Vos questions à Marie-Eve Bédard

Marie-Eve Bédard Marie-Eve Bédard  Photo :  Radio Canada

Assistera-t-on à un recul significatif du groupe armé État islamique cette année? Êtes-vous accro au risque élevé? Quoi de neuf dans le conflit israélo-palestinien? Retour sur trois thèmes abordés dans ce clavardage avec Marie-Eve Bédard, correspondante de Radio-Canada à Beyrouth pour le Moyen-Orient.


LE GROUPE ARMÉ ÉTAT ISLAMIQUE

Comment sont traités les combattants de l'EI qui sont faits prisonniers? demande un internaute. Marie-Eve Bédard explique qu'il n'y a pas de chiffres précis, mais que beaucoup de ces combattants ont été capturés par les armées syriennes ou irakiennes.

« Nous avons aussi rencontré certains de ces prisonniers entre les mains des milices chiites qui se battent aux côtés de l'armée irakienne. »

« Quant à savoir quel sort ils subissent, difficile de le dire. Les conventions de Genève ne sont pas appliquées et donc, il est difficile d'obtenir des informations sur les conditions de leur détention. » — Marie-Eve Bédard

Va-t-on assister à un recul significatif de l'EI cette année? Et si oui, cela veut-il dire que l'EI va se transformer en nébuleuse comme Al-Qaïda et devenir ainsi encore plus dangereuse pour les pays occidentaux?

À ces questions d'une internaute, Marie-Eve Bédard répond qu'il est vrai qu'au cours des dernières semaines, l'EI a été évincé d'une partie des territoires qu'il occupe. « La reprise de Ramadi en Irak par les forces gouvernementales et les milices qui l'appuient est significative. »

« Ce qui sera important, c'est d'arriver à rapidement consolider ce genre de victoires en reconstruisant rapidement tout ce qui a été détruit, mais c'est un défi de taille et on ne voit pas beaucoup de signes qu'il s'agit d'une priorité pour le gouvernement irakien. » — Marie-Eve Bédard

Selon la correspondante, le risque que l'EI se transforme en nébuleuse comme Al-Qaïda est bien réel : « On constate généralement que quand l'EI subit des défaites comme à Ramadi, il se tourne rapidement vers d'autres secteurs d'activités pour détourner l'attention, comme des attentats spectaculaires ».

État islamique, le règne de la terreur



TRAVAILLER EN ZONE DE GUERRE

De nombreux internautes ont posé des questions sur les conditions de travail d'une correspondante en zone de conflit. Vous est-il arrivé de craindre pour votre sécurité? Vous devez y penser en permanence lors de vos déplacements et interventions?

« On y pense en effet très souvent. Je pense qu'il faut avoir une saine appréhension des dangers potentiels de chacune de nos couvertures pour bien se préparer, poser les bonnes questions, obtenir le plus d'information possible afin de travailler de façon relativement sécuritaire. Mais le risque zéro n'existe pas et on en est bien conscient », répond la journaliste.

Vous ennuyez-vous du danger lorsque vous êtes au Canada? Êtes-vous accro au risque élevé? « Pas du tout! Quand je rentre à Montréal, j'apprécie le calme et la quiétude de la ville. Mais il est vrai qu'une fois reposée, j'ai toujours très hâte de me retrouver de l'autre côté de l'océan, replonger dans l'action. J'ai besoin de cet équilibre entre les deux! »

Marie-Ève Bédard et Sylvain Castonguay à Gaza Le caméraman Sylvain Castonguay et la reporter Marie-Ève Bédard à Gaza en juillet 2014
Discutez avec les correspondants

Nos correspondants à l'étranger sont à Montréal cette semaine. C'est l'occasion pour vous de discuter avec eux, dans le cadre de nos clavardages quotidiens de 12 h à 13 h

Parlez-vous arabe? « Pas encore, mais j'y travaille! Je le comprends de mieux en mieux, mais il s'agit d'une langue riche et complexe à laquelle j'aimerais beaucoup avoir encore plus de temps à consacrer. »

Une internaute demande à la correspondante ce qui peut bien la motiver à aller faire des reportages dans des pays aussi dangereux ou défavorisés?

« Ce qui me motive chaque jour, c'est la richesse et l'intensité de la matière. Nous sommes témoins d'événements historiques, de drames et de cruauté inouïs, mais aussi, de la capacité de certains êtres humains d'y faire face de façon admirable. » — Marie-Eve Bédard

Subissez-vous parfois de la discrimination parce que vous êtes une femme, que ce soit de la part des différents intervenants ou de vos collègues masculins? La reporter précise qu'elle est parfois traitée autrement, mais que de façon générale, elle arrive à être perçue d'abord et avant tout comme une journaliste. Elle ne pense pas subir un traitement défavorable par rapport à mes collègues masculins.

« Je préfère aussi voir le côté positif des choses, qui n'est pas négligeable. En tant que femme, il m'est parfois plus facile d'avoir accès à des femmes. Dans les cultures plus conservatrices, une femme n'oserait pas parler à un homme qui n'est pas de sa famille, alors ça m'ouvre des portes. » — Marie-Eve Bédard

Avez-vous l'intention d'aller en Syrie un jour, dans un, deux ou cinq ans? demande un internaute. Marie-Eve Bédard répond qu'elle aimerait y aller le plus vite possible, mais qu'il s'agit là d'un immense défi, que ce soient dans les zones contrôlées par le régime ou dans celles qui le sont par les différents groupes rebelles.

« D'une part, le régime syrien n'accorde que très, très peu de visas de journalistes. Autrement, on peut vite devenir une cible de choix dans certaines régions où l'EI est très présent. Mais on y travaille très fort et j'ai bon espoir d'y aller cette année! »


ET LE CONFLIT ISRAÉLO-PALESTINIEN?

Un soldat israélien console une jeune femme à la sortie d'un supermarché où est survenue une attaque au couteau Un soldat israélien console une jeune femme à la sortie d'un supermarché où est survenue une attaque au couteau (octobre 2015)  Photo :  Reuters Photographer / Reuters

On ne parle presque plus des attaques au couteau en Israël, mais pensez-vous voir des développements majeurs dans ce conflit interminable? Pas pour le moment, répond la journaliste.

« On constate plutôt un durcissement de ton et cette violence presque quotidienne qui s'installe plus solidement. Une trentaine d'Israéliens sont morts depuis septembre dernier, 120 Palestiniens aussi, dont 82 qui étaient sur le point de commettre une attaque, selon les autorités israéliennes. »

« On en parle moins, c'est vrai. Mais la question de savoir si cette dernière vague de violence indique la fin d'un projet de deux États voisins et indépendants est importante, et elle fait partie de nos projets de couverture cette année. » — Marie-Eve Bédard

Relisez ci-dessous le clavardage avec Marie-Eve Bédard :

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