Internet à Cuba, porte d'entrée vers une variété de points de vue

Le reportage de Jean-Michel Leprince

Grâce au wi-fi et à l'amélioration des communications, les réseaux sociaux sont omniprésents à Cuba, même si le développement de la connectivité a pris beaucoup de retard. Les blogues et les pages web, personnelles ou de travail, faites ici ou à l'étranger, sont très à la mode.

Un texte de Martin MovillaTwitterCourriel

Malgré la concentration de la propriété des médias traditionnels, qui appartiennent tous à l'État, les Cubains ont aujourd'hui plus de possibilités d'information et plus de points de vue que par le passé.

Les blogueurs cubains écrivent souvent - parfois tous les jours - et la diversité des voix, des idées et des points de vue enrichit les débats et les analyses sur la réalité du pays.

Même si la logique de « guerre de basse intensité » domine encore une grande partie des relations avec les États-Unis - malgré le climat diplomatique positif des 14 mois derniers entre les deux pays - il est clair qu'on est loin du « combat » entre deux discours dominants.

Les blogueurs critiquent et partagent sans peur leur vision de la société actuelle. Ils ne sont pas nécessairement alignés avec l'une ou l'autre des positions traditionnelles.

Il y a ceux qui écrivent contre l'État cubain et le communisme. Il y a ceux qui défendent les acquis de la révolution et le système actuel de gouvernance et d'organisation sociale. Mais il y a aussi ceux et celles qui parlent de banalités, de musique, de culture, de la vie, des artistes, de politique internationale ou locale, sans s'inscrire dans l'un ou l'autre des courants dominants qui ont marqué et marquent encore la réalité de Cuba.

Briser le monopole des médias d'État

Osvaldo Cardenas, rédacteur en chef du journal « 14 y medio », bloqué à Cuba Osvaldo Cardenas, rédacteur en chef du journal « 14 y medio », bloqué à Cuba  Photo :  Martin Movilla / ICI Radio-Canada

Selon Osvaldo Cardenas, rédacteur en chef du journal 14 y medio, les blogueurs ont permis de « briser le monopole » des médias traditionnels contrôlés par l'État.

Son journal, logé dans un serveur à l'étranger, est bloqué à Cuba, où personne ne peut le voir. Les autorités cubaines croient qu'Osvaldo Cardenas et Yoani Sanchez, les créateurs du journal, sont « payés de l'étranger » et qu'ils « s'attaquent à Cuba » parce qu'ils sont « des mercenaires à la solde des autorités américaines ».

Osvaldo Cardenas répond que pour l'État cubain, tout média alternatif « est un opposant ».

Le blogueur David Vasquez Abella est très critique à l'égard de 14 y medio. Il assure que ce journal « n'a aucun impact réel à Cuba », parce qu'il a « un discours proaméricain trop marqué ».

Le blogueur cubain David Vasquez Abella Le blogueur cubain David Vasquez Abella  Photo :  Martin Movilla / ICI Radio-Canada

Vasquez a fait aussi un documentaire sur les jeunes et les technologies, et il se considère comme un homme qui « défend la révolution, les principes et le gouvernement ». Par contre, il croit qu'il faut aussi critiquer et ne pas cacher les erreurs des dirigeants ou du gouvernement.

Autre blogueur cubain, très connu en Amérique latine : Harold Cardenas. Il ne mâche pas ses mots pour parler de la situation de son pays. « Nous ne pouvons pas confier les changements aux autres et les oublier, écrit-il. Les changements se font de l'intérieur et grâce à la participation active ».

Cardenas n'est toutefois pas dans l'opposition. Les dissidents le considèrent comme un ami du gouvernement, mais ses articles critiquent tout le monde.

Des voix qui partagent leur vision et leurs divergences à propos d'un même pays et des textes qui montrent différents points de vue. Les blogueurs sont aujourd'hui une richesse pour Cuba et leur existence montre bien que les choses sont en train de changer ici.

La liberté d'expression à Cuba

Depuis des décennies, on parle partout dans le monde des problèmes de liberté d'expression à Cuba : médias contrôlés par l'État, arrestations de dissidents, « balseros qui fuyaient l'île sur des bateaux de fortune, absence de critique du régime.

Nous entendons moins les explications des fonctionnaires, des gens dans la rue ou des révolutionnaires, qui soulignent que Cuba a longtemps été un pays en guerre. Pour ces personnes, ce qui est arrivé jusqu'à maintenant est le résultat logique des « agressions » que le pays a vécues pendant des décennies. Le discours est simple : un pays agressé doit se défendre et ne peut pas se permettre de montrer des divisions ou des faiblesses.

Pour comprendre Cuba, il faut comprendre ce discours, qu'on le partage ou pas. Il est en effet au coeur d'une grande partie des décisions et des actions des autorités cubaines depuis 1960.

Il est clair que Cuba a été toujours au centre de ce que les spécialistes appellent une guerre « de basse intensité », héritée de la guerre froide. Pas facile de vivre avec un ennemi puissant à un peu plus de 100 kilomètres de distance.

Personne ne peut nier que les Américains ont créé des radios, des journaux, des programmes, des campagnes dirigés directement vers les habitants de l'île pour contrer les idées communistes et socialistes du gouvernement.

Personne ne peut nier non plus que le gouvernement cubain a fait la même chose pour contrer les actions de celui qu'on appelle ici au niveau politique « l'ennemi externe », les États-Unis.

C'est au milieu de ces contradictions que les nouvelles générations cubaines ont grandi.

Le blogueur cubain Harold Cardenas résume bien la situation quand il écrit :

« Les sondages faits à Miami montrent aussi que la majorité des Cubains de troisième génération en exil ne voient pas les choses de la même façon que leurs aînés. Ils voudraient que l'embargo finisse et que Cuba retrouve tous les droits d'un pays dit normal. »

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