respecté les citoyens aujourd'hui », a déclaré M. Legault.

« Est-ce que vous en connaissez beaucoup des chefs d'État qui font des blagues pendant qu'il y a des émeutes à l'extérieur? C'est triste à dire, mais je pense qu'aujourd'hui le Québec n'avait pas de premier ministre. » — François Legault, chef de la CAQ

« Je pense qu'il a déshonoré la profession et il devrait s'excuser auprès des étudiants et convoquer les étudiants de la FEUQ [Fédération étudiante universitaire du Québec] et de la FECQ [Fédération étudiante collégiale du Québec] lundi matin », a ajouté le chef de la CAQ.

« On espère aussi que les représentants de la CLASSE [Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante] vont prendre une bonne décision dimanche. Tous les leaders, et j'inclus là-dedans le PQ, devraient mettre de la pression sur la CLASSE pour qu'elle dénonce la violence et que lundi, on soit capable d'avancer dans ce conflit-là », a conclu François Legault.

La FEUQ et la CLASSE demandent des excuses

Les leaders étudiants ont aussi été insultés par les propos de Jean Charest.

« C'est un dérapage total, d'ailleurs on demande des excuses au premier ministre », a déclaré la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, en entrevue au Téléjournal Grand Montréal avec Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE.

Ce dernier n'a pas du tout prisé l'humour du premier ministre et n'a pas voulu condamner les actes de vandalisme perpétrés en marge des manifestations vendredi, sauf pour des tirs de projectiles sur l'autoroute 720 qu'il a jugés « inacceptables ».

De son côté, la présidente de la FEUQ a clairement indiqué qu'elle ne se présenterait pas à une rencontre avec la ministre Beauchamp si la CLASSE n'était pas présente.

Jean Charest au Palais des congrès de Montréal, lors du Salon Plan Nord  Photo :  Luc Lavigne

Lors d'un point de presse suivant son allocution au Salon Plan Nord, le premier ministre Charest avait adopté un ton plus sérieux, indiquant que le gouvernement ne ferait pas de concession sur la hausse des droits de scolarité de 1625 $ sur cinq ans.

Le premier ministre Charest estime que son gouvernement a déjà fait preuve de bonne volonté dans ce dossier. « On a bougé le 5 avril dernier sur la question des prêts, le remboursement proportionnel aux revenus », illustre M. Charest. Il estime que la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a bougé en reprenant à son compte la motion de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) qui demandait au gouvernement de se pencher sur la création d'un conseil des universités.

« Mais là, on a beau tendre la main, encore faut-il que de l'autre côté quelqu'un la prenne. » — Jean Charest

Le premier ministre invite les associations étudiantes à s'asseoir avec son gouvernement. « La solution, c'est de s'asseoir pour les associations qui sont capables de le faire », indique M. Charest. [...] de s'asseoir le plus vite possible pour qu'on puisse discuter de sujets qu'ils ont eux-mêmes proposés. »

Jean Charest déplore que des étudiants soient empêchés d'aller à leurs cours : « Il y a des personnes qui veulent étudier, laissons-les étudier. Ils ont le droit le plus strict d'avoir accès à leurs locaux, à leur campus et ils ont le droit de le faire sans intimidation. »

Le premier ministre va plus loin, il estime que la tangente qu'a pris le mouvement étudiant touche aux valeurs profondes de la société. « Respecter le droit de chaque citoyen de circuler librement. On est dans ce qu'il y a de plus fondamental dans notre société », estime-t-il.

Le premier ministre persiste à maintenir la hausse des droits de scolarité de 1625 $ sur cinq ans. Selon lui, il y a eu assez de débats sur la question depuis 20 ans, il est maintenant temps de passer aux actes. « À 17 % de financement de leurs propres études, qui coûtent en moyenne 12 500 $ par année, par étudiant, c'est beaucoup moins que le 25 % que payaient leurs parents dans les années 1960 », rappelle-t-il.

Le premier ministre souligne que le régime de prêts et bourses permet aux moins nantis d'avoir accès à l'enseignement postsecondaire.

Le point de presse de Jean Charest :

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