La crise malienne

Mali : premier engagement des soldats français au sol

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Des soldats français se préparent avant leur déploiement vers Bamako, au Mali, le 14 janvier 2013.

La France a pour la première fois engagé mardi des troupes au sol au Mali, pour reprendre Diabali, une localité de l'ouest tombée la veille aux mains des islamistes.

Il s'agit d'un tournant après une campagne de bombardements aériens menée depuis vendredi.

Des centaines de soldats maliens et français sont partis mardi de Niono, une ville située au sud de Diabali, pour prendre cette localité.

Diabali, située à 400 kilomètres au nord de Bamako, est tombée mardi aux mains de djihadistes, qui seraient commandés par un émir algérien d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), Abou Zeid, et qui avait été bombardée dans la nuit de lundi à mardi.

« D'ici demain, nous allons reprendre Diabali avec les Français », a précisé une source de la sécurité malienne en entrevue à l'AFP.

Parallèlement, une trentaine de véhicules blindés français ont quitté mardi après-midi l'aéroport de Bamako où ils étaient basés, en faisant route vers le nord du Mali.

Par ailleurs, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a déclaré mardi que la ville stratégique de Konna, dans le centre du Mali, n'a pas été reprise aux « groupes terroristes » par les forces maliennes, alors qu'un lieutenant de l'armée malienne avait affirmé le contraire samedi.

Dans l'attente de l'arrivée de la force ouest-africaine, la France a également poursuivi mardi ses frappes aériennes contre les combattants islamistes et annoncé le déploiement à terme de 2500 soldats au Mali. Plus de 800 soldats français sont d'ores et déjà déployés dans le pays.

La France continuera « à avoir des forces au sol et dans les airs » jusqu'au déploiement des forces de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), ce qui devrait prendre « une bonne semaine », a affirmé plus tôt le président François Hollande.

Le premier ministre français Jean-Marc Ayrault a présidé aux Invalides, à Paris, une cérémonie d'hommage national au chef de bataillon Damien Boiteux, premier soldat français tué vendredi dernier au Mali, aux commandes de son hélicoptère.

De nouvelles frappes « réussies »

Au cinquième jour de l'intervention militaire française, les frappes aériennes contre les rebelles islamistes « ont atteint leurs objectifs » dans la nuit de lundi à mardi, a déclaré le président français.

Les bombardements sur Diabali ont fait au moins cinq morts et plusieurs blessés parmi les islamistes, a indiqué à l'AFP une source de sécurité malienne. Un habitant d'une ville voisine a déclaré avoir aperçu des islamistes armés prendre la fuite après les frappes.

Un des responsables du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a rapporté que 86 personnes avaient été blessées dans les combats et les bombardements. Le gouvernement malien a pour sa part fait état de 11 morts et d'une soixantaine de blessés dans les rangs des militaires maliens, et d'un militaire français mort des suites de ses blessures subies lors des opérations.

Par ailleurs, l'UNESCO a appelé mardi les forces militaires maliennes et françaises à protéger les sites du patrimoine culturel du Mali, déjà gravement endommagés l'année dernière par les islamistes.

Des soldats français à Bamako le 14 janvier 2013.
Les préparatifs s'accélèrent pour le déploiement de la Force internationale de soutien au Mali (MISMA), approuvée par le Conseil de sécurité de l'ONU. La MISMA sera formée d'éléments de la CEDEAO et sera sous la direction d'un général nigérian, Shehu Abdulkadir. Le Nigeria doit fournir 600 hommes pour former cette force de frappe. Le Niger, le Burkina Faso, le Togo et le Sénégal ont également annoncé l'envoi chacun d'environ 500 hommes, et le Bénin, de 300. Le Tchad fournira aussi un contingent.

Besoin d'aide internationale

Alors que l'opération française, baptisée Serval, recueille un large soutien international, le Canada a décidé d'appuyer la France en lui fournissant un avion de transport CC-17 pour une semaine. Ottawa souligne toutefois que « les membres des Forces canadiennes ne participeront à aucune intervention directe contre des forces rebelles au Mali ».

Outre le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Belgique et le Danemark appuieront aussi la France au niveau du transport.

D'ailleurs, les États-Unis discutent actuellement de l'aide qu'ils pourraient apporter à la France, a déclaré mardi à Madrid le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, qui a exclu tout déploiement de forces américaines sur le terrain.

Le secrétaire général de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) a de son côté appelé à un cessez-le-feu unilatéral au pays, tandis que l'Organisation des Nations unies a déclaré que le conflit avait fait 230 000 déplacés au Mali et 150 000 réfugiés dans les pays voisins jusqu'à maintenant.

Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui distribue de la nourriture par l'entremise de plusieurs ONG, estime qu'il lui manque 129 millions de dollars pour répondre aux besoins des Maliens.

Suivez sur Twitter la journaliste Sophie Langlois qui couvre la crise malienne

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