Ottawa tirera les leçons de la Louisiane

Le premier ministre de Terre-Neuve veut faire adopter un plan pour mieux protéger la province des marées noires, rapporte Michèle Brideau.

Alors que les pétrolières réclament des assouplissements à la loi qui encadre les forages dans l'Arctique canadien, l'Office national de l'énergie (ONE) du Canada indique qu'il tiendra compte de la catastrophe écologique survenue dans le golfe du Mexique avant d'apporter quelque changement que ce soit.

Alors que les pétrolières réclament des assouplissements à la loi encadrant les forages dans l'Arctique canadien, le Canada indique que le désastre écologique survenu dans le golfe du Mexique pèsera dans sa décision.

British Petroleum (BP), propriétaire de la plateforme de forage à l'origine de la marée noire, a obtenu trois permis d'exploitation dans la mer de Beaufort, la section de l'océan Arctique qui touche le nord-ouest du Canada.

L'automne dernier, BP et plusieurs autres sociétés pétrolières ont demandé à l'organisme fédéral de reconsidérer l'une des contraintes qu'il souhaitait leur imposer : creuser en haute mer un puits de secours parallèle au puits principal, de façon à pourvoir détourner une éventuelle fuite. Rappelons que la plate-forme qui a explosé au large de la Louisiane n'était pas munie d'un puits de secours.

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada, le président de l'ONE, Gaétan Caron, a souligné que la marée noire qui menace les écosystèmes de quatre États côtiers américains permettra à l'organisme de prendre une décision plus éclairée sur cette question.

« Souvent, on prend des décisions avec des faits fragmentés ou incomplets, explique-t-il, alors dans notre banque de données, nous avons [ici] un événement majeur qui est un point de donnée incontournable. »

M. Caron se dit soucieux des dangers liés aux forages dans l'Arctique et veut éviter à tout prix une marée noire dans la mer de Beaufort: « notre travail à l'Office, c'est de faire en sorte qu'un [désastre semblable] n'arrive pas. » L'écosystème du milieu arctique est très fragile et la présence de glace une bonne partie de l'année pose des contraintes particulières, ajoute-t-il.

Les audiences de l'ONE se sont terminées lundi. L'organisme doit rendre sa décision d'ici la fin de l'année.

De passage à Montréal, où il participait, mardi, à une conférence sur l'énergie, le ministre fédéral des Ressources naturelles, Christian Paradis, a lui aussi assuré que l'ONE tiendrait compte de la fuite massive de pétrole au large de la Louisiane.

Le gouvernement fédéral tirera les leçons de la catastrophe du golfe du Mexique afin de s'assurer que sa réglementation « soit toujours la plus complète et la plus responsable » possible, a-t-il promis.

Marée de pétrole dans le golfe du Mexique Selon des experts, le Canada n'est pas à l'abri d'une catastrophe écologique comme celle survenue dans le golfe du Mexique.  Photo :  AFP/NASA

Lundi, le Nouveau Parti démocratique a demandé au gouvernement Harper de tenir de toute urgence des audiences pour examiner les activités des pétrolières au Canada afin d'éviter une catastrophe similaire à celle qui s'est produite aux États-Unis.

Le premier ministre Harper a voulu se faire rassurant : il n'y a pas de forage sans protection adéquate de l'environnement, a-t-il répondu. « Nous avons des règles beaucoup plus sévères au Canada pour éviter ce genre de désastres », a-t-il plaidé.

Émilien Pelletier, de la Chaire de recherche en écolotoxicologie de l'Université du Québec à Rimouski, a déclaré, lundi, que le Canada n'est pas à l'abri d'un déversement pétrolier tel que celui qui s'est produit aux États-Unis. Vendredi, un environnementaliste terre-neuvien a de son côté estimé que les autorités et les pétrolières n'étaient pas prêtes à répondre à un désastre d'une même ampleur.

Notamment d'après un reportage de Jean-Philippe Robillard