Vibrant plaidoyer d'Obama pour un meilleur contrôle des armes à feu

Radio-Canada avec Reuters et Agence France-Presse
Le reportage de Philippe Leblanc

Dans un discours passionné livré mardi à la Maison-Blanche, Barack Obama a défendu les mesures qu'il veut mettre de l'avant par décret pour renforcer les mesures de contrôle lors de l'achat d'armes à feu aux États-Unis.

Le président américain veut notamment que tous les vendeurs d'armes aient une licence et qu'ils procèdent à des vérifications exhaustives des antécédents des acheteurs, y compris pour ceux qui en font le commerce sur Internet ou dans des foires, ce qui n'est pas le cas à l'heure actuelle.

« Nous devons ressentir l'urgence absolue maintenant, car les gens meurent. Et les excuses constantes pour l'inaction ne marchent plus. Ne suffisent plus.  » — Barack Obama

« Nous avons créé un système dans lequel des personnes dangereuses sont autorisées à jouer avec différentes règlementations », a déploré M. Obama dans son allocution d'une trentaine de minutes, au cours de laquelle il a versé des larmes en évoquant la tuerie de l'école primaire Sandy Hook.

Le président américain s'est moqué de ceux et celles qui voient dans de telles mesures « un complot visant à priver d'armes tous les Américains », en soulignant qu'il respectait le deuxième amendement de la Constitution américaine, qui garantit le droit de porter des armes. 

« J'ai enseigné le droit constitutionnel. J'en connais un peu sur le sujet. Je comprends », a-t-il déclaré. Face aux nombreuses tueries qui se produisent aux États-Unis, il convient cependant de trouver un meilleur équilibre avec d'autres droits des Américains.

« Je suis convaincu que nous pouvons trouver des moyens de réduire la violence due aux armes à feu en respectant le deuxième amendement de la Constitution. » — Barack Obama

La Constitution américaine garantit aussi la liberté d'expression, mais il n'est pas permis pour autant de crier « au feu » dans une salle de spectacle, a-t-il illustré. Elle garantit aussi le droit à la vie privée, ce qui n'empêche pas que quiconque prend l'avion doit passer au détecteur de métal.

Plusieurs des quelque 30 000 Américains qui perdent la vie bon an mal an dans des violences dues aux armes à feu avaient aussi des droits, dont le droit à la vie et à la liberté de rassemblement, qui ont été violés, a-t-il plaidé.

Le président démocrate a fait de nombreuses références à des républicains qui ont également appuyé de meilleures vérifications des antécédents des acheteurs d'armes à feu, incluant les ex-présidents Ronald Reagan et George W. Bush ou le sénateur John McCain.

Même le puissant lobby des armes à feu, la National Rifle Association, y a déjà été favorable, a-t-il souligné.

Au Congrès de refléter la volonté populaire, dit Obama

Barack Obama a déploré du coup que l'enjeu du contrôle des armes à feu soit devenu si partisan. De précédentes mesures présentées dans la foulée de la tuerie de Sandy Hook ont été approuvées par 90 % des sénateurs démocrates, a-t-il rappelé, mais ont finalement été battues parce que 90 % des sénateurs républicains s'y sont opposés. 

« Nous devons tous réclamer un Congrès suffisamment courageux pour se tenir debout face aux mensonges du lobby des armes. » — Barack Obama

Rappelant qu'une majorité d'Américains - y compris d'allégeance républicaine - soutiennent un meilleur contrôle des armes à feu, le président Obama a invité les électeurs à voter en fonction de cet enjeu lors des prochains scrutins. Cela forcerait le Congrès à changer son approche, a-t-il argué.

Selon un sondage Reuters/Ipsos publié le mois dernier, 65 % des personnes interrogées jugent important d'apporter une réponse à la question du contrôle des armes.

Afin d'assurer une meilleure application des lois existantes, M. Obama propose aussi la création de 200 nouveaux postes au sein de l'Agence fédérale sur l'alcool, le tabac et les armes (ATF). Il suggère également un investissement de 500 millions de dollars pour améliorer la prise en charge des personnes souffrant de troubles psychiatriques.

Le président a aussi appelé à mettre les ressources nécessaires au service de l'innovation pour plus de sécurité. « Si nous savons faire en sorte qu'un enfant ne puisse ouvrir un tube d'aspirine, nous devrions pouvoir nous assurer qu'il ne puisse appuyer sur la gâchette d'une arme », a-t-il noté.

Barack Obama a convenu que les mesures présentées ne suffiraient pas à prévenir des fusillades meurtrières ni des crimes violents, mais estime qu'elles pourraient néanmoins sauver des vies.

Jeudi, le président participera à une émission de télévision sur CNN à 20 h (HNE) lors de laquelle il s'efforcera de gagner le soutien du public dans un pays où le lobby des armes à feu est très puissant, avant son discours sur l'état de l'Union le 12 janvier.

Non, répondent à l'unisson les républicains

En affichant sa volonté de passer outre un Congrès dominé par des républicains plutôt opposés aux restrictions à la détention des armes, Barack Obama va sans nul doute déclencher une tempête politique à 11 mois de la prochaine élection présidentielle.

Bien que la Maison-Blanche assure que ces mesures sont en tout point conformes à la Constitution et entrent pleinement dans le cadre des pouvoirs présidentiels, l'homme fort du Sénat, le républicain Mitch McConnell, a annoncé mardi que le Congrès allait examiner la légalité des nouvelles annonces du président.

De leur côté, les candidats républicains rivalisent d'ores et déjà de formules pour dénoncer l'initiative présidentielle et promettent, à l'unisson, d'effacer d'un trait de plume toutes les mesures annoncées mardi s'ils étaient élus à la présidence.

« Nous ne serons bientôt plus en mesure d'acquérir des armes », a lancé dans son style lapidaire le milliardaire Donald Trump, qui fait aujourd'hui figure de favori dans la course.

« Ce président veut agir comme s'il était un roi, comme s'il était un dictateur », a déclaré le gouverneur du New Jersey Chris Christie, qui brigue l'investiture républicaine. « Ce sera à nouveau un décret présidentiel illégal qui sera rejeté par les tribunaux », a-t-il ajouté.

Soulignant qu'il était membre à vie de la National Rifle Association (NRA), Jeb Bush, fils et frère de présidents, en lice pour les primaires, a pour sa part dénoncé des mesures « qui imposent des contraintes inutiles » aux détenteurs d'armes respectueux de la loi.

« Barack Obama est obsédé par la destruction du deuxième amendement », a déclaré de son côté Marco Rubio sur Fox News. « Cela ne fera pas baisser la violence ou la criminalité, car les criminels n'achètent pas d'armes de cette façon. Ils les achètent sur le marché noir ».

« Nous ne battrons pas les méchants en confisquant nos armes. Nous battrons les méchants en utilisant nos armes », a déclaré lundi le candidat ultra-conservateur aux primaires républicaines Ted Cruz. « Si je suis élu président, j'abrogerai chacun des décrets illégaux et anticonstitutionnels signés par Barack Obama ».

« Les actes du président n'ont rien à voir avec la protection des Américains et tout à voir avec son agenda politique », a condamné le docteur Ben Carson, mardi, sur Twitter.

Hillary Clinton, favorite pour l'investiture démocrate en vue de la présidentielle du 8 novembre prochain, a salué le projet de Barack Obama. L'ancienne secrétaire d'État a fait savoir qu'elle prendrait elle aussi des décrets sur le contrôle des armes si elle devenait présidente.

Carte des fusillades ayant fait au moins quatre victimes, mortes ou blessées, en 2015 aux États-Unis

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