L'Arabie saoudite rompt ses relations diplomatiques avec l'Iran

Reuters
Mariam Pirzadeh, collaboratrice spéciale pour France 24 à Téhéran en Iran parle de la situation.

L'Arabie saoudite a décidé dimanche de rompre ses relations diplomatiques avec l'Iran après l'attaque de son ambassade à Téhéran par des manifestants protestant contre l'exécution, la veille, d'un dignitaire chiite très critique à l'égard du régime saoudien.

Dans une conférence de presse, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Djoubeir, a précisé que son pays avait demandé au personnel de la mission diplomatique iranienne et aux administrations qui lui sont rattachées en Arabie saoudite de quitter le territoire dans un délai de 48 heures.

L'Arabie saoudite est déterminée à ne pas laisser l'Iran affaiblir sa sécurité nationale, a affirmé le ministre saoudien.

Des manifestants iraniens ont envahi l'ambassade saoudienne à Téhéran dans la nuit de samedi à dimanche, après l'exécution dans le royaume wahhabite de 47 condamnés, dont un haut dignitaire chiite.

Des manifestants s'étaient massés devant les portes de l'ambassade pour protester contre l'exécution du cheikh Nimr Al-Nimr, critique virulent du régime saoudien. Ils ont réussi à pénétrer dans l'enceinte et ont commencé à y mettre le feu avant d'être chassés par la police, rapporte l'agence de presse iranienne Isna.

Un des clichés diffusés sur les réseaux sociaux montre une salle saccagée et des meubles cassés, sous un portrait du roi Salmane d'Arabie saoudite.

Peu après, le ministère iranien des Affaires étrangères a publié un communiqué appelant au calme et demandant aux manifestants de respecter les lieux diplomatiques, rapporte le site Internet Entekhab.

Le guide suprême de la révolution islamique en Iran, Ali Khamenei, a toutefois dit prévoir une « vengeance divine » après l'exécution du cheikh Nimr.

Adel Al-Djoubeir a estimé que l'attaque de la mission diplomatique saoudienne était de même nature que celles qui ont été commises par le passé contre d'autres représentations étrangères en Iran.

« Couvrir une erreur majeure »

Le ministre Al-Djoubeir a estimé que l'Iran poursuivait une politique de déstabilisation de la région en créant des « cellules terroristes » en Arabie saoudite.

« À la lumière de ces réalités, le royaume annonce la rupture des relations diplomatiques avec l'Iran et demande le départ des membres des missions diplomatiques de l'ambassade, du consulat et des administrations liées dans les 48 heures. L'ambassadeur a été convoqué pour le leur notifier », a dit le ministre.

Les diplomates, qui ont dû quitter l'ambassade saoudienne à Téhéran, sont arrivés par avion à Dubaï et sont en chemin pour rejoindre leur pays, selon la chaîne de télévision Al-Arabiya.

S'exprimant à la télévision nationale iranienne, le vice-ministre des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, a estimé que cette rupture constituait de la part de l'Arabie saoudite une tentative pour couvrir « l'erreur majeure de l'exécution du cheikh Nimr ».

Les États-Unis, qui demeurent le plus fidèle allié du régime saoudien en Occident, ont réagi en plaidant pour un apaisement entre Riyad et Téhéran.

« Nous avons pris connaissance des informations selon lesquelles le Royaume d'Arabie saoudite a décidé d'ordonner la fermeture des missions diplomatiques iraniennes dans le Royaume », a dit un responsable de l'administration Obama.

« Nous pensons que l'engagement diplomatique et le dialogue direct demeurent essentiels pour travailler à résoudre les divergences et nous continuons d'appeler les dirigeants de la région à prendre des mesures actives pour apaiser les tensions », a ajouté ce responsable.

« Maintenant, cela suffit »  

Une source au fait de la position du gouvernement saoudien a indiqué que ce dernier avait décidé d'ignorer le mécontentement que cette rupture des relations diplomatiques risquait de provoquer au sein de l'administration américaine.

La position de l'Arabie saoudite face à l'Iran,  a précisé cette source, est la suivante : « Maintenant, cela suffit. »

« Téhéran ne cesse de se moquer encore et encore de l'Occident. Les Iraniens soutiennent le terrorisme et lancent des missiles balistiques, mais personne ne fait rien face à cela, a ajouté cette source. Les Saoudiens se fichent de provoquer la colère de la Maison-Blanche. »

Les tensions entre l'Iran révolutionnaire chiite et l'Arabie saoudite conservatrice sunnite s'expriment de manière indirecte depuis des années. Chacun des deux pays, qui entend asseoir son influence régionale, soutient régulièrement des camps adverses dans les conflits du Moyen-Orient.

Toutefois, l'exécution de Nimr Al-Nimr samedi a servi de détonateur à un ressentiment ancien. Avant la mise  à mort du dignitaire chiite, l'Iran avait mis l'Arabie saoudite en garde en affirmant que cette dernière « paierait cher » une telle décision.

En Irak, où le gouvernement majoritairement chiite est proche de l'Iran, plusieurs personnalités politiques et religieuses ont demandé la rupture des relations diplomatiques avec l'Arabie saoudite, s'interrogeant sur la volonté de Riyad de mettre sur pied une alliance régionale contre le groupe armé État islamique.

Le grand ayatollah Ali Sistani, le plus haut dignitaire chiite d'Irak, a quant à lui condamné « une agression injuste ».

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