Le pape François succède à Benoît XVI

Le Vatican sans pape

Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Claude Bouchard s'est rendue à La Motte, le village de naissance de Marc Ouellet

Pour la première fois depuis Célestin V, en 1294, un pape a renoncé jeudi à ses fonctions. Benoît XVI met ainsi un terme à un pontificat de huit ans marqué par des scandales sexuels et la volonté de l'Église de relancer le christianisme dans un monde où les fidèles sont de plus en plus concentrés dans l'hémisphère sud.

Benoît XVI a quitté le Vatican en hélicoptère pour Castel Gandolfo, la résidence d'été des papes située au sud-est de Rome. L'hélicoptère a survolé la place Saint-Pierre, où de nombreux spectateurs ont assisté à son départ.

À Castel Gandolfo, Benoît XVI a fait une brève apparition à une fenêtre de la villa pour saluer les fidèles. Il s'agissait de sa dernière apparition publique en tant que pape en exercice.

Plus tôt dans la journée, le pape a rencontré les cardinaux pour la dernière fois. Benoît XVI a promis une « obéissance inconditionnelle » à son successeur. « À chaque instant, nous avons essayé de servir Jésus-Christ et son Église avec un amour profond, total », a-t-il ajouté.

Le pape, âgé de 85 ans, avait annoncé son retrait le 11 février, à la surprise générale, ne se sentant plus à même d'assumer le poids de sa charge. Il cessera officiellement d'être pape jeudi à 20 h (heure normale de l'est), mais il restera « pape émérite » et demeurera pour les fidèles « Sa Sainteté ».

Les cardinaux présents à Rome amorcent donc leurs « congrégations générales » afin de préparer le conclave qui élira le nouveau pape. Plusieurs candidats potentiels sont évoqués par les spécialistes, dont le cardinal québécois Marc Ouellet.

Dernière audience

Mercredi matin, Benoît XVI a tenu sa dernière audience générale. Il a fait ses adieux devant des dizaines de milliers de fidèles rassemblées devant la basilique Saint-Pierre de Rome, au Vatican.

Souriant, le souverain pontife a traversé la foule qui l'acclamait à bord d'une papemobile sans vitres latérales. Benoît XVI a pris le temps de saluer ses fidèles et a embrassé de jeunes enfants, puis il a prononcé son ultime discours à titre de chef de l'Église catholique.

« Dieu ne laissera pas couler son Église », a déclaré le pape Benoît XVI, évoquant les « eaux agitées » de son pontificat, mais en précisant qu'il ne s'était « jamais senti seul pour porter les joies et le poids du ministère de Pierre ».

Il a déclaré avoir pris la décision de démissionner « en pleine conscience de la gravité et de la nouveauté » du geste. Le souverain pontife a ajouté : « mais aimer l'Église, c'est aussi faire des choix difficiles ».

« J'ai pris cette décision en pleine conscience de sa gravité et de sa rareté mais aussi avec une profonde sérénité d'esprit. » — Benoît XVI

Une foule estimée à quelque 150 000 personnes a déferlé en matinée sur la place Saint-Pierre pour cet événement qualifié d'historique, brandissant des drapeaux ou des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « merci » dans toutes les langues.

Par ailleurs, Benoît XVI a changé lundi les règles entourant la tenue du conclave, affirmant que les cardinaux pourront avancer le choix de son successeur s'ils arrivent tous à Rome avant la période de 15 jours qui assure traditionnellement la transition entre deux pontificats.

L'ancien archevêque de Montréal, le cardinal Jean-Claude Turcotte, le cardinal Marc Ouellet et le cardinal Thomas Collins figureront parmi les 117 cardinaux qui, en théorie, pourront se prononcer au conclave. En raison d'un problème de santé, le cardinal Julius Darmaatjadja d'Indonésie ne participera toutefois pas au conclave, comme le cardinal britannique Keith O'Brien, qui a démissionné à la suite d'accusations pour des comportements inappropriés.

Les trois cardinaux du Canada

Selon la Constitution apostolique adoptée en 1996, le conclave doit débuter dans les 15 à 20 jours qui suivent la vacance du Saint-Siège, jeudi.

La date de début du conclave est importante parce que la Semaine sainte commence le 24 mars et que la fête de Pâques sera célébrée le 31 mars. Pour qu'un nouveau pape soit en poste à temps pour cette période importante, il devra avoir été installé le dimanche 17 mars - un échéancier très serré si le conclave devait débuter le 15 mars.

Avec les changements apportés par Benoît XVI, le conclave pourrait donc être convoqué avant le 15 mars.

Le chef des catholiques d'Australie, cardinal électeur, égratigne Benoît XVI

Le chef de l'Eglise catholique d'Australie, qui participera au conclave pour élire le nouveau pape, a critiqué publiquement Benoît XVI jeudi, jour de sa démission, lui reprochant sa renonciation « déstabilisante » et son incapacité à réaliser l'unité des catholiques. Le cardinal George Pell a estimé que « le gouvernement n'était pas le point fort » de Benoît XVI. « Je préfère quelqu'un qui puisse mener l'Eglise et la rassembler un peu », a-t-il déclaré à la télévision, citant en particulier le scandale de Vatileaks - qui a jeté le discrédit sur la Curie romaine - comme point noir du pontificat de Joseph Ratzinger.
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