Étudiante violée en Inde : la Cour suprême ordonne la création de tribunaux spéciaux

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Associated Press
Frédéric Nicoloff fait le point

Alors que s'ouvrait lundi le procès de cinq des six hommes accusés du viol et du meurtre d'une jeune Indienne, le président de la Cour suprême du pays ordonne la mise en place de tribunaux spéciaux pour les crimes sexuels.

Dans une lettre adressée aux juges des hautes cours des États de l'Inde, le président de la Cour suprême indienne, Altamas Kabir, réclame la création de ces tribunaux spéciaux pour accélérer le traitement des affaires impliquant des crimes de nature sexuelle.

Cette directive de la plus haute cour du pays survient après une vague de manifestations violentes qui a secoué le pays à la suite du viol collectif d'une jeune Indienne par six hommes dans un autocar, à la mi-décembre. La jeune femme est morte à la suite des graves blessures subies pendant l'assaut. La population, indignée par la gravité du crime et le désintérêt des autorités pour l'affaire, s'est soulevée dans plusieurs villes du pays pour réclamer justice. 

Reconnaissant dans sa missive que les délais judiciaires pour ce genre d'affaires sont beaucoup trop longs en Inde, Altamas Kabir ajoute que ces délais ne contribuent pas à dissuader les auteurs de tels crimes, généralement commis contre des femmes. 

« De nombreuses affaires sont en attente dans plusieurs hautes cours et tribunaux concernant des violences faites aux femmes et il y a eu récemment une hausse notable de telles affaires. (...) Des mesures devraient être prises pour créer immédiatement des tribunaux exclusivement chargés d'affaires de violences faites aux femmes », écrit le président de la Cour suprême indienne dans une lettre, dont l'Agence France-Presse a obtenu une copie.

Procès à huis clos pour cinq des six accusés

En Inde, les manifestations en lien avec le viol d'une jeune étudiante se poursuivent.  Photo :  AFP/Andrew Caballero-Reynolds

Pendant ce temps, cinq des six hommes poursuivis pour le viol et le meurtre de la jeune étudiante ont comparu lundi matin pour la première fois devant la justice indienne dans un tribunal du district de Saket. Compte tenu du climat d'agitation qui régnait dans la salle, la magistrate chargée d'entendre l'affaire a ordonné que la comparution des cinq accusés se déroule à huis clos.

« La salle d'audience est pleine à craquer. C'est devenu impossible pour cette cour de mener la procédure dans cette situation », a déclaré la magistrate, Namrita Aggarwal.

Le juge a également décidé d'interdire aux médias d'assister aux audiences préliminaires et au procès.

Des avocats manifestaient contre des confrères s'étant portés volontaires pour défendre les accusés, qui encourent la peine de mort. Les cinq personnes sont également accusées d'enlèvement, de vol et de complicité lors de l'agression de la jeune femme et de son compagnon le 16 décembre, à New Delhi, à bord d'un autobus.

Les cinq accusés, des résidents de New Delhi, sont tous âgés de moins de 35 ans. Le sixième accusé n'a que 17 ans et doit être jugé par un tribunal pour mineurs.

Deux des prévenus ont déposé samedi une demande pour obtenir le statut d'informateur contre les autres accusés, en échange d'une peine réduite.

La procédure judiciaire a été exceptionnellement accélérée, à la suite de la vague d'indignation sans précédent dans le pays. Les accusés comparaissent un peu plus d'une semaine après la mort de la jeune étudiante de 23 ans, dans un hôpital de Singapour où elle avait été transférée pour y recevoir des soins spécialisés.

D'importantes mesures de sécurité ont été mises en place pour cette audience, par crainte d'agressions envers les cinq prévenus. Un homme a été arrêté la semaine dernière pendant qu'il essayait de placer une bombe à proximité de la maison de l'un d'eux.

Selon les experts judiciaires, la cour du district de Saket, dans le sud de la capitale, devrait transférer l'affaire à un autre tribunal compétent en matière de viol et de meurtre.

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