L'aide humanitaire canadienne de plus en plus religieuse

Entrevue avec François Audet, professeur à l'école des Sciences de gestion de l'UQAM.

Les organisations non gouvernementales à vocation religieuse ont reçu davantage de financement du gouvernement canadien que les ONG à caractère laïque, selon une étude de l'Observatoire canadien sur les crises et l'aide humanitaire. Cette affirmation est démentie par le premier ministre Stephen Harper, qui affirme que l'argent est accordé aux projets, et non pas aux organisations.

«L'Agence canadienne de développement international ne donne pas de l'argent aux organisations. Elle donne des fonds aux projets, et on considère l'efficacité de ces projets. Elle ne considère pas la religion des groupes qui prônent ces projets», a déclaré le premier ministre.

Pourtant, l'Observatoire canadien sur les crises et l'aide humanitaire, qui a étudié les livres et les rapports comptables de 198 ONG canadiennes de 2001 à 2010, a constaté que les organisations à caractère religieux ont reçu 42 % plus d'argent d'Ottawa entre 2005 et 2010, soit depuis l'arrivée des conservateurs au pouvoir.

L'aide gouvernementale aux ONG qui s'affichent comme étant laïques, elle, n'a augmenté que de 5 % au cours de la même période.

Les chercheurs ont aussi noté que plusieurs des organismes à caractère chrétien financés par le gouvernement conservateur font aussi de l'évangélisation à l'étranger, en plus de venir en aide aux démunis.

« On peut parler d'une certaine forme de confessionnalisation de l'aide étrangère », explique le directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'aide humanitaire, François Audet.

Les subventions se déplacent vers l'Ouest canadien

Outre le fait que les organisations à caractère religieux touchent plus d'argent d'Ottawa, les résultats de l'étude menée par l'Observatoire ont aussi démontré que les investissements fédéraux en matière d'aide étrangère se déplacent de plus en plus vers l'ouest du pays.

« Ce qu'on constate en parallèle, c'est que la plupart de ces organisations-là [ONG qui touchent de l'aide fédérale] sont situées dans le centre et dans l'Ouest canadien, contrairement aux organisations francophones, plus laïques, qui sont davantage situées dans l'est du Canada », précise François Audet.

Un virage idéologique

François Audet, directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'aide humanitaire. François Audet, directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'aide humanitaire.

Sans tirer de conclusion hâtive sur les intentions du gouvernement fédéral, François Audet affirme observer depuis quelques années un virage idéologique notoire du Canada en matière d'aide internationale. 

« C'est un changement de cap dans la mesure où nous étions habitués dans les années 1980 et 1990 à une laïcisation de l'aide humanitaire internationale. (...) Ce qu'on peut se demander, c'est quels intérêts ça sert et pourquoi le gouvernement favorise-t-il ces organisations-là », se demande François Audet.

Selon lui, la question de l'utilisation des subventions fédérales par les ONG à caractère religieux se pose, car on en sait peu sur la nature des projets retenus et les destinataires de cette aide . « On a tout le débat sur l'avortement, sur la santé maternelle, le conflit israélo-palestinien est un phénomène aussi très important », précise François Audet. Il rappelle, par exemple, qu'Ottawa a supprimé le financement des organisations qui viennent en aide aux populations palestiniennes tandis qu'il a augmenté celui des ONG qui appuient et viennent en aide aux Israéliens. 

Les résultats complets de l'étude de l'Observatoire canadien sur les crises et l'aide humanitaire doivent être publiés au printemps dans la Revue canadienne d'études du développement.

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