Moscou, où la nightlife gaie comporte sa part de danger

Le reportage de Raymond Saint-Pierre

Dimanche soir, Moscou : le Propaganda est plein à craquer. Au cœur de la capitale russe, à un kilomètre seulement du Kremlin, des jeunes attendent patiemment d'entrer dans le bar. D'autres sortent fumer. Tous affichent et affirment leur homosexualité, malgré les risques qui pourraient en découler.

Raymond Saint-Pierre
  Un reportage de Raymond Saint-Pierre
Courriel

Depuis 2013, une loi fédérale russe interdit de faire la propagande de l'homosexualité. Les activités sexuelles entre personnes du même sexe ont été décriminalisées en 1993, mais elles sont encore mal acceptées dans la population. Ce n'est que depuis 1999 que l'homosexualité n'est plus considérée comme une maladie mentale.

Des fiers-à-bras ont agressé des homosexuels ou saccagé leurs lieux de rassemblement à plusieurs reprises au cours des dernières années. Selon des sondages fiables, une majorité de Russes n'acceptent pas l'homosexualité, disant vouloir protéger les « valeurs traditionnelles ».

Propaganda Propaganda  Photo :  Radio-Canada/Alex Sergeev

Rencontré au Propaganda, Seva Galkine a son propre magazine gai sur Internet. Spécialiste de la photo masculine, il est un photographe très connu. En vertu de la loi de 2013, Seva pourrait être accusé de faire de la propagande homosexuelle. Il semble toutefois peu inquiet d'être arrêté.

« La Russie est un pays où il y a des lois sévères, mais où on ne les applique pas, assure-t-il. De toute façon, loi ou pas, s'ils décident de me bloquer, ils vont le faire. »

D'autres prétendent que les gais ont aujourd'hui la force du nombre, si bien que leurs détracteurs ne peuvent plus leur faire peur ou les intimider.

Dimitry Nekrasov, 24 ans, dans un bar gai de Moscou Dimitry Nekrasov, 24 ans  Photo :  Radio-Canada/Alex Sergeev

Plusieurs autres bars gais ont pignon sur rue dans la capitale russe. Ils portent des noms comme « Club 69 », « 12 volts » ou encore « Secret ».

Le « 911 » se trouve dans un sous-sol, au fond d'une ruelle sombre. Ici, le clou de la soirée, c'est le spectacle de travestis. Les farces sont très grivoises, l'atmosphère plus intime que dans un grand club.

Parmi les clients, Dimitry Nekrasov, 24 ans, considère que les gais sont de plus en plus acceptés, au moins dans les grands centres.

« Il y a eu des cas où on nous a attaqués, mais ces derniers temps, c'est de plus en plus cool, dit-il. Dans les villes comme Moscou, on commence à nous accepter pour ce que nous sommes, pas parce que nous sommes gais. »

Ses parents savent qu'il est gai, mais ils en font peu de cas. Son frère, par contre, n'accepte pas son orientation sexuelle.

Un bar gai à Moscou  Photo :  Radio-Canada/Alex Sergeev

Il reste encore beaucoup à faire pour que les homosexuels soient tolérés dans la société russe. Les députés qui siègent à la Douma, par exemple, tentent régulièrement d'instaurer de nouvelles lois anti-homosexuels. Mais ces efforts inquiètent de moins en moins la communauté gaie, dont les membres n'hésitent plus à s'afficher au grand jour.

Peut-être, un jour, défileront-ils librement dans les rues de Moscou.

Correspondants à l'étranger

Tous les correspondants