Le Canada victime d'un canular

Radio-Canada avec Agence France-Presse, La Presse Canadienne, Reuters et Associated Press
Voici ce qu'a appris Vincent Grou.

Un faux communiqué, publié par le groupe altermondialiste The Yes Man, annonce un changement radical de position du Canada à Copenhague. Ce canular provoque une prise de bec entre le gouvernement Harper et l'écologiste Steven Guilbault.

Le ministère de l'Environnement du Canada a été victime d'un canular, lundi, au sommet de l'ONU sur les changements climatiques qui se tient à Copenhague, au Danemark.

Un faux communiqué a en effet annoncé un revirement majeur dans la position du gouvernement minoritaire conservateur de Stephen Harper. Diffusé sur un faux site web imitant celui d'Environnement Canada, le texte expliquait que le Canada adoptait une nouvelle approche, en préconisant notamment une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % d'ici 2020 par rapport au niveau de 1990.

Le gouvernement Harper préconise plutôt une réduction des émissions de GES de 20 % d'ici 2020, mais par rapport à 2006. Cela équivaut à une baisse d'environ 3 % par rapport au niveau de 1990, qui est l'année de référence utilisée dans le protocole de Kyoto.

L'annonce truquée a été lancée à partir d'un faux compte Twitter attribué au ministre canadien de l'Environnement, Jim Prentice. Le lien envoyé par Twitter permettait lui-même d'accéder à un faux site de la conférence de Copenhague, où on peut voir un comédien donner une conférence de presse. La nouvelle imaginaire a ensuite été reprise dans un article factice de l'édition européenne du Wall Street Journal.

L'affaire a été savamment orchestrée par le groupe américain The Yes Man, des activistes altermondialistes bien connus pour leurs impostures visant « les dirigeants et les grosses entreprises qui mettent le profit devant tout ». La rumeur qui alimentait la communauté des twitters s'est confirmée plus tard dans la journée de lundi, lorsque les Yes Men ont confirmé implicitement à notre chroniqueur Vincent Grou qu'ils étaient à l'origine du faux communiqué de presse qui a suscité tant d'émoi à Copenhague.

Chronique Sur le Web

Les informations sur le canular obtenues par notre journaliste Vincent Grou. Il nous présente par ailleurs les Yes Men.

Dans un courriel, un des membres du groupe, Andy Bichlbaum, l'a en effet informé qu'une conférence de presse à ce sujet aura lieu mardi, probablement sur Internet. De plus, c'est un de leurs membres qui a réservé le nom de domaine enviro-canada.ca sur lequel est hébergé le faux site d'Environnement Canada.

« Le but était de semer la confusion au sein du gouvernement canadien, qui a constitué une équipe spécialement chargée de donner une image positive à sa position dans ce débat, même si tout le monde sait que sa position est une farce. » — Mike Bonanno, l'un membre des Yes Men

Prise de bec entre le gouvernement et Équiterre

L'échange entre Dimitri Soudas et Steven Guilbeault

Toute cette affaire a soulevé la colère du porte-parole du bureau du premier ministre canadien Stephen Harper. Dans une note envoyée aux médias, Dimitri Soudas a laissé entendre qu'un porte-parole du groupe écologiste Équiterre, Steven Guilbeault, pouvait être derrière cette machination.

M. Guilbeault, qui a longtemps été porte-parole du mouvement écologiste Greenpeace, et qui est sans contredit l'un des militants environnementalistes les plus connus au Québec, a bondi lorsqu'il a été informé de ces accusations.

« Je suis scandalisé que le porte-parole du premier ministre du Canada m'accuse personnellement d'être la source d'un faux communiqué et d'un faux site Internet. C'est ridicule. Je me suis fait prendre au jeu comme tout le monde. Je n'ai rien à voir avec ça. » — Steven Guilbeault, porte-parole d'Équiterre

M. Guilbeault s'est donc rendu à la table qu'occupe le Canada au centre des conférences de Copenhague pour exiger des excuses de M. Soudas. Ce dernier ne les a toutefois pas offertes, accusant plutôt M. Guilbeault de « jouer un jeu ».

En entrevue à RDI, le porte-parole d'Équiterre a soutenu que M. Soudas lui a lancé que c'est lui, Steven Guilbeault, qui devrait s'excuser pour ses critiques envers la position canadienne. M. Guilbeault dit se demander à la lumière de ces commentaires si le Canada est devenu une dictature ou s'il reconnaît toujours la liberté de parole de ses citoyens.

Interrogé à son tour à RDI, M. Soudas a démenti avoir accusé formellement M. Guilbeault, mais il admet avoir soulevé cette possibilité. Il soutient que c'est M. Guilbeault qui a relayé des informations concernant cette fausse annonce à des journalistes.

Visitez le blogue d'Étienne Leblanc sur les changements climatiques

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