Le monde arabe en mutation

Exactions en Syrie : la commission d'enquête de l'ONU réclame justice

Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Crimes contre l'humanité

Alors qu'à l'ONU, on réclame que des membres du régime Al-Assad soient jugés pour crimes de guerre, dans le nord du pays, les combats font rage pour le contrôle de l'aéroport d'Alep.

Dans un rapport d'enquête présenté lundi, la commission affirme avoir identifié « des personnalités qui exercent des fonctions dirigeantes » en Syrie qui sont susceptibles d'être poursuivies pour crimes de guerre. « Il est temps de mettre en route la justice internationale », a déclaré lundi à Genève Carla del Ponte, membre de la commission.

Mme del Ponte a du même souffle dénoncé l'escalade de la violence et des crimes de guerre commis par tous les protagonistes de la guerre civile en Syrie. Dans les 131 pages du rapport, des cas d'assassinats, de torture, d'exécutions sommaires et de viols ont été rapportés autant dans les rangs des forces rebelles que dans ceux des troupes gouvernementales et de leurs milices armées.

Précisant que la commission d'enquête de l'ONU ne peut saisir elle-même la Cour pénale internationale (CPI) pour faire arrêter et juger les coupables, le diplomate brésilien Paulo Pinheiro, qui dirige la commission d'enquête de l'ONU, a exhorté le Conseil de sécurité de l'ONU « à agir d'urgence » pour que justice soit rendue.

« La CPI est l'institution adéquate pour lutter contre l'impunité en Syrie. En tant que structure existante jouissant d'une large approbation, elle pourrait entamer immédiatement des investigations à l'encontre d'auteurs de crimes graves commis en Syrie », peut-on lire dans le rapport.

Ce document a été élaboré à partir des récits de 445 victimes et témoins interrogés à l'étranger, car les enquêteurs de l'ONU n'ont pas été autorisés à opérer en Syrie.

Le régime Al-Assad montré du doigt

Deux jeunes enfants sont portés à la morgue à la suite d'un bombardement aérien contre la ville de Hass, dans le nord de la Syrie.

Les enquêteurs de l'ONU, qui se sont aussi basés sur des photos satellites, rapportent notamment des raids aériens et des tirs d'artillerie dans des zones civiles des grandes villes du pays telles que Damas, Alep, Deraa, Homs et Idlib.

« Dans certains incidents, comme l'assaut d'Harak, des bombardements sans discernement ont été suivis d'opérations au sol au cours desquelles les forces gouvernementales ont commis des massacres », rapportent les enquêteurs dans leur rapport.

Le rapport de la commission d'enquête indépendante de l'ONU sur les violences en Syrie évoque également des exécutions extrajudiciaires et des attaques délibérées, encore une fois attribuées aux forces gouvernementales ou à leurs milices, contre des cortèges funèbres ou des files d'attente devant des boulangeries pour semer la terreur dans la population. Cela laisse croire aux enquêteurs que le régime de Bachar Al-Assad se livre à une « offensive majeure et systématique contre la population civile ».

« Les forces armées syriennes ont recouru à une stratégie qui utilise les bombardements et les tireurs embusqués pour tuer, mutiler, blesser et terroriser les civils qui habitent des secteurs tombés aux mains de groupes armés antigouvernementaux », notent les enquêteurs dans leur rapport.

Conscient que le rapport de la commission montre clairement du doigt les autorités gouvernementales syriennes, le président de la commission, Paulo Pinheiro, a cru bon de préciser : « Nous collectons l'information des deux côtés, et nous ne faisons aucune différence entre les parties au conflit ».

Al-Assad sûr de sa victoire

Bachar Al-Assad

Au moment où la commission d'enquête de l'ONU accusait son régime d'avoir commis des massacres, le président syrien Bachar Al-Assad déclarait lors d'une rencontre avec des politiciens libanais qu'il est certain de la victoire de ses troupes contre les forces rebelles.

« Nous sommes convaincus que l'avenir nous appartient. La Syrie a la volonté de vaincre le complot », a déclaré le président Assad, rapporte le journal libanais As-Safir.

« Cela ne veut pas dire que tout est réglé, nous avons encore beaucoup à faire en politique et dans le combat contre les groupes terroristes extrémistes », a prévenu le président syrien.

Pour le régime de Bachar Al-Assad, le pays n'est pas en guerre civile, mais plutôt en lutte contre des groupes terroristes armés et financés par l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie.

Au dire de Bachar Al-Assad, « la majorité absolue des Syriens » demeure fidèle à son régime.

Rappelons que selon l'ONU, les 23 derniers mois de guerre civile en Syrie ont 70 000 morts et des centaines de milliers de réfugiés qui ont trouvé refuge dans les pays voisins.

Selon Damas, les dommages infligés par cette guerre aux infrastructures du pays s'élèvent à 1000 milliards de livres syriennes, soit environ 11 milliards de dollars canadiens.

Progression vers l'aéroport

Des rebelles tiennent leur position à une trentaine de kilomètres au nord d'Alep.

Sur le terrain, les forces rebelles continuaient leur progression vers l'aéroport, lundi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), un organisme basé à Londres.

Les insurgés se sont emparés d'un poste de contrôle de l'armée gouvernementale sur la route qui conduit à l'aéroport d'Alep. Les forces rebelles tentent depuis des jours de prendre cet aéroport ainsi que la base militaire de Nairab qui le protège.

D'importants combats ont d'ailleurs été rapportés aux abords de la base aérienne lundi, notamment près de dépôts de carburant. Mais les forces du régime du président Bachar Al-Assad gardent le contrôle du secteur en dépit de l'avancée des rebelles, qui consolident leurs positions autour de l'aéroport.

Pendant ce temps, à Damas, des bombardements attribués aux forces gouvernementales ont été rapportés lundi dans les banlieues sud de la capitale par l'OSDH et les comités de coordination locaux. Les combats s'intensifient au nord et au sud de Damas depuis quelques semaines.

De son côté, la Russie doit envoyer mardi deux avions en Syrie pour acheminer 46 tonnes d'aide humanitaire et rapatrier ses ressortissants désireux de quitter le pays, a fait savoir le ministère des Situations d'urgence.

Embargo européen

Les ministres européens des Affaires étrangères ont fait savoir lundi qu'ils maintenaient en place pour encore trois mois les sanctions à l'endroit de la Syrie, refusant d'alléger l'embargo qui aurait pu permettre de fournir une aide militaire aux rebelles qui cherchent à renverser le régime de Bachar Al-Assad.

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