Sécurité de la vieillesse : Québec veut être consulté

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Julie Boulet La ministre Julie Boulet s'inquiète des intentions d'Ottawa.

Québec s'inquiète de l'intention présumée du gouvernement fédéral de repousser de 65 à 67 ans l'âge d'admissibilité à la Sécurité de la vieillesse et souhaite être consulté sur le sujet.

Selon la ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale Julie Boulet, les contribuables québécois devront débourser des dizaines de millions de dollars de plus en aide sociale.

En général, les prestataires d'aide sociale quittent le programme provincial à 65 ans, âge à partir duquel ils se qualifient pour le programme fédéral de la Sécurité de la vieillesse. Si Ottawa va de l'avant, les plus pauvres toucheront de l'aide sociale provinciale pendant deux années supplémentaires.

« Le gouvernement fédéral devra consulter les provinces, parce que ça aura un impact financier considérable pour les provinces », a déclaré Mme Boulet.

La chef de l'opposition officielle Pauline Marois abonde dans le même sens. « C'est évident que ça aura un impact sur les budgets des provinces. Il l'a fait sans consultation, sans discussion [...] Est-ce qu'on peut, M. Harper, faire des débats, et le faire en respectant l'intelligence des gens ? », s'est-elle interrogée.

L'Ontario est dans la même situation que le Québec. « Il n'y a pas d'âge limite pour recevoir des prestations du programme Ontario au travail [l'aide sociale ontarienne], mais les individus doivent d'abord tenter d'obtenir d'autres ressources, comme la sécurité de la vieillesse, avant de se qualifier », a confirmé au Devoir une porte-parole du ministère des Services sociaux et communautaires de l'Ontario, Kristen Tedesco.

Le chef libéral par intérim, Bob Rae, estime lui aussi qu'Ottawa s'apprête à faire payer la facture aux provinces. « Nous commençons à avoir des discussions avec les provinces pour voir quel est le chiffre responsable, mais ça aura un impact sévère sur les provinces parce qu'elles devront encore prendre sous leur responsabilité, avec leur système de bien-être social, tous ceux qui ne sont pas admissibles pour leur pension [leur sécurité de vieillesse] ». M. Rae estime que les provinces devraient être consultées.

Le système canadien des revenus de retraite

Le Régime de pensions du Canada (RPC) prévoit le versement d'un montant équivalant à 25 % des cotisations mensuelles moyennes d'un contribuable. Les versements sont bonifiés de 6 % par année pour ceux qui attendent d'avoir 65 ans avant d'en faire la demande. Il est possible de recevoir des prestations à partir de 60 ans, mais en assumant une pénalité. Les Québécois n'ont pas accès au RPC, les prestations de retraite étant assurées par la Régie des rentes du Québec.

Le programme de la Sécurité de la vieillesse est offert à presque tous les Canadiens à partir de 65 ans, qu'ils soient retraités ou non. Il faut avoir habité au pays pendant au moins 40 ans. Les citoyens canadiens vivant à l'étranger peuvent aussi la recevoir s'ils ont vécu 20 ans au pays après l'âge de 18 ans.

Le Supplément de revenu garanti ne s'adresse qu'aux aînés qui ont des revenus inférieurs à 15 888 $ par année pour un célibataire, 20 976 $ pour un couple qui reçoit des prestations du programme de Sécurité de la vieillesse, et 38 112 $ pour un couple dont un seul des membres reçoit des prestations du programme de Sécurité de la vieillesse.

Ce ne serait pas la première fois que le gouvernement conservateur adopte un projet comportant d'importants coûts pour les provinces. Queen's Park estime que l'application du projet de loi C-10 sur la criminalité lui coûtera 1 milliard de dollars.

La rumeur voulant qu'Ottawa repousse l'âge de la retraite circule sur la colline du Parlement depuis que le premier ministre Stephen Harper a promis d'effectuer les « changements nécessaires » pour assumer la pérennité des régimes de retraite fédéraux, la semaine dernière, à Davos.

En entrevue au réseau anglais de Radio-Canada, le ministre fédéral Jim Flaherty a déclaré mercredi que le prochain budget n'inclura pas de changements au programme et que les Canadiens qui reçoivent des prestations cette année ne seront pas touchés. Il a toutefois précisé que de tels changements sont à venir et que le revenu de retraite devait être examiné « sous toutes ses coutures ».

Lundi, le leader du gouvernement en Chambre, Peter Van Loan, a précisé qu'il y a actuellement quatre travailleurs pour un prestataire du programme de Sécurité de la vieillesse. Si rien n'est fait, dit-il, cette proportion passera à deux pour un dans 20 ans, alors que les sommes versées en vertu de ce programme vont tripler.

« Pour nous assurer que le système reste en place, qu'il est viable et durable, sur un horizon de 10, 20, 30 ans, nous devons faire des changements aujourd'hui. Mais pour ceux qui sont à la retraite aujourd'hui, ou qui s'en approchent, ils peuvent être rassurés : leurs prestations ne subiront aucun changement », a dit Peter Van Loan.

Le premier ministre Stephen Harper a répété par la suite à la Chambre des communes qu'il compte réviser le programme de sécurité de la vieillesse afin qu'il soit viable à l'avenir.

« Il n'y a pas lieu de paniquer »

Louis Plamondon, président de l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées ou préretraitées, s'inquiète des intentions du gouvernement fédéral. Il refuse toute modification au régime actuel.

« Nous, on n'est pas d'accord du tout que ce soit touché parce que c'est le pilier de notre système », a-t-il déclaré mercredi sur les ondes de Radio-Canada. « On a montré que dans 20 ans, le coût va recommencer à diminuer, parce que le boom des baby-boomers va être dépassé [...] On ne doit pas toucher au pilier même de la Sécurité de la vieillesse. C'est inattaquable. »

Même son de cloche du côté du chef libéral intérimaire, Bob Rae.

« Il n'y a pas lieu de paniquer. [...] Même les graphiques du gouvernement montrent que les coûts vont redescendre dans le futur », a-t-il dit déclaré mercredi à la sortie du caucus libéral. « Les modifications au programme [de la Sécurité de la vieillesse] n'ont pas de raison d'être ».

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