Le pape et le patriarche russe réunis 1000 ans après le schisme

Le pape François à son départ en direction de Cuba Le pape François à son départ en direction de Cuba  Photo :  Tony Gentile / Reuters

J'ai presque envie de dire que c'est une histoire fabuleuse. Fascinante. C'est l'histoire d'une rupture qui a laissé une sacrée cicatrice au cœur de la grande famille chrétienne. Cette rupture s'est produite en 1054. Il y a presque 1000 ans. Elle a été le produit d'âpres débats théologiques et politiques.

Une analyse de Alain CrevierTwitterCourriel animateur de Second Regard

À l'époque déjà, les orthodoxes trouvaient que la personne du pape avait terriblement tendance à vouloir occuper tout l'espace. Avec obéissance en prime!

À l'époque, il faut le dire, parler de l'Église, c'était parler d'empires, de vastes territoires et de luttes de pouvoir.

Mille ans plus tard, cette papauté semble toujours irriter les orthodoxes de Moscou et de toute la Russie qui représentent près de 150 millions de fidèles. Ce n'est pas négligeable.

On raconte que cette rencontre historique, à Cuba, est le fruit de deux ans de négociations ultrasecrètes. À mon avis, c'est oublier tous les efforts consacrés à ce dossier depuis très longtemps.

Jean-Paul II en avait fait une quasi-obsession. Il avait même offert de redéfinir la papauté si ça permettait de dénouer l'impasse et de réunir la grande famille chrétienne!

Jean-Paul II aurait vendu ses chaussures et sa capine pour marcher dans les rues de Moscou. Mais... niet! C'est un des échecs retentissants de son pontificat.

Vous pouvez suivre en direct sur votre appareil mobile Martin Movilla journaliste de RCI présent à La Havane.

Mais alors, aujourd'hui?

Bien des choses ont changé. Commençons par Rome.

Ce pape François n'est pas comme les autres. Il ne se dit jamais pape, justement. Il se dit d'abord pécheur et puis évêque de Rome. Touche d'humilité ou trait révélateur?

Par ailleurs, François veut réformer son immense institution. Il voudrait que l'Église retrouve sa mission première, plus proche des pauvres, plus humble, plus missionnaire et plus collégiale!

Ça doit faire plaisir aux orthodoxes de Moscou et de toute la Russie, non? Est-ce suffisant pour ouvrir toute grande la porte de Moscou à François? Niet!

Parlons des orthodoxes de Russie. Leur histoire est tragique, notamment au 20e siècle. Staline avait promis d'éliminer la religion du paysage soviétique. Il avait même concocté un plan quinquennal pour y arriver. Il a réduit en miettes les plus grandes et les plus belles cathédrales du pays. Mais Staline a échoué. Qui a reconstruit ces grands bâtiments à la gloire de l'Église orthodoxe? Poutine!

Je ne dis pas que tous les Russes sont de retour à la messe. Mais ça saute aux yeux : l'Église orthodoxe de Russie n'est plus menacée. Elle est stable. Elle a même développé de forts liens d'amitié avec le Kremlin, ou du moins avec Poutine.

Qu'est-ce que ça change? Le patriarche, après sept ans en place, est peut-être plus en mesure d'assumer une rencontre historique avec l'évêque de Rome. D'autant plus que Kirill doit bien voir comment les orthodoxes de Turquie se sont rapprochés du Vatican. Il doit bien voir aussi que ceux d'Ukraine pourraient être tentés par une grande accolade avec François. Kirill se dit peut-être que, s'il n'y prend garde, l'Église russe pourrait bien se retrouver seule dans son coin de planète?

Le patriarche russe Kirill, tout juste après son arrivée à La Havane Le patriarche russe Kirill, tout juste après son arrivée à La Havane.  Photo :  Alexandre Meneghini / Reuters

Pourquoi Cuba?

Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais - quelle coïncidence! - voici donc que le patriarche de Moscou et de toute la Russie ainsi que François se retrouvent en même temps en Amérique du Sud.

Après d'intenses négociations, il fallait trouver un terrain neutre. C'est ici qu'entre en scène le nouvel ami de François, Raoul Castro, qui leur offre les portes de l'aéroport de La Havane. Que de belles coïncidences, non?

Et puis après?

Ces deux hommes ont une cause en commun. C'est la tragédie des chrétiens du Moyen-Orient qui sont ciblés, assassinés, pourchassés et en fuite. La Terre sainte qui fut jadis chrétienne ne l'est plus.

Une déclaration commune n'arrêtera pas la guerre. Mais c'est le symbole le plus puissant qu'ils peuvent offrir au monde.

Maintenant, attendons la déclaration des deux hommes.

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