Transparence et responsabilité?

L'enquête de Patrice Roy

Une enquête menée par la télévision de Radio-Canada, en collaboration avec le quotidien torontois The Globe and Mail, montre que des interventions d'un membre du bureau du premier ministre Stephen Harper dans deux dossiers soulèvent de sérieuses questions.

Une enquête de la télévision de Radio-Canada et du Globe and Mail montre que les interventions d'un membre du bureau du premier ministre Stephen Harper dans deux dossiers importants, dont un de nature militaire, soulèvent des questions.

Premier dossier

Des représentants d'une entreprise internationale oeuvrant dans le domaine militaire cherchaient, l'an dernier, une personne qui pourrait les conduire dans les coulisses du gouvernement conservateur.

Dimitri Soudas, secrétaire de presse de Stephen Harper Dimitri Soudas

Un important collecteur de fonds pour les conservateurs au Québec, Léo Housakos, leur est présenté comme un bon guide. M. Housakos, qui n'est pas un lobbyiste enregistré, accepte de rencontrer les représentants de l'entreprise à Montréal.

À cette occasion, il est accompagné d'un ami, le secrétaire de presse et conseiller pour le Québec du premier ministre, Dimitri Soudas. Question: qu'est-ce qu'un représentant de Stephen Harper faisait à cette table avec des fournisseurs potentiels du gouvernement?

M. Soudas ne nie pas que cette rencontre ait eu lieu, mais ajoute qu'il n'a, en aucun temps, transgressé les règles d'éthique gouvernementales.

Contacté par téléphone, Léo Housakos affirme pour sa part qu'il ne se souvient pas de cette rencontre. Il ajoute qu'il n'a reçu d'argent d'aucun client pour faire du lobbying auprès du gouvernement fédéral. « Non, non, je ne fais pas d'affaires dans ce domaine-là », dit-il.

Deuxième dossier

Au centre du deuxième épisode, l'Esplanade Laurier, à Ottawa, et les Terrasses de la Chaudière, dans le secteur Hull, à Gatineau, deux édifices qui sont la propriété du groupe Rosdev de Montréal.

Le propriétaire et le ministère des Travaux publics s'affrontent depuis 10 ans au sujet de problèmes d'entretien, de murs qui tombent et de loyers payés en trop. En 2005, les fonctionnaires de Travaux publics Canada, excédés, recommandent de poursuivre le groupe Rosdev et de reprendre les immeubles, comme le prévoit le contrat.

Puis, des élections fédérales surviennent, à la fin de 2005. Le président de Rosdev, Michael Rosenberg, s'engage aux côtés des conservateurs dans la circonscription d'Outremont, où se trouve une grande partie de la communauté juive hassidique, dont il fait partie.

Léo Housakos, important collecteur de fonds du Parti conservateur au Québec Léo Housakos

Après les élections qui portent Stephen Harper au pouvoir, Léo Housakos revient en scène au printemps 2006. Il se rend voir le chef de cabinet du ministre des Travaux publics, Michael Fortier. Sans mandat officiel en ce sens, il plaide bénévolement en faveur de Rosdev. « C'est un homme important dans la communauté, et je croyais que c'était bon pour le gouvernement de l'aider », explique-t-il.

Ses tentatives se soldent par un échec. Rapidement, son ami Dimitri Soudas prend le relais et pose beaucoup de questions au ministère au sujet de Rosdev. Léo Housakos affirme toutefois qu'il n'a jamais demandé d'aide à M. Soudas. « Non, non, je n'ai jamais parlé de cela à Dimitri », dit-il.

Le secrétaire de presse de Stephen Harper affirme de son côté qu'il s'est impliqué dans ce dossier après qu'un conseiller municipal eut soulevé la question, qu'il a transmise à Travaux publics Canada.

Mais selon les sources de Radio-Canada et du Globe and Mail, Dimitri Soudas a convoqué, le 2 août 2006 au bureau du premier ministre à l'édifice Langevin, à Ottawa, le chef de cabinet du ministre Michael Fortier et son adjoint.

Deux sources confirment que le but de cette rencontre était d'expliquer qu'il fallait trouver une solution, que Michael Rosenberg était un allié précieux au Québec.

« Il y a eu des pressions du bureau du premier ministre. Dimitri Soudas voulait gagner du temps, retarder les procédures judiciaires contre Rosdev », affirme une première source. « Le but, c'était d'aider un allié important, un ami politique qui allait aider les conservateurs dans la communauté juive », ajoute une seconde source.

Les interventions de Léo Housakos et de Dimitri Soudas ont été interprétées par le bureau de Michael Fortier comme de l'ingérence. Malgré les pressions, le ministère a foncé, et le groupe Rosdev pourrait maintenant perdre ses immeubles en cour.

Enfin, en décembre dernier, Léo Housakos était nommé par le gouvernement Harper au sein du conseil d'administration de l'agence fédérale Via Rail.

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