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Réfugiés oubliés : les Palestiniens au Liban

Le dortoir des laissés-pour-compte

17 novembre 2010
Salma, une Bangladeshie qui vit à Chatila
Salma, une Bangladeshie qui vit à Chatila - Photo : Ahmed Kouaou/Radio-Canada

Il faut emprunter une sinistre venelle, se faufiler dans le tas de câbles électriques, qui côtoient dangereusement les tuyaux d’eau, pour se frayer un chemin vers Salma, une Bangladeshie qui réside à Chatila.

Beaucoup de Palestiniens m’ont déjà parlé des nombreux « étrangers » qui vivent dans le camp. On y trouve des Indiens, des Bangladeshis, des Sri-lankais, des Irakiens, des Syriens, mais aussi des Libanais dont la pauvreté est égale au dénuement des réfugiés palestiniens.

Curieux de rencontrer ces fameux « étrangers », je me présente donc chez Salma, sans avertir, accompagné de mon guide Mahamad. Elle a les yeux écarquillés et le souffle coupé en voyant deux hommes se pointer devant sa porte. « Moi, pas de problème, pas de problème! », répète-t-elle dans un arabe approximatif, presque en nous suppliant. Elle nous prend pour des représentants des autorités libanaises venus contrôler son identité.


Salma partage un petit appartement avec une colocataire à Chatila.
Elle partage un petit appartement avec une colocataire à Chatila. - Photo : Ahmed Kouaou/Radio-Canada

Il faut donc de longues minutes de palabres, de gesticulations surtout, pour tenter d’expliquer à Salma que je suis journaliste et que je m’intéresse simplement à la vie quotidienne dans le camp. Pas très rassurée, elle consent tout de même quelques réponses à mes questions, fixant d’un regard méfiant mon appareil photo.

Mère de deux enfants qui sont restés avec leur père au Bangladesh, cette femme de 33 ans est au Liban depuis deux ans et travaille, en dehors du camp, comme femme de ménage chez des particuliers et des petits commerçants. Salma fait partie de cette main-d’oeuvre au rabais qui fuit les pays pauvres dans l’espoir de trouver un gagne-pain dans certaines capitales arabes. Elle perçoit en moyenne 4,5 $ US par jour, parfois plus, parfois moins. Quoi qu’il en soit, « c’est mieux qu’au Bangladesh. Là-bas, il n’y a rien ».


Elle montre fièrement les photos de ses filles.
Salma montre fièrement les photos de ses filles. - Photo : Ahmed Kouaou/Radio-Canada

Salma vit à Chatila avec une amie dans un modeste appartement loué à 150 $ le mois. « À Beyrouth, elle aurait payé 500 ou 600 $ pour le même logement », me dit son locataire, qui vient de se joindre à la discussion.

Elle a choisi de vivre dans le camp, où les loyers sont modestes, pour faire des économies et envoyer ainsi de l’argent à sa famille. Mais elle se plaint de ne pas réussir à épargner assez, en raison de ses problèmes de santé. « Je dépense beaucoup d’argent pour me faire soigner », affirme-t-elle, en tentant de m’expliquer, les deux mains sur le ventre, ce dont elle souffre.


Salma se plaint de dépenser beaucoup d'argent en médicaments.
Elle se plaint de dépenser beaucoup d'argent en médicaments. - Photo : Ahmed Kouaou/Radio-Canada

Émue, la jeune mère écrase quelques larmes à l’évocation de son état de santé et de son exil forcé. Elle dit ne pas avoir les moyens de rendre visite à sa famille au Bangladesh et compte travailler encore durement pendant une année avant de se permettre un tel voyage. Puis, son visage rayonne en me montrant les photos de ses filles qu’elle porte aussitôt à sa poitrine.

Salma se prête même volontiers à une courte séance photo et m’autorise à photographier son misérable taudis. Entre deux clichés, elle me demande si j’ai un travail à lui proposer et jure qu’elle sait tout faire. Puis, soudainement, gagnée par un sentiment de confusion mêlée à de la peur, elle s’exclame à nouveau : « Moi, pas de problème, pas de problème! ».


Comme beaucoup de personnes venues des pays pauvres, ces jeunes femmes du Sud-Est asiatique vivent à Chatila, où le loyer est abordable.
Comme beaucoup de personnes venues des pays pauvres, ces jeunes femmes du Sud-Est asiatique vivent à Chatila, où le loyer est abordable. - Photo : Ahmed Kouaou/Radio-Canada