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Réfugiés oubliés : les Palestiniens au Liban

Arafat, l’icône des réfugiés palestiniens

12 novembre 2010
Il y avait foule aux célébrations du 6e anniversaire de la mort de Yasser Arafat, à Chatila. Photo : Ahmed Kouaou/Radio-Canada

Fanfares, fanions et affiches déployés partout, la cour située au centre de jeunes de Chatila s’est parée samedi de ses plus beaux atours pour célébrer le 6e anniversaire de la mort de Yasser Arafat. L’événement est festif, mais solennel aussi.

Vêtus de keffiehs et d’habits imitant les uniformes militaires pour certains, les enfants savourent ce jour de fête et papillonnent allègrement parmi la foule compacte, qui a répondu à l’appel de la section locale du Fatah.

Une fillette palestinienne, vêtue d'un chandail à l'effigie de Yasser Arafat, assiste aux cérémonies en agitant un fanion palestinien.
Une fillette palestinienne, vêtue d'un chandail à l'effigie de Yasser Arafat, assiste aux cérémonies en agitant un fanion palestinien. Photo : Ahmed Kouaou/Radio-Canada

Un jeune Palestinien vêtu en militaire joue avec un pistolet en plastique lors des célébrations du 6e anniversaire de la mort de Yasser Arafat
Un jeune Palestinien vêtu en militaire joue avec un pistolet en plastique lors des célébrations - Photo : Ahmed Kouaou/Radio-Canada

Abou Ammar, comme on l’appelle ici, demeure un symbole fort chez les réfugiés palestiniens, notamment les plus vieux. « Il est l’âme de la cause palestinienne, il est notre père, notre guide. Il est tout pour nous », s'époumone un octogénaire, qui a été parmi les premiers réfugiés à s’installer à Chatila. Il a quitté sa Palestine natale en 1948.

Les réfugiés palestiniens, notamment ceux âgés, considèrent Yasser Arafat comme l'icône de leur cause.
Les réfugiés palestiniens, notamment ceux âgés, considèrent Yasser Arafat comme l'icône de leur cause. Photo : Ahmed Kouaou/Radio-Canada

Les fissures dans l'unité politique

Arafat, le fédérateur et l’icône de la cause palestinienne, est d’autant plus admiré par les réfugiés que l’unité politique au sein du camp présente des signes évidents de fissuration, en raison des clivages internes. Plusieurs organisations sont en effet représentées à Chatila, dont le Fatah, le Hamas, le Djihad islamiste et le Front démocratique de libération de la Palestine.

Même si ces formations politiques réussissent tant bien que mal à cohabiter à Chatila, leur division demeure visible et constitue source de beaucoup de frustration chez les réfugiés. « Je suis Arafiste moi! Depuis la mort d’Abou Ammar, c’est fini. Ces organisations sont pourries, c’est juste du business », me disait l’autre jour Mustapha, dans la soixantaine.

« Quand je prie dans cette mosquée, les gens de l’autre mosquée me regardent d’un mauvais œil », s’est-il désolé, allant jusqu’à souhaiter « longue vie à [Ariel] Sharon », révolté qu’il est par l’absence d’unité chez les Palestiniens.

Beaucoup de réfugiés, moins incisifs que Mustapha, m’ont fait part auparavant de leur désillusion devant l’éclatement des rangs. D’autres, plus nuancés et optimistes, estiment que la diversité des courants politiques est un signe de bonne santé démocratique dans la société palestinienne.

Il n’est pas fortuit du reste que l’unité nationale soit présentée, dans le communiqué diffusé par des militants du Fatah au début des cérémonies, comme « une condition sine qua non pour la réalisation du projet national [l’établissement d’un État palestinien avec Jérusalem comme capitale] ».

Le texte insiste aussi sur le retour des réfugiés palestiniens dans leur pays et leur recommande de refuser toute naturalisation. Les rédacteurs du communiqué invitent également les Palestiniens à respecter la souveraineté libanaise et à observer « une neutralité positive » pour ce qui est de la politique interne.

Une jeune Palestinienne, membre d'une fanfare, joue de la cornemuse à l'occasion des célébrations du 6e anniversaire de la mort de Yasser Arafat.
Une jeune Palestinienne, membre d'une fanfare, joue de la cornemuse à l'occasion des célébrations. Photo : Ahmed Kouaou/Radio-Canada