D'homme d'affaires à politicien



Pour François Legault, la politique a été une seconde carrière.

L'arrivée très médiatisée de cet homme d'affaires prospère dans le cabinet Bouchard, en 1998, en a surpris plusieurs. Il disait alors entrer en politique pour faire des changements, et non pour « gérer la continuité ».

« Je suis allé en politique parce que je voulais être capable de me regarder dans le miroir en me levant le matin. » — François Legault, lors d'une entrevue à La Presse, 5 septembre 2000

C'est d'ailleurs cette raison qu'il a invoquée pour justifier son départ de la vie politique en 2009. « J'ai réalisé que j'étais de plus en plus inconfortable dans mon rôle de critique [...] Je suis un gars d'action », a-t-il admis au moment de sa démission.

François Legault, en bref

  • Né le 26 mai 1957 à Sainte-Anne-de-Bellevue, dans l'ouest de l'île de Montréal
  • Titulaire d'une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l'École des hautes études commerciales (HEC), obtenue en 1984
  • Occupe le poste de directeur des finances et de l'administration chez le transporteur régional Nationair Canada, de 1984 à 1985
  • Fonde Air Transat en 1986, avec Jean-Marc Eustache et Philippe Sureau
  • Devient multimillionnaire en 1997 en vendant ses parts dans Air Transat
  • Entre, sans être élu, au Conseil des ministres en septembre 1998 en tant que ministre de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie
  • Élu pour la première fois, le 30 novembre 1998, député du Parti québécois dans la circonscription de Rousseau, dans Lanaudière
  • Détient, de 1998 à 2003, les portefeuilles de l'Éducation et de la Santé
  • Réélu député de la circonscription de Rousseau aux élections d'avril 2003, de mars 2007 et de décembre 2008
  • Renonce à être candidat à la direction du Parti québécois, en juin 2005
  • Quitte la vie politique en juin 2009
  • Fonde avec l'homme d'affaires Charles Sirois la Coalition pour l'avenir du Québec en février 2011

L'homme d'affaires prospère

François Legault (1999)  Photo :  PC/Jacques Boissinot

Né au sein d'un milieu qu'il qualifie de « modeste », François Legault s'est juré dès l'adolescence d'être millionnaire avant ses 40 ans.

Il atteindra son but en 1997, à l'âge de 39 ans, en vendant ses parts dans Air Transat, le transporteur aérien spécialisé dans les vols nolisés fondé quelques années plus tôt, avec Jean-Marc Eustache et Philippe Sureau.

Comptable de formation, François Legault entame sa carrière chez Nationair, en 1984. Deux ans plus tard, il tente en vain avec d'autres investisseurs d'acheter le transporteur Quebecair, privatisé par Québec.

Legault propose alors à MM. Eustache et Sureau, propriétaires de l'entreprise Trafic Voyage qui nolisait les vols de Quebecair entre Montréal et Paris, de fonder leur propre compagnie.

Dès 1986, il se retrouve à la tête de la compagnie aérienne Air Transat et doit trouver du financement pour démarrer la jeune entreprise.

Un an plus tard, le groupe Air Transat fait son entrée en bourse et entame une ascension qui en fera, 10 ans plus tard, l'un des plus importants transporteurs aériens du pays, avec un chiffre d'affaires dépassant le milliard de dollars et près de 4000 employés.

Un « capitaliste social-démocrate »

Même à la tête d'une compagnie prospère, François Legault n'a jamais caché son vif intérêt pour la politique. Celui qui a toujours été prompt à rappeler ses origines modestes à ceux qui critiquent sa fortune personnelle se définit lui-même comme un « capitaliste social-démocrate ».

Il a été dépeint par l'ex-président de la Fédération des travailleurs du Québec Henri Massé comme un homme d'affaires qui « parlait toujours de politique, de finances publiques ». Pour le syndicaliste, François Legault « avait l'air d'un gars de gauche » parmi les gens d'affaires.

