Pipelines : une étude cartographie les risques pour le fleuve

Bateaux naviguant sur le fleuve Saint-Laurent

Des groupes environnementaux calculent qu'avec le renversement du flux du pipeline d'Enbridge et le projet de TransCanada d'en construire un nouveau, les quantités de pétrole transitant par le Québec vont être multipliées par quatre. Le Saint-Laurent est-il prêt à faire face aux risques?

Un texte de Thomas GerbetTwitterCourriel

Dix milliards de dollars. C'est ce que coûterait un déversement majeur dans la métropole de Montréal selon les auteurs du rapport, la Fondation David Suzuki, le Fonds mondial pour la nature (WWF) et la Société pour la nature et les parcs du Canada. 

Oléoduc à Saint-Augustin-de-Desmaures: des résidents inquiets

« Plus on augmente les infrastructures pétrolières dans la région et plus on augmente les risques de déversement, c'est mathématique », argumente Karel Mayrand, le directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec.

« Nous demandons à nos élus de ne pas précipiter des décisions qui auraient pour conséquence de mettre notre fleuve en péril », ajoute Marie-Claude Lemieux du WWF. 

L'étude adopte le pire scénario et évalue les conséquences qu'aurait un déversement majeur. Le rapport cartographie les zones à risques sur le parcours des deux oléoducs.

Les stations de pompage

Les stations de pompage sont responsables de la vaste majorité des incidents chez TransCanada. L'oléoduc Énergie Est en prévoit 11 sur la portion québécoise du pipeline, souvent à proximité de zones habitées.

Pour consulter la carte des stations de pompage sur votre appareil mobile : cliquez ici

L'eau potable

Près de la moitié des Québécois puisent leur eau potable dans le fleuve. Le sujet est sensible pour de nombreuses municipalités le long du Saint-Laurent et des bassins versants. Lanoraie a fait part de ses craintes, tout comme Saint-Augustin-de-Desmaures où l'oléoduc de TransCanada traverserait le fleuve.

Le pipeline d'Enbridge, lui, traverse la rivière des Outaouais à la hauteur d'Oka, une des sources d'eau potable des Montréalais. Celui de TransCanada traverserait la rivière Saint-Maurice qui alimente Trois-Rivières.

Pipeline d'Enbridge : jusqu'à 48 millions de litres par jour
Pipeline de TransCanada : jusqu'à 175 millions de litres par jour
« Les 28 000 litres de diésel déversés à Longueuil ont privé 300 000 personnes d'eau potable. À Lac-Mégantic, 188 000 personnes ont été privées d'eau potable pendant 2 mois. Donc ce ne sont pas des risques théoriques, ce sont des risques très concrets. » — Karel Mayrand, directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec

Les réserves naturelles et la biodiversité

Le fleuve abrite 15 espèces floristiques et 41 espèces fauniques protégées par la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec et la Loi sur les espèces en péril du Canada. La plus symbolique parmi celles-ci est bien sûr le béluga.

« Nous voyons difficilement comment ces risques pourraient être mitigés de façon à les rendre acceptables pour les communautés et compatibles avec la préservation des habitats et des espèces du Saint-Laurent. » — Karel Mayrand, directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec

Pour consulter sur votre appareil mobile la carte des zones de biodiversité et d'espèces en danger selon l'étude : cliquez ici

Selon le ministère fédéral de l'Environnement, plus de 17,5 millions de litres de pétrole se retrouvent chaque année dans les écosystèmes marins canadiens en raison de déversements divers.

Conséquences sur l'économie

L'étude s'inquiète de la perte de valeur pour les terres agricoles traversées par le pipeline et les risques pour l'économie touristique ou de la pêche en cas de marée noire. Ces industries représentent des centaines de millions de dollars de retombées économiques.

Le risque est-il à la hauteur des intérêts? TransCanada affirme que son projet pourrait générer des retombées économiques de 6,4 milliards de dollars sur le PIB du Québec et des recettes fiscales d'environ 2 milliards de dollars sur 46 ans.

Le rapport se contente de poser une question sans y répondre : le Saint-Laurent est-il prêt à absorber cette pression accrue sur son écosystème? Les auteurs de l'étude demandent aux élus de prendre le temps de réfléchir.