Le pape rencontre le patriarche orthodoxe Kirill à Cuba

Reuters
Le reportage de Jean-Michel Leprince

Voilà plus de 1000 ans qu'une telle rencontre ne s'était pas produite. Vendredi, le pape François et le patriarche orthodoxe russe Kirill ont entamé par des embrassades leur tête-à-tête historique à Cuba, une première depuis le schisme entre chrétiens d'Orient et d'Occident il y a 1054 ans.

« Enfin, nous nous voyons, nous sommes frères », s'est réjoui le pape François, ajoutant qu'« il est très clair que ceci est la volonté de Dieu ».

« Maintenant, les choses sont plus claires », a répliqué le patriarche russe, dominé par le « koukol », cette traditionnelle coiffure blanche arrondie surmontée d'une croix.

Les deux hommes se sont embrassés plusieurs fois sur les joues, discutant brièvement devant les nombreux journalistes réunis dans un salon de l'aéroport José Marti, à La Havane.

Ils se sont ensuite rencontrés en tête à tête, en compagnie d'interprètes et des responsables qui ont préparé cette réunion : le directeur des relations extérieures au Patriarcat de Moscou, le métropolite Hilarion, et le président du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, le cardinal suisse Kurt Koch.

Des appels à l'action 

La discussion, d'une durée deux heures, a été dominée par la question des chrétiens persécutés à travers le monde, a précisé l'Église orthodoxe russe. Il en est ressorti une déclaration commune où ils dénoncent la « perte d'unité » entre chrétiens et souhaité son « rétablissement ». 

Ils en ont également profité pour interpeler la communauté internationale à agir au Proche-Orient. 

« Nous appelons la communauté internationale à des actions urgentes pour empêcher que se poursuive l'éviction des chrétiens du Proche-Orient [...]. En Syrie et en Irak, la violence a déjà emporté des milliers de vies, laissant des millions de gens sans abri ni ressources », ont-ils rappelé. 

La rupture 

Ce tête-à-tête entre François, en chemin vers le Mexique, et Kirill, arrivé la veille à Cuba, est le premier entre un chef de l'Église catholique et le patriarche de la plus importante des Églises orthodoxes - qui compte plus de la moitié des 250 000 millions d'orthodoxes - depuis le Grand schisme, survenu entre Rome et Constantinople en 1054.

Cette rupture entre catholiques et orthodoxes a des origines théologiques, mais également historiques : l'Occident carolingien voulait exercer son autorité sur l'ensemble du monde chrétien, tandis que l'Orient souhaitait maintenir son autonomie.

Depuis, des rapprochements entre le pape et le patriarche de Constantinople, mais ce dernier, considéré en théorie comme le chef spirituel du monde orthodoxe, n'a d'autorité directe que sur 3,5 millions de fidèles.

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