« François Legault (2001)Je n'ai pas couru après la politique, sauf qu'il était clair dans ma tête, en quittant Air Transat, que je n'allais pas jouer au golf jusqu'à la fin de ma vie. » — François Legault, lors d'une entrevue à La Presse, 5 septembre 2000

Après avoir accepté des sièges à de nombreux conseils d'administration, dont celui de président du conseil d'administration du Fonds régional de solidarité des Laurentides que lui offre son ami Henri Massé, François Legault commence à évoquer l'idée de se lancer en politique.

« J'ai été gâté, mais je n'ai jamais perdu de vue que, lorsqu'on a beaucoup reçu, il faut donner », explique François Legault pour justifier son choix de se joindre au gouvernement péquiste de Lucien Bouchard, en 1998.

L'entrée en politique

François Legault est nommé sans être élu, en septembre 1998, à la tête du ministère de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie.

Il sera élu pour la première fois lors des élections générales du 30 novembre 1998, à titre de député de la circonscription de Rousseau. Il se voit alors confier le ministère de l'Éducation et de la Jeunesse.

« Je voulais faire de la politique pour créer des emplois. Je ne voyais pas ce que j'allais faire à l'Éducation, jusqu'au jour où j'ai compris que l'éducation et la formation étaient la base de l'emploi. » — François Legault

Résolu à ne pas se laisser engloutir par la bureaucratie du second ministère en importance au Québec, M. Legault entreprend alors de combattre la lourdeur de la machine.

Mais pour plusieurs, l'inexpérience politique de François Legault a été la cause de nombreux faux pas.

En se voyant confier le ministère de l'Éducation, François Legault hérite d'une réforme complexe conçue sous Pauline Marois. La disparition des notes traditionnelles dans les bulletins scolaires lui vaudra notamment le désaveu public du premier ministre de l'époque, Lucien Bouchard.

François Legault, en 2002 François Legault, en 2002  Photo :  PC/Jacques Boissinot

Après une période difficile lors de la course à la direction du PQ, au printemps 2001, marquée par son passage du camp de Pauline Marois à celui de Bernard Landry, le ministre Legault se taille la réputation d'être à l'écart des réseaux péquistes traditionnels.

Dès son arrivée à la Santé, en 2002, M. Legault trouve inconcevable de ne pouvoir évaluer concrètement la performance d'un réseau dans lequel les Québécois investissent annuellement quelque 17 milliards de dollars.

Par cette urgence d'agir et la tentation d'appliquer à la Santé des recettes qui se sont montrées efficaces à l'Éducation, François Legault ternira, selon plusieurs observateurs, l'image de solide gestionnaire née lors de son passage à l'Éducation.

De nombreux analystes soulignent toutefois son rôle de porte-parole de l'opposition en matière de finances et d'économie, de 2003 à 2009. Il s'est particulièrement fait remarquer au printemps 2009, lors de la commission parlementaire sur les pertes importantes de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

La fin d'une ambition

La défaite des péquistes aux élections générales d'avril 2003, où ils n'obtiennent que 33 % des voix, fragilise la position du chef, Bernard Landry, et fait ressurgir les ambitions de certains, dont François Legault.

En octobre 2004, dans un manifeste intitulé Le courage de changer et destiné à forcer le débat au sein du Parti québécois, le député de Rousseau affirme que le PQ doit se moderniser pour conserver sa pertinence.

Mais quatre jours après la démission-surprise de Bernard Landry, le 8 juin 2005, François Legault annonce qu'il ne se présentera pas à la course à la direction du Parti québécois, invoquant des raisons familiales.

Avec un taux de popularité de 9 % dans les sondages, il se trouvait derrière Gilles Duceppe (30 %), Pauline Marois (16 %) et André Boisclair (10 %).

En juin 2009, il annonce son départ de la vie politique. Mais en février 2011, il fonde, avec l'homme d'affaires Charles Sirois, la Coalition pour l'avenir du Québec, dans le but d'animer une réflexion collective sur les défis auxquels fait face le Québec. Rapidement, il n'écarte pas la possibilité de revenir dans l'arène politique.

Neuf mois plus tard, la Coalition pour l'avenir du Québec s'est transformée en parti politique.

D'après un dossier de Nicolas Duguay

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