Un spécialiste du financement occulte des partis au Québec brise le silence

Le reportage de Marie-Maude Denis

Exclusif - Démarcheur pendant 10 ans pour la firme de génie-conseil Roche, Gilles Cloutier affirme qu'il a multiplié les cadeaux aux élus, qu'il a produit de fausses factures afin de donner aux partis municipaux et qu'il a trouvé des centaines de prête-noms pour les partis provinciaux.

Il a 72 ans et aujourd'hui, Gilles Cloutier a décidé de sortir de l'ombre. Il organise des élections depuis les années 1950.

« On en donnait tout le temps, régulièrement tout partout. Mais ça, c'est normal, tout le monde a donné de l'argent pour avoir de l'ouvrage, pour avoir des mandats, toutes les firmes de génie », explique Gilles Cloutier.

Entre 1995 et 2005, Gilles Cloutier s'occupait du « développement des affaires » pour le groupe Roche, une importante firme de génie-conseil.

« On portait le titre Développement des affaires, mais c'était plutôt de suivre le système qu'il y avait en place. [...] Tu payes pour avoir un mandat, tu fais de l'organisation politique [...] tu fais du financement », dit-il.

Il dit avoir distribué des cadeaux à des élus, avoir organisé des élections clé en main et avoir donné de gros montants en argent comptant aux partis politiques municipaux. Il aurait obtenu cet argent en se faisant rembourser de fausses factures par ses patrons chez Roche.

« J'ai fait une facture, Roche m'a payé, puis j'ai changé le chèque, puis j'ai retiré le cash », dit M. Clourier.

« Qui était au courant? » À cette question de la journaliste Marie-Maude Denis, il répond : « Marc-Yvan Côté. »

L'un de ses anciens patrons chez Roche, l'ex-ministre libéral Marc-Yvan Côté, a refusé de répondre à nos questions.

L'autre dirigeante de Roche qui était au courant, selon Gilles Cloutier, est France Michaud. Elle a été accusée en 2011, notamment d'acte de corruption dans les affaires municipales, à la suite de l'enquête de la Sûreté du Québec sur le contrat de l'usine d'épuration des eaux de Boisbriand.

Gilles Cloutier dit qu'il a donné 25 000 $ en argent comptant à l'organisateur politique de l'ex-mairesse de cette ville, Sylvie Saint-Jean, pour que Roche soit favorisée. La firme a effectivement obtenu le contrat des plans et devis de l'usine. France Michaud nie avoir été au courant, tout comme l'ex-mairesse.

Une perquisition chez Roche à Montréal et Québec a même permis de trouver plusieurs documents qui démontreraient que des employés servaient de prête-noms pour faire des chèques au Parti libéral et au Parti québécois.

- Marie-Maude Denis : « Vous en avez trouvé combien, de centaines de prête-noms dans votre vie, vous? »

- Gilles Cloutier : « Ah! Ben ben des centaines. Tout le monde faisait ça. »

En réponse à nos demandes d'entrevue, le porte-parole de Roche a dit espérer que la commission Charbonneau puisse faire la lumière sur ces allégations. Jusqu'ici, Gilles Cloutier n'a pas encore été contacté par la Commission.

D'après un reportage de Marie-Maude Denis

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