Des annonces saoudiennes suscitent des craintes au Liban

Radio-Canada avec Rai al-youm, Al-Akhbar et L'Orient-Le Jour
Hassan Nasrallah Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah  Photo :  Marie-Eve Bédard

Le Liban donne de nouveau l'impression d'être au bord de l'éclatement, dans une nouvelle démonstration de sa perméabilité aux multiples influences et interventions des forces régionales.

Un texte de Kamel BouzeboudjenCourriel

Déjà, la participation militaire du Hezbollah aux côtés de l'armée syrienne contre les groupes armés en Syrie avait provoqué un clivage au sein de la classe politique libanaise entre les alliés du Hezbollah et ses adversaires.

Mais voilà qu'un nouvel élément, venu de l'extérieur, s'est greffé à cette crise interne. En effet, l'Arabie saoudite a multiplié ces derniers jours des annonces concernant le Liban, qui suscitent des craintes.

Dans un premier temps, le royaume wahhabite a dit qu'il suspendait un don de 3 milliards de dollars destiné à l'achat de matériel militaire français pour l'armée libanaise. Ce don avait été annoncé en 2014.

Cette décision a provoqué une onde de choc au Liban, où le premier ministre a exhorté le royaume de revoir sa décision. Par ailleurs, le président français François Hollande a invité à la dernière minute le prince héritier Mohamed ben Nayef à se rendre à Paris. La question de la fourniture de l'armée libanaise sera certainement au menu des discussions entre les deux parties.

L'Arabie saoudite ne s'est pas arrêtée là. Dans la foulée, elle a demandé à ses ressortissants de quitter le Liban ou de ne pas s'y rendre.

Les monarchies classent le Hezbollah sur la liste des organisations terroristes

Dernier acte de cette offensive saoudienne : la décision, par le Conseil de coopération du Golfe (CCG), de classer le Hezbollah libanais comme groupe terroriste.

Une décision d'une ampleur telle qu'elle a forcé le chef du parti chiite, Hassan Nasrallah, dont les interventions sont rares, à prononcer un discours télévisé virulent à l'endroit de l'Arabie saoudite. « Nous ne nous tairons pas contre vos crimes. Votre problème est avec nous [le Hezbollah], pas avec le gouvernement ou l'armée, affrontez-nous! » a-t-il déclaré.

Il a également accusé l'Arabie saoudite d'être derrière les attentats à la voiture piégée qui ont secoué le Liban ces trois dernières années.

Par ailleurs, des articles dans la presse arabe font état de rumeurs selon lesquelles les monarchies du Golfe expulseraient les ressortissants libanais se trouvant sur leurs territoires.

Quelque 500 000 Libanais vivent dans le Golfe, dont 300 000 en Arabie saoudite. Le total de leurs transferts au Liban en 2015 s'élevait à 7,5 milliards de dollars.

L'offensive politique a été suivie par une offensive médiatique de médias proches des monarchies du Golfe.

Le site de la chaîne Al-Arabiya a publié une série de trois articles dans lesquels le Hezbollah est accusé de fabrication et de trafic de Captagon, une drogue qui fait des ravages au Moyen-Orient.

Les pays arabes divisés

L'Arabie saoudite a réussi à faire adopter par les ministres de l'intérieur de la Ligue arabe, réunis à Tunis, une déclaration condamnant « les activités terroristes » du Hezbollah qui touchent « la stabilité et la sécurité de certains pays arabes ».

Cependant, l'adoption de cette déclaration n'a pas joui de l'unanimité des pays représentés. Les ministres libanais et irakien se sont abstenus, tandis que l'Algérie a refusé de prendre position, indiquant qu'elle ne s'immisçait pas dans les affaires intérieures du Liban.

Cette déclaration des ministres de l'Intérieur arabes a également fait réagir la puissante centrale syndicale tunisienne, l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), et l'Ordre des avocats tunisiens, colauréats du prix Nobel de la paix en 2015.

L'UGTT a rejeté la « décision étrange » du Conseil de Coopération du Golfe contre le Hezbollah qualifié de « symbole de la lutte nationale » libanaise contre Israël. La centrale syndicale a exhorté le gouvernement tunisien de se désolidariser de cette décision.

De son côté, l'Ordre des avocats a appelé les « forces vives en Tunisie et dans le monde arabe à faire pression sur les gouvernements pour revenir sur leur décision ».

Guerre par procuration

L'ancien premier ministre Saad Hariri et son allié le chef des Phalanges libanaises Sami Gemayel. Les deux hommes s'opposent au Hezbollah. L'ancien premier ministre Saad Hariri et son allié le chef des Phalanges libanaises Sami Gemayel. Les deux hommes, l'un sunnite et l'autre chrétien, s'opposent au Hezbollah.  Photo :  Mohamed Azakir / Reuters

Après le Yémen, où l'Arabie saoudite est en guerre contre les rebelles chiites depuis une année, après la Syrie, où les groupes rebelles soutenus par Riyad affrontent le Hezbollah soutenu par l'Iran, après le Bahreïn, où les opposants chiites ont été réprimés par une intervention militaire saoudienne, après l'Irak, où l'affrontement chiite-sunnite est des plus sanglants, le Liban pourrait être le dernier champ d'affrontement entre l'Arabie saoudite et l'Iran, qui ambitionnent tous deux d'être une puissance régionale influente.

Depuis la fin de la guerre civile, qui a duré plus de 15 ans, le pays du Cèdre vit dans une instabilité chronique, où les rapports de force et les alliances entre différents groupes politiques sont en constante mutation.

Une des conséquences de la division actuelle entre les alliés du Hezbollah et ses adversaires est l'impossibilité d'arriver à un consensus sur le prochain président de la République, qui est élu par le Parlement.

Alors que les sunnites et leurs alliés chrétiens ont choisi un candidat, le Hezbollah chiite et ses alliés chrétiens ont opté pour un candidat différent. La partie dure depuis environ deux ans, sans qu'une issue ne soit trouvée.

Syrie : l'engrenage de la guerre

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