Obama revoit le champ d'action de la NSA

Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Les explications de Joyce Napier

Le président Barack Obama s'est engagé vendredi à ce que les agences de renseignement américaines n'espionnent plus les communications des dirigeants des pays alliés des États-Unis, sauf circonstances exceptionnelles. Il a aussi annoncé des changements à la collecte des données téléphoniques des Américains.

Le président a toutefois souligné que les services américains continueraient à « réunir des informations sur les intentions des gouvernements à travers le monde », comme le font tous les autres pays. « On ne va pas s'excuser juste parce que nos services sont peut-être plus efficaces », a-t-il dit.

Dans un discours très attendu à la Maison-Blanche, le président a dévoilé sa réforme des programmes américains de surveillance des communications, sept mois après le début de révélations explosives de l'ancien analyste du renseignement Edward Snowden, aujourd'hui réfugié en Russie

À ce sujet, Barack Obama a affirmé qu'il faudrait peut-être des années avant que les États-Unis prennent pleinement conscience des dégâts provoqués par les révélations d'Edward Snowden.

« La défense de notre nation dépend en partie de la fidélité de ceux auxquels nous avons confié les secrets de notre pays. » — Barack Obama, parlant des révélations d'Edward Snowden

« Si un individu opposé à la politique du gouvernement peut prendre [ces secrets] dans ses mains pour rendre publiques des informations classifiées, alors nous ne serons jamais capables d'assurer la sécurité de notre population ou de conduire une politique étrangère », a insisté le président.

Dans un souci de rassurer les citoyens américains et étrangers inquiets pour le respect de leur vie privée, le président a mentionné l'importance pour le pays de se doter de « garde-fous » entourant les activités des agences de renseignement et de faire preuve de plus de transparence.

La collecte de données téléphoniques continuera

Par ailleurs, les agences de renseignement continueront la collecte de métadonnées téléphoniques des Américains, a assuré le président, soulignant qu'il s'agissait d'une arme essentielle dans la lutte contre le terrorisme.

Les métadonnées téléphoniques recueillies comprennent les numéros appelés, les horaires et durées des appels, mais n'incluent pas les enregistrements des conversations. Leur exploitation ne viole donc pas la Constitution, selon la Maison-Blanche.

Toutefois, l'Agence de sécurité nationale (NSA) ne devrait plus être la dépositaire de ces données. Barack Obama n'a toutefois pas précisé quelle entité devrait les conserver. Il donne 60 jours à la communauté du renseignement et au procureur général pour qu'ils se penchent sur la question et formulent des recommandations. En attendant, la NSA conserve ces renseignements.

Le président a aussi annoncé qu'il y aurait des limites de temps pour l'archivage des données personnelles récoltées par les agences de renseignement et que l'accès à ces données serait restreint. Une autorisation de la justice sera requise avant d'interroger la base de données dont dispose la NSA.

Barack Obama demande également au Congrès de mettre en place, auprès de l'instance judiciaire pour les affaires de terrorisme (Foreign Intelligence Surveillance Court), un panel d'experts juridiques chargés d'assurer la protection de la vie privée.

Depuis juin 2013, Edward Snowden distille aux médias des informations compromettantes sur l'étendue des mesures de surveillance de la NSA, son ancien employeur à qui il a subtilisé plusieurs documents.

Ces révélations ont mis le président Obama sur la défensive, tant à l'étranger que dans son propre pays. L'Allemagne, la France, le Brésil et le Mexique, notamment, se sont plaints auprès de la diplomatie américaine après avoir appris que les communications de leurs dirigeants - et, dans certains cas, de simples citoyens - étaient étroitement surveillées.

En décembre, un groupe d'experts mandatés par le gouvernement recommandait la révision des programmes de surveillance de la NSA. Il proposait notamment que le stockage des données téléphoniques des Américains se fasse chez les opérateurs, et non dans les serveurs de la NSA.

Le programme PRISM, qui permet à la NSA d'accéder aux courriels, aux photos et aux communications échangées sur des sites web comme Google et Facebook, devrait quant à lui continuer.

L'enjeu de la vie privée

En entrevue à Radio-Canada, l'ancien directeur adjoint du Service canadien du renseignement de Sécurité, Ray Boisvert, croit que Barack Obama a bien souligné l'équilibre difficile à atteindre entre assurer la sécurité d'une superpuissance comme les États-Unis et protéger la vie privée des citoyens.

« Je pense que la surveillance va continuer plus ou moins [avec la même intensité]. C'est important de laisser aux agences de renseignement la capacité d'enquêter, notamment sur Internet. La menace globale est grandissante, surtout depuis le 11 Septembre. Mais le président a montré sa volonté de le faire de façon transparente. Il a aussi parlé de l'importance pour les agences d'aller chercher les autorisations politiques et juridiques nécessaires [pour accéder aux renseignements] », a-t-il dit.

Toutefois, les annonces de Barack Obama sont insuffisantes aux yeux de nombre d'organisations de défense de la vie privée. « Il y a encore beaucoup à faire » pour réformer la NSA, a affirmé la responsable juridique de l'Electronic Frontier Foundation (EFF), Cindy Cohn.

« Rien dans ce que le président a dit n'indique que la collecte de ces [métadonnées] va cesser », a dit de son côté l'Association nationale des avocats pénalistes (NACDL).

L'organisme Amnistie internationale juge quant à lui que le droit à la vie privée demeure grandement menacé, malgré les promesses de Barack Obama.

De son côté, le fondateur du site WikiLeaks, Julian Assange, a estimé en entrevue à CNN « qu'il est embarrassant pour un chef d'État de parler comme ça pendant 45 minutes et de ne presque rien dire ». « Malheureusement, aujourd'hui, nous voyons très peu de réformes concrètes », a-t-il ajouté.

De son côté, le sénateur du Kentucky, Rand Paul, champion des libertés individuelles, juge qu'il s'agit d'une réforme de façade, où l'État peut toujours espionner les Américains.

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