Ces lanceurs d’alerte, traîtres ou héros?

Programme PRISM : Edward Snowden promet de nouvelles révélations

Edward Snowden, l'ancien technicien de la CIA qui a révélé l'existence d'un programme de surveillance hautement confidentiel au journal The Guardian Edward Snowden, l'ancien technicien de la CIA qui a révélé l'existence d'un programme de surveillance hautement confidentiel au journal The Guardian  Photo :  The Guardian

L'ex-analyste de la CIA Edward Snowden, qui a révélé l'existence du système de surveillance Internet PRISM du gouvernement américain, promet, dans une entrevue à un quotidien chinois, de révéler d'autres informations sur la surveillance secrète qu'exercent les services de sécurité américains sur les communications de leurs citoyens.

L'informaticien américain de 29 ans qui se cache à Hong Kong, en Asie du Sud-est, est activement recherché par le gouvernement américain.

Dans une entrevue accordée au quotidien South China Morning Post, il affirme ne pas être un traître, mais vouloir plutôt révéler la vérité sur les activités de surveillance du gouvernement des États-Unis.

« Je ne suis pas un traître, ni un héros. Je suis un Américain. » — Edward Snowden, South China Morning Post

C'est la première fois qu'Edward Snowden rompt le silence depuis qu'il est apparu en entrevue au Guardian, dimanche dernier, où il explique l'existence d'un vaste programme de surveillance des communications électroniques aux États-Unis.

L'administration Obama est plongée dans l'eau chaude depuis les révélations de l'ex-employé de la CIA qui a affirmé que les services de sécurité américains scrutaient à grande échelle les conversations téléphoniques et les correspondances électroniques de millions de personnes aux États-Unis et à l'étranger.

La semaine dernière, le Washington Post et le Guardian ont révélé successivement l'existence de deux programmes secrets de la National Security Agency (NSA), l'Agence nationale de sécurité américaine.

L'un concerne la récolte depuis 2006 des données d'appels téléphoniques aux États-Unis par l'opérateur Verizon, et vraisemblablement d'autres opérateurs.

L'autre programme, appelé PRISM, vise à obtenir des données qui circulent sur les plus importants services de courriels et réseaux sociaux.

Nouvelles révélations à venir

Dans l'entrevue dont la version intégrale doit être publiée bientôt par le South China Morning Post, Edward Snowden ferait de nouvelles révélations sur la surveillance des citoyens par le gouvernement américain. Il parle également des mesures prises par le gouvernement américain depuis qu'il a révélé l'existence de PRISM, de ses projets ainsi que de ses craintes pour ses proches et sa famille.

« Les gens qui croient que j'ai fait une erreur en choisissant Hong Kong pour me cacher se fourvoient sur mes intentions. Je ne suis pas ici pour fuir la justice; j'y suis pour révéler la criminalité. » — Edward Snowden, South China Morning Post

D'après les révélations faites par Snowden au quotidien britannique The Guardian, le gouvernement américain aurait accès à des informations sur des millions de conversations téléphoniques et d'échanges Internet de citoyens ordinaires détenus par neuf des plus grands fournisseurs Internet du monde dont Google, Verizon, Apple, Facebook, Microsoft et Skype.

Le gouvernement des États-Unis, qui a reconnu l'existence de ce programme, a invoqué des raisons de sécurité nationale et de lutte au terrorisme en assurant que les communications des Américains ne sont pas espionnées, comme le prétend Edward Snowden.

Activement recherché

Le département américain de la Justice a par ailleurs ouvert une enquête criminelle visant Edward Snowden, qui avait travaillé pendant quatre ans comme sous-traitant pour la NSA.

En ce qui a trait au traitement qui doit lui être réservé, Edward Snowden a déclaré vouloir s'en remettre à la justice de Hong Kong en qui il dit avoir confiance.

« Mon intention est de demander aux tribunaux et aux gens de Hong Kong de décider de mon sort. On ne m'a donné aucune raison de douter de votre système. » — Edward Snowden, South China Morning Post

Le directeur de la NSA persiste et signe

Le directeur de la NSA a défendu mercredi la pertinence du programme controversé. Devant le Sénat, le général Keith Alexander a affirmé que le système de surveillance avait permis aux autorités américaines de déjouer « des dizaines » de complots terroristes aux États-Unis et à l'étranger.

M. Alexander répondait à une question sur l'efficacité, en matière de lutte antiterroriste, de ce système d'écoute et de surveillance.

« Ce sont des dizaines d'actes terroristes que [ces écoutes] ont aidé à éviter ici [aux États-Unis] comme à l'étranger, en déjouant ou en contribuant à déjouer des attaques terroristes », a assuré le patron de la NSA devant la commission sénatoriale.

« Je préférerais subir un lynchage public et que les gens pensent que je cache quelque chose plutôt que de mettre en danger la sécurité du pays », a rajouté M. Alexander.

Julian Assange lui recommande la Russie ou l'Amérique du Sud

Julian Assange Julian Assange  Photo :  AFP/GEOFF CADDICK

Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, qui s'est retrouvé dans la mire des autorités américaines pour avoir publié en 2010 le contenu de 250 000 télégrammes diplomatiques américains, a conseillé mercredi à Edward Snowden de trouver refuge en Russie ou en Amérique du Sud.

Dans une entrevue accordée à la chaîne de télévision russe RT, Julian Assange a expliqué que Snowden se trouve selon lui dans une situation précaire à Hong Kong.

Récemment, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que son gouvernement serait prêt à considérer une éventuelle demande d'asile politique de la part d'Edward Snowden.

Julian Assange, qui a lui-même trouvé refuge en Russie a déclaré : « Il [Snowden] serait bien inspiré d'examiner cette proposition ou de trouver une offre similaire en Amérique du Sud. »

Selon Julian Assange, la Chine n'offre aucune garantie de protection à Edward Snowden et pourrait décider à tout moment de l'extrader si Washington en faisait la demande.

Saviez-vous que...

Hong Kong détient un traité d'extradition avec les États-Unis, contrairement à la Chine.

Ce traité prévoit que les autorités de Hong Kong peuvent détenir Edward Snowden pendant une durée de soixante jours, le temps pour Washington de préparer une requête formelle d'extradition.