Une saga qui déchaîne les passions

Un peu plus d'un mois après que les militants de l'aile québécoise du PLC eurent abordé le sujet, le Parlement canadien reconnaît dans une forte majorité que « les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni. »

Rappelons les faits: Le 21 octobre, en plein coeur de la course à la direction du Parti libéral du Canada (PLC), une majorité de militants de l'aile québécoise du parti appuient une résolution reconnaissant le Québec comme une nation au sein de la fédération canadienne. La résolution demande aussi la formation d'un groupe de travail qui déterminerait les moyens et le moment opportun d'officialiser cette « réalité historique et sociale ».

Les principaux candidats à la direction du parti, Michael Ignatieff d'un côté, Bob Rae et Stéphane Dion de l'autre, s'entredéchirent sur la pertinence d'une telle reconnaissance. M. Ignatieff revient quelque peu sur sa position favorable en disant que la formation d'un groupe de travail n'est peut-être pas nécessaire.

Le 21 novembre, à quelques jours de l'ouverture du congrès à la direction du PLC, le Bloc québécois décide de jouer les trouble-fête en présentant une motion sur la reconnaissance de la nation québécoise et ainsi forcer un vote sur la question. La motion du Bloc se lit comme suit: « Que cette Chambre reconnaisse que les Québécoises et les Québécois forment une nation. »

Les huit candidats dans la course à la direction du Parti libéral, pris de court, se réunissent le lendemain à l'initiative de Bill Graham, chef du parti par intérim. Ce dernier souhaite que les candidats trouvent un terrain d'entente sur la question de la nation québécoise, à une semaine du congrès de Montréal qui doit choisir le successeur de Paul Martin.

À la veille du dépôt de la motion du bloc, soit le 22 novembre, le premier ministre Stephen Harper coupe l'herbe sous le pied du parti souverainiste en y allant de sa propre motion, qui reconnaît que « les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni. » M. Harper précise toutefois que les Québécois ne forment pas une nation indépendante du Canada. « La réponse est non et sera toujours non », dit-il.

Le chef du Bloc, Gilles Duceppe, déplore la motion et affirme que le Québec est une nation sans condition. Deux jours plus tard, le Bloc amende sa motion, qui se lit maintenant comme suit: « Que la Chambre reconnaisse que les Québécois forment une nation actuellement au sein du Canada. »

Le 24 novembre, le Bloc fait volte-face et décide d'appuyer la motion du Parti conservateur reconnaissant que les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni.

La motion bloquiste sera finalement rejetée par 233 voix contre 48 le 27 novembre, tandis que la motion conservatrice sera adoptée par 266 voix contre 16.

Quinze libéraux, dont les candidats à la direction du parti Ken Dryden et Joe Volpe votent contre. En désaccord avec son parti, le ministre conservateur des Affaires intergouvernementales, Michael Chong, démissionne.

Pour leur part, les délégués libéraux qui participeront au congrès à la direction du parti, du 28 novembre au 2 décembre, doivent encore se prononcer sur la résolution de son aile québécoise.