Le monde arabe en mutation

Tunisie : les islamistes appellent à manifester

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Le cercueil de Chokri Belaïd, porté par la foule.  Photo :  AFP/FETHI BELAID

Les membres de la section jeunesse du parti Ennahda appellent à une manifestation aujourd'hui pour défendre « la légitimité de l'Assemblée nationale constituante » où les islamistes sont majortaires.

La manifestation doit avoir lieu en plein centre de la capitale Tunis, là même où des manifestations et des violences sont survenues ces derniers jours, après le meurtre de l'opposant Chokri Belaïd.

Des dizaines de milliers de personnes ont assisté vendredi aux funérailles de l'opposant, assassiné deux jours plus tôt à Tunis.

Ces funérailles, décrétées nationales par la présidence de la République, se sont transformées en une immense manifestation contre les islamistes d'Ennahda qui dominent le gouvernement.

La capitale tunisienne était quadrillée par les forces de l'ordre et l'armée, dont des hélicoptères sillonnaient le ciel.

Tout le pays était par ailleurs paralysé par une grève générale, répondant à l'appel du puissant syndicat UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens). Commerces, administrations et entreprises étaient fermés. À l'aéroport de Tunis, aucun avion de la compagnie nationale Tunisair n'a décollé.

Des heurts ont éclaté près du cimetière où se déroulait l'enterrement de Chokri Belaïd. Le ministère de l'Intérieur a fait état de 132 arrestations et de dégâts causés aux bâtiments publics et à des locaux du parti Ennahda dans les villes de province.

Des casseurs venus de quartiers proches du cimetière ont incendié des voitures, agressé des civils et jeté des pierres sur la police qui a répliqué par des gaz lacrymogènes.

C'est dans une grande émotion que le corps de Chokri Belaïd a été mis en terre vers 16 h, heure locale, aux cris « Allah Akbar » (Dieu est le plus grand) et au rythme de l'hymne national entonné par les manifestants.

« Si le peuple veut la vie, le destin doit s'y conformer », dit le premier couplet de cet hymne devenu le chant de ralliement lors du soulèvement qui a conduit à la chute de l'ancien président Zine el-Abidine Ben Ali, en 2011.

Hamma Hammami, leader historique de la gauche tunisienne, qui a vécu des années de clandestinité durant le règne de Ben Ali, a prononcé l'oraison funèbre.

« Ghannouchi assassin »

Sur l'avenue Habib Bourguiba, au centre de la capitale, les policiers ont pourchassé des dizaines de jeunes manifestants hostiles au pouvoir.

« Le peuple veut la chute du régime », « Le peuple veut une nouvelle révolution », scandaient les manifestants à l'entrée du cimetière, avant de s'en prendre au chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi : « Ghannouchi assassin ».

La famille et l'entourage du défunt accusent le parti islamiste d'être derrière l'assassinat.

Double crise

La crise politique que vit le pays depuis plusieurs mois est accentuée par une fracture au sein du parti Ennahda.

Le parti islamiste semble divisé en deux courants. L'un, modéré, conduit par le premier ministre Hamadi Jabali et l'autre, radical, dirigé par le chef historique Rached Ghannouchi.

Le premier ministre a répété vendredi qu'il maintenait sa décision de former un gouvernement non partisan, malgré le refus de son parti et les réticences de la présidence de la République, qui souhaite l'aval de cette décision par l'Assemblée constituante.

« Je n'aurai pas besoin de l'aval de l'Assemblée nationale constituante », a répliqué M. Jabali.

Pression salafiste

Le groupuscule salafiste Ansar Al-Charia (Défenseurs de la charia) a ajouté son grain de sel dans cette crise en appelant les islamistes à mettre fin à leurs divisions.

« Faire plus de concessions, lâcher encore du lest en ce moment crucial ne peut vous conduire qu'au suicide politique », a déclaré à l'adresse d'Ennahda le chef du groupuscule, Abou Iyadh.

Ce dernier est recherché par la police pour son rôle dans l'attaque de l'ambassade américaine, en septembre dernier.

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