CPI : Gbagbo accuse la France de l'avoir chassé du pouvoir

Associated Press
L'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo attend le début de son procès à la CPI, le 28 janvier 2016. L'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo attend le début de son procès à la CPI, le 28 janvier 2016. (Archives)  Photo :  Reuters

L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo s'affairait à rétablir la démocratie dans son pays quand il a été évincé du pouvoir par l'armée française, des mercenaires et d'autres partisans du président actuel, Alassane Ouattara.

L'avocat Emmanuel Altit a lancé cette affirmation lundi, quand il a pris la parole pour la première fois devant la Cour pénale internationale (CPI). Gbagbo est accusé de crimes contre l'humanité en lien avec la vague de violence qui a déferlé sur le pays après le scrutin présidentiel de 2010.

Quelque 3000 personnes ont été tuées. Gbagbo a plaidé non coupable aux quatre accusations de meurtres et de viols qui pèsent contre lui.

Des procureurs ont reproché à Gbagbo, la semaine dernière, d'avoir mis le feu aux poudres pour s'accrocher au pouvoir après avoir été défait par M. Ouattara. Me Altit prétend que cette version des faits est une narration politique qui vise simplement à justifier le recours à la force contre le « président Gbagbo ». Il a reproché aux procureurs de fermer les yeux sur les crimes commis par les partisans de M. Ouattara. Il a ensuite accusé la France d'avoir joué un rôle important dans la crise, notamment en fournissant des armes aux partisans de M. Ouattra en dépit de l'embargo décrété par l'ONU.

Les avocats de Gbagbo ont aussi travaillé à démolir les preuves déposées contre leur client.

L'ancien président de 70 ans et son ancien ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, sont accusés d'avoir orchestré les violences postélectorales. Les deux hommes ont plaidé non coupables.

Un fauteuil pour deux

La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, a l'intention de faire entendre 138 témoins, dont des victimes de la violence et des proches de l'ancien président. Elle a notamment évoqué le cas d'une femme qui aurait été violée à de multiples reprises pendant trois jours, après avoir été arrêtée par les forces de l'ordre alors qu'elle participait à une manifestation contre Gbagbo.

Ce dernier demeure populaire auprès de certains Ivoiriens en dépit des accusations qui pèsent contre lui. Gbagbo avait pris le pouvoir en 2000 au terme d'un vote qu'il avait lui-même qualifié de « calamiteux ». Il a pourtant attendu 10 ans avant d'organiser un nouveau scrutin, en 2010. Il a à ce moment devancé Alassane Ouattara au premier tour, avant d'être défait lors du second. Il a ensuite refusé de céder le pouvoir à son rival, ce qui a provoqué une violente crise.

Gbagbo et Blé Goudé font chacun l'objet de quatre accusations de crimes contre l'humanité. On leur reproche notamment les meurtres et les viols commis par les forces pro-Gbagbo à la fin de 2010 et au début de 2011, au moment où Gbagbo s'accrochait au pouvoir. Les procureurs affirment que les deux hommes ont mobilisé les forces de l'ordre, les milices de jeunes et des mercenaires pour attaquer les partisans, réels ou perçus, de M. Ouattara.

Human Rights Watch a prévenu que ce procès devrait servir d'avertissement sérieux à quiconque est prêt à tout faire pour se maintenir au pouvoir.

Amnistie internationale, de son côté, a rappelé que tous ceux qui sont soupçonnés de crimes doivent être traduits en justice - y compris les partisans de M. Ouattara.

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