Poutine fait construire un pont qui relie la Russie à la Crimée

Le reportage de Raymond Saint-Pierre

À l'occasion du deuxième anniversaire de l'annexion de la Crimée, le président russe Vladimir Poutine s'est rendu visiter le chantier du plus long pont de la Russie.

Un texte de Raymond Saint-PierreCourriel

Il fera 19 kilomètres de long, une fois complété, à la fin de 2018. Il reliera Taman, en Russie, à Kertsch en Crimée. Les autorités locales insistent cependant pour que l'on dise que le pont va relier « deux parties de la Russie », et non pas « la Crimée à la Russie ».

Ce pont, c'est Vladimir Poutine qui a voulu le construire, parce que la Crimée, une fois annexée par la Russie, s'est retrouvée pratiquement isolée du reste du monde. Il est très difficile, voire impossible de s'y rendre autrement qu'en avion. Avant, plusieurs touristes, surtout Ukrainiens ou Russes, s'y rendaient en passant par l'Ukraine, mais ce lien terrestre est devenu une frontière où deux pays ennemis se font face.

L'industrie touristique, une des principales sources de revenus de la péninsule, souffre beaucoup de cet isolement.

Le ministre du tourisme criméen, Serguey Strelbitsky, compte beaucoup sur ce pont pour relancer cette industrie. L'an dernier, près de 5 millions de touristes sont venus en Crimée, pratiquement tous des Russes. Une fois le pont complété, il estime que 10 millions de touristes pourront venir ici.

Il faut dire que les sanctions imposées par les pays qui ne reconnaissent pas l'annexion de la Crimée par la Russie n'ont rien pour encourager les visiteurs d'autres pays à s'aventurer dans cette péninsule.

Un compagnon de judo de M. Poutine

Le gros du chantier de ce pont a été confié, par M. Poutine, sans appels d'offres, à un de ses vieux amis Arkadi Rotenberg, un compagnon de judo. M. Rotenberg avait déjà obtenu de juteux contrats de plusieurs milliards de dollars, dans la préparation des jeux de Sotchi.

Le pont aura une autoroute à quatre voies, où 40 000 voitures pourront circuler chaque jour. Il y aura aussi deux voies de chemin de fer, pouvant transporter 13 millions de tonnes de marchandises et 14 millions de passagers, par an.

Le président Poroshenko d'Ukraine disait en début d'année, vouloir reprendre la Crimée, qui faisait partie de son territoire, jusqu'à l'annexion en 2014. Les pays occidentaux, dont le Canada, entendent maintenir les sanctions contre la Russie, tant que la Crimée n'aura pas été rendue à l'Ukraine.

La Russie ne semble pas du tout aller dans cette direction. Le pont viendra placer la Crimée encore plus fermement dans le giron de la Russie.

Correspondants à l'étranger

Tous les correspondants