Des places en garderies attribuées sans la rigueur nécessaire, déplore Renaud Lachance

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
L'opposition réclame la démission de la ministre Michelle Courchesne, comme l'indique Josée Thibeault.

Le vérificateur général du Québec constate un manque de cohérence dans la planification et le développement des nouvelles places en CPE, en garderies subventionnées et dans les services de garde en milieu familial.

Le ministère de la Famille n'a eu qu'un seul mois pour évaluer les demandes de créations de 18 000 places en garderie, annoncées en 2008.

Il y a donc eu des manquements dans l'évaluation des projets où est entrée une part de subjectivité et d'arbitraire, explique Renaud Lachance dans son rapport 2011-2012.

« Sur la base même des critères établis par le ministère, 74 % des projets retenus ont obtenu une évaluation insatisfaisante en ce qui concerne la qualité, et 19 % ont aussi ont obtenu une évaluation insatisfaisante concernant leur faisabilité », a déploré le vérificateur général.

« Par ailleurs, 29 % des projets retenus étaient situés dans des municipalités où le ministère estimait qu'il y avait déjà un surplus de place. » — Renaud Lachance

Par ailleurs, le ministère a renouvelé 29 % des permis au cours des cinq dernières années sans que l'inspection prévue dans la directive ministérielle ait eu lieu au préalable.

Enfin, il déplore l'absence de mécanismes de contrôle de la qualité des inspections effectuées dans les services de garde, bien que Québec ait déployé il y a peu trois fois plus d'inspecteurs sur le terrain.

Le député péquiste Nicolas Girard Le député péquiste Nicolas Girard

Le PQ demande la démission de Courchesne

Lors de la période des questions à l'Assemblée nationale, le député péquiste Nicolas Girard a réclamé le départ de Michelle Courchesne, à l'époque titulaire du ministère de la Famille.

« Le rapport du VG est un rapport sur la gestion de la présidente du Conseil du Trésor, c'est elle qui est responsable de ce scandale : qu'attend-elle pour démissionner ? », a lancé M. Girard, qui a comparé la situation au scandale des commandites qui a secoué le PLC sous Paul Martin.

« On a rencontré des intervenants en petite enfance qui travaillent depuis longtemps auprès des jeunes enfants, qui ont une expertise, qui sont appréciés par les parents et qui se sont fait dépasser au fil d'arrivée par des gens, des agents d'immeuble, par des organisateurs politiques du PLQ, par des spécialistes de l'abattage de bovins, parce qu'ils n'avaient pas contribué à la caisse du Parti libéral. » — Nicolas Girard

M. Girard, qui a été porte-parole en matière de Famille avant de passer aux Transports, avait mené la charge contre le successeur de Mme Courchesne à la Famille, Tony Tomassi. Il soutenait que lorsque ce dernier était ministre, plus de 3000 places ont été attribuées à des promoteurs ou à des administrateurs de garderie qui ont contribué pour plus de 300 000 dollars à la caisse libérale.

Tony Tomassi, le fils d'un important collecteur de fonds pour le PLQ, a été expulsé par Jean Charest de l'aile parlementaire libérale en 2010, mais pour des motifs autres que les allégations du député Girard.

De son côté, l'actuelle ministre de la Famille, Yolande James, a estimé que si son ministère a procédé trop rapidement, c'était pour répondre à des besoins. « On a voulu procéder rapidement afin de répondre à ces besoins-là, c'est la raison pour laquelle on a changé nos façons de faire avec la modification de la loi », a-t-elle précisé.

Le président de l'Association des garderies privées du Québec, dont les membres offrent quelque 210 000 places de garderie dans la province, n'est pas étonné du rapport de Renaud Lachance.

« Je suis très heureux du constat du vérificateur général. C'est comme si mon association l'avait écrit car on dénonce cette situation depuis des années. On dénonce depuis 2004 le fait que le gouvernement ait aboli les conseils régionaux de développement pour attribuer les places. On savait qu'il y avait du favoritisme au temps de M. Tomassi, on l'a dénoncé. On a demandé sa démission. » a expliqué Sylvain Lévesque, pour qui il existe un « réel problème » de gouvernance au ministère de la Famille.

Un dernier rapport pour M. Lachance

Ce rapport était le dernier de Renaud Lachance, qui quitte ses fonctions de vérificateur général du Québec mercredi.

Il devient commissaire de la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction. M. Lachance dit avoir accepté cette nouvelle fonction pour continuer à servir le public, comme il a eu l'occasion de le faire en tant que vérificateur général.

Il a également souligné la crédibilité et la rigueur de la juge France Charbonneau, et l'importance de cette commission pour le Québec. « J'ai analysé le fonctionnement du secteur public québécois, et on a pu déjà déposer une vérification sur l'attribution des contrats dans le transport en 2009 et j'espère que cette expérience-là et mes connaissances serviront aux travaux de la commission », a-t-il ajouté.

Un des adjoints de M. Lachance assurera l'intérim jusqu'à ce que l'Assemblée nationale nomme un nouveau vérificateur général.

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