Le rôle de l'Arabie saoudite dans le conflit syrien

Le prince Bandar ben Sultan Le prince Bandar ben Sultan  Photo :  AFP/HASSAN AMMAR

L'Arabie saoudite place le conflit syrien à la tête de ses priorités géostratégiques. Pour preuve, le régime a confié le dossier au très puissant chef des services secrets Bandar ben Sultan, l'ancien ambassadeur à Washington.

Dans un article publié le 6 août dernier, le journal libanais Al-Akhbar résumait le plan du prince saoudien pour le conflit syrien.

Selon des responsables politiques du Moyen-Orient qui l'ont rencontré, Bandar ben Sultan s'est donné huit mois pour armer et renforcer les rebelles syriens dans le but d'équilibrer les forces entre les belligérants sur terrain. Cette stratégie a pour objectif d'affaiblir le régime syrien en vue de prochaines négociations politiques, a-t-il expliqué à ses interlocuteurs.

Selon lui, les deux prochains mois montreront que son effort (d'armer les rebelles) portera ses fruits.

Cependant, l'optimisme du prince saoudien est teinté par quelques nuances. Car la partie semble compliquée. Une des difficultés est la fragmentation de la rébellion. En raison de cette situation, Bandar ben Sultan a indiqué qu'il ne pouvait pas entraîner plus de 300 rebelles par mois. Il a également expliqué que, souvent, les armes envoyées en Syrie finissent entre les mains des éléments d'Al-Qaïda.

Le prince espère que les rebelles réalisent des percées dans le nord, notamment dans la région d'Alep, et dans le sud, où il tente de convaincre le roi Abdallah de Jordanie de laisser passer armes et combattants dans la région de Deraa.

Le journal libanais rappelle, en citant des connaisseurs du dossier, que le même prince avait financé en 2006 des milices libanaises de l'ancien premier ministre Saad Hariri dans le but de contrecarrer la puissance du Hezbollah chiite. Mais cette milice a été défaite, selon le journal, après quelques heures de combat en 2008.

« Vétéran de l'intrigue »

Un article publié par le Wall Street Journal le 25 août est allé dans le même sens. Celui que le journal qualifie de « vétéran de l'intrigue diplomatique à Washington et au Moyen-Orient » a expliqué aux Américains qu'il ne s'attendait pas à une victoire des rebelles sur le terrain dans l'immédiat.

Le journal américain rapporte que le prince Bandar a confié à son demi-frère Salman de superviser l'entraînement des rebelles syriens en Jordanie.

Par ailleurs, les Saoudiens ont commencé en hiver à déployer des efforts considérables pour convaincre les Américains et les puissances occidentales que le régime de Bachar Al-Assad a franchi « la ligne rouge » en utilisant des armes chimiques. Les services secrets saoudiens affirmaient en février que le régime a utilisé des armes chimiques en faisant parvenir des « preuves » aux Américains.

Selon le Wall Street Journal, le roi Abdallah d'Arabie saoudite a transmis un message au président Barack Obama en avril lui disant que « la crédibilité » des États-Unis serait écornée si le régime syrien et son allié iranien gagnaient la bataille.

Parallèlement à ce message, le prince Bandar et l'ambassadeur saoudien à Washington ont travaillé intensément, selon le journal, pour convaincre la Maison-Blanche et le Sénat de la nécessité de frapper la Syrie.

Par la suite, le prince s'est entretenu à Paris avec des responsables français et en juillet, il s'est rendu à Moscou, où il a expliqué, selon des diplomates, à Vladimir Poutine, que le royaume saoudien détient de fortes sommes d'argent qu'il va utiliser pour gagner la bataille en Syrie.

Il y a un quart de siècle, c'est le même Bandar ben Sultan qui a armé les moudjahidines afghans contre les troupes soviétiques.

Le Wall Street Journal rapporte que le week-end dernier, l'Arabie saoudite a accentué la pression sur Washington pour attaquer la Syrie en réponse aux « attaques chimiques ».

« Vous ne pouvez pas comme président tracer une ligne et ne pas la respecter », aurait dit le message saoudien au président Obama, selon un diplomate cité par le journal.

Le journaliste Abdelbari Atwan, l'ancien directeur d'Al-Quds Al-arabi, a écrit dans sa page Facebook mardi que la multiplication des apparitions du prince Bandar Ben Sultan est le signe que « la guerre s'approche dans la région ».

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