La crise malienne

Des Canadiens parmi les ravisseurs d'In Amenas, selon Alger

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Les explications d'Alexandra Szacka

Le premier ministre algérien Abdelmalek Sellal a confirmé la présence de deux Canadiens parmi le groupe qui a attaqué mercredi le complexe gazier d'In Amenas, dans le sud du pays, avant que l'armée algérienne n'intervienne en force pour les déloger.

Lors d'une conférence de presse tenue lundi matin, M. Sellal a affirmé que l'un d'eux, appelé Shadad, était responsable de coordonner l'attaque menée par les combattants islamistes, qui a fait 81 morts, dont une cinquantaine de travailleurs algériens et étrangers.

M. Sellal a précisé que Shadad s'adressait à son groupe en anglais.

Le premier ministre algérien n'a toutefois pas précisé si les Canadiens figuraient parmi les 29 militants tués lors de l'assaut des forces algériennes, ou parmi ceux qui ont été capturés vivants.

Selon ce que rapporte le collaborateur de Radio-Canada à Alger, Fayçal Métaoui, l'un de ces deux hommes était spécialisé dans la manipulation d'explosifs.

Une source des services de sécurité algériens a quant elle affirmé que des documents retrouvés sur les corps de deux présumés terroristes morts ont permis de les identifier comme étant de nationalité canadienne.

À Ottawa, le Bureau du premier ministre Stephen Harper a indiqué qu'il n'y a eu jusqu'à présent aucune communication officielle entre les gouvernements algérien et canadien au sujet de l'identité ou de la nationalité des preneurs d'otages.

Or, le ministère des Affaires étrangères avait déclaré en matinée avoir été mis au courant de la possibilité que des Canadiens figurent parmi les preneurs d'otages.

« Nous sommes au courant que des Canadiens pourraient avoir été impliqués dans la prise d'otages en Algérie. Nous suivons de près toutes les sources appropriées afin d'en apprendre davantage et nous demeurons en contact étroit avec les autorités algériennes », a expliqué une porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Canada.

Mais Ottawa estime qu'en l'absence d'informations fiables, la découverte de faux passeports pourrait être à l'origine de la déclaration du premier ministre algérien. Des sources fédérales ont également affirmé que le gouvernement est frustré par le manque de renseignements provenant d'Algérie.

Des soldats en faction sur le site gazier d'In Amenas, en Algérie. Des soldats en faction sur le site gazier d'In Amenas, en Algérie.  Photo :  PC/Mohamed Kadri

Par ailleurs, au moins trois des ravisseurs seraient toujours en fuite et activement recherchés par l'armée algérienne. Au moins trois activistes islamistes auraient aussi été capturés vivants sur le site où travaillaient 790 employés, dont 134 étrangers de 26 nationalités.

Les artificiers de l'armée algérienne poursuivaient lundi leurs recherches dans les installations et les nombreux bâtiments du complexe gazier. Selon la société d'État algérienne Sonatrach, qui gère le complexe avec la compagnie britannique BP et l'entreprise norvégienne Statoil, des mines et des engins explosifs ont été posés partout dans les installations gazières d'In Amenas.

Un lourd bilan

Selon le plus récent bilan fourni lundi matin par le premier ministre algérien, 37 étrangers de huit nationalités différentes ont trouvé la mort au cours de la prise d'otages.

Plusieurs d'entre eux ont été exécutés d'une balle dans la tête par leurs ravisseurs, a-t-il précisé, ajoutant que cinq autres personnes sont toujours portées disparues.

Le nombre total d'otages tués sur le site gazier d'In Amenas depuis mercredi dernier s'élève donc à 52, après la découverte dimanche des corps d'une trentaine d'otages supplémentaires.

En comptant les ravisseurs morts lors de l'assaut, le bilan humain est désormais de 81, selon le gouvernement algérien.

Par ailleurs, selon le premier ministre Sellal, les preneurs d'otages provenaient bel et bien du nord du Mali, comme Alger l'avait rapidement affirmé.

Un camion transporte des cercueils.  Photo :  AFP/FAROUK BATICHE

Outre le Canada, les terroristes islamistes provenaient d'Égypte, du Mali, du Niger, de la Mauritanie et de la Tunisie. Le commando était dirigé par un Algérien.

Le premier ministre David Cameron a annoncé que trois Britanniques et un résident du pays ont été tués dans la prise d'otages. Trois autres Britanniques sont disparus et vraisemblablement morts, a-t-il ajouté.

Le Japon a annoncé que 10 de ses ressortissants manquaient à l'appel. Neuf d'entre eux ont été exécutés dès mercredi par les ravisseurs, selon l'Agence France-Presse, qui cite deux otages algériens témoins de la scène.

Six Philippins ont été tués et quatre autres sont portés disparus, selon le gouvernement philippin, alors que la Norvège compte cinq morts, et la Malaisie, deux. Des citoyens français, américains et roumains avaient déjà été déclarés morts.

La prise d'otages a été orchestrée en représailles à l'opération en cours au Mali, où des troupes françaises, maliennes et ouest-africaines tentent de repousser des rebelles islamistes qui ont pris le contrôle du nord du pays. L'Algérie a autorisé les avions de chasse français à survoler son territoire pour se rendre au Mali.

La brigade des Moulathamine de Mokhtar Belmokhtar, l'un des chefs historiques et fondateur d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), affirme avoir mené cette prise d'otages. L'organisation menace de mener de nouvelles attaques contre les pays qui soutiennent l'intervention militaire française au Mali.

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