Boulet, MacMillan et Whissell visés

Le reportage de Pierre Duchesne
Pierre Duchesne rapporte les propos tenus à Québec.

Dans une entrevue exclusive accordée à la télévision de Radio-Canada, jeudi, le premier ministre Jean Charest a confirmé avoir rencontré l'ex-candidat municipal Benoît Labonté, le 5 mars dernier, à son bureau de Montréal.

Le gouvernement continue de nier les allégations évoquées par la chef intérimaire de l'ADQ voulant que trois ministres libéraux, dont Jean Charest lui-même a confirmé les noms à Radio-Canada, aient séjourné sur le bateau de l'entrepreneur Tony Accurso.

C'est à ce moment que M. Labonté, alors chef de l'opposition à l'Hôtel de Ville de Montréal, a évoqué une première fois la possibilité que trois ministres du gouvernement du Québec aient séjourné sur le bateau de l'entrepreneur en construction Tony Accurso. Il n'en a pas donné les noms au moment de cette rencontre, à laquelle le ministre Raymond Bachand a également assisté.

C'est lors d'une seconde conversation, téléphonique celle-là, que M. Labonté a fourni les noms de ces trois ministres, qu'il a dit tenir de sources policières et politiques.

« Les noms ont déjà été évoqués. Il s'agissait de Julie Boulet, de Norman MacMillan et de David Whissell. On a vérifié auprès de ces personnes-là et, dans les trois cas, l'information est fausse. D'ailleurs, je ne connais aucun ministre de mon gouvernement qui aurait été sur le bateau de M. Accurso. » — Jean Charest

C'est le chef de cabinet de Jean Charest de l'époque, Dan Gagnier, qui a fait les vérifications nécessaires auprès des ministres concernés. Le bureau du premier ministre a conclu qu'il s'agissait de fausses informations. « C'est mon chef de cabinet qui a vérifié, et je me fie beaucoup à ce qu'il a fait. J'ai aucun doute », a déclaré Jean Charest à Radio-Canada.

M. Gagnier a informé Benoît Labonté de ses conclusions. « Moi, j'ai dit: "Je vous remercie beaucoup pour le suivi, mais moi, je maintiens ma version" », a dit M. Labonté dans une entrevue accordée à la journaliste Marie-Maude Denis, dans laquelle il n'a pas lui-même nommé les ministres impliqués.

Remous à l'Assemblée nationale

Cette histoire a rebondi jeudi à l'Assemblée nationale, lorsque la chef intérimaire de l'Action démocratique du Québec, Sylvie Roy, a posé une question à ce sujet. Cela a donné lieu à l'échange suivant entre Mme Roy, le premier ministre Jean Charest et le leader parlementaire Jacques Dupuis:

« Est-ce que le ministre de la Sécurité publique, dans ses vérifications, a appris que le premier ministre sait qu'il y a trois ministres qui ont été sur le bateau d'Accurso? » — Sylvie Roy
« Monsieur le président, je veux que la députée de Lotbinière me nomme les noms des trois ministres auxquels elle fait allusion. » — Jean Charest
« Si le premier ministre veut connaître ces trois noms-là, s'il ne les sait pas, qu'il appelle une commission d'enquête publique. » — Sylvie Roy
« Dans ma vie parlementaire à moi, je n'ai jamais vu un processus aussi abusif de l'immunité parlementaire que celui qu'emploie la députée de Lotbinière. » — Jacques Dupuis
L'échange à l'Assemblée nationale entre Sylvie Roy, Jean Charest et Jacques Dupuis

En point de presse, le leader parlementaire adjoint, Claude Béchard, a martelé que personne du gouvernement n'était allé sur le bateau de M. Accurso, et que des vérifications avaient été faites. M. Béchard a accusé Sylvie Roy de vouloir salir tout le monde, ce qu'il juge inacceptable.

Le ministre Béchard a demandé à Mme Roy de révéler les noms des ministres évoqués ou de démissionner. M. Béchard a affirmé que le nouveau chef de l'ADQ, Gilles Taillon, devrait démettre Mme Roy de ses fonctions parlementaires, une position reprise par son chef Jean Charest.

Pour sa part, Sylvie Roy s'est défendue en disant qu'elle avait seulement posé une question. Mme Roy se demande pourquoi le gouvernement n'y a pas répondu directement à l'Assemblée nationale.

Dans les couloirs du Parlement, les ministres interrogés ont nié tout séjour sur le bateau de M. Accurso. Le ministre MacMillan a même raconté que la dernière fois où il s'était retrouvé sur un bateau, il avait un poisson au bout de sa ligne.

L'ADQ et le Parti québécois continuent de réclamer une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction et de possibles liens avec le financement des partis politiques. Cette question a déjà provoqué plusieurs débats enflammés à Québec.

Rappelons que des révélations au sujet d'une rencontre entre Tony Accurso et l'ex-candidat municipal Benoît Labonté ont entraîné la démission de ce dernier, ex-bras droit de Louise Harel, chef du parti Vision Montréal.

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