Des avocats refusent de défendre les violeurs de « la fille de l'Inde »

Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Le récit de Frédéric Nicoloff

Des avocats de la défense de New Delhi refusent de défendre les six accusés du viol collectif et du meurtre d'une jeune femme de 23 ans. Pendant ce temps, des manifestations se poursuivent dans les rues de la capitale indienne pour réclamer une meilleure protection des femmes dans le pays.

Le viol collectif d'une jeune femme de 23 ans, le 16 décembre dernier, a provoqué une véritable onde de choc en Inde. Violée à plusieurs reprises par six individus dans un autobus, l'étudiante de 23 ans a succombé à ses blessures samedi dernier. Elle a été inhumée le lendemain.

Les six accusés devraient se présenter en cour pour leur première audience, jeudi, dans un tribunal du sud de la capitale indienne. « Nous avons décidé qu'aucun avocat ne se présentera pour défendre les accusés du viol, parce que ce serait immoral de défendre l'affaire », a annoncé un avocat membre du barreau du district de Saket, Sanjay Kumar. Le boycottage a été confirmé par un autre membre du barreau de Saket.

Les avocats de la défense devront ainsi être désignés par le tribunal.

Le procès devrait s'ouvrir jeudi avec la présentation d'un rapport de police de 1000 pages. Les six suspects encourront la peine de mort s'ils sont reconnus coupables, a déjà indiqué le ministre de l'Intérieur, Sushikumar Shinde. Cinq hommes seront jugés pour le viol et le meurtre de la jeune femme de 23 ans. Le sixième suspect, qui serait âgé de 17 ans, devrait être traduit devant un tribunal de la jeunesse. Des examens osseux sont toutefois en cours pour confirmer l'âge du jeune suspect.

Selon le rapport de police, les violeurs auraient jeté leur victime et son petit ami hors de l'autobus après l'agression et ils auraient tenté d'écraser la jeune femme. L'intervention de son petit ami, qui a réussi à la mettre hors de portée de l'autobus, lui a sauvé la vie jusqu'au samedi 29 décembre 2012.

La jeune femme aurait mordu trois de ses agresseurs au cours du viol. Ces morsures et le témoignage de son petit ami serviront notamment de preuves au cours du procès.

Des Indiens en colère

Depuis le viol de l'étudiante, des citoyens en colère sont descendus dans les rues pour réclamer du gouvernement qu'il assure davantage la sécurité des femmes. Le chef des autorités locales de la capitale a aussi lancé un appel au calme. Il s'est voulu conciliant en déclarant que « des décisions substantielles seraient prises très bientôt ».

La nature violente de l'attaque subie par la jeune femme, surnommée « la fille de l'Inde », a scandalisé les Indiens. Les viols collectifs sont courants en Inde, et beaucoup ne font pas l'objet de plaintes puisque les femmes font souvent peu confiance à la police.

Les manifestants réclament notamment des peines plus lourdes pour les crimes sexuels ainsi que des mesures de sécurité accrues pour les femmes.

Des mesures concrètes

Ce viol collectif force maintenant des gestes concrets de la classe politique. Ainsi, les parlementaires accusés d'agression sexuelle contre des femmes pourraient être suspendus de leurs fonctions. Il ne manque plus que l'assentiment de la plus haute cour de justice du pays.

Une administratrice gouvernementale à la retraite, Pernilla Shanker, demande à la Cour suprême de suspendre tous les élus des assemblées fédérales et régionales qui font face à des accusations de crimes contre les femmes.

Six élus régionaux font présentement face à des accusations de viol et deux parlementaires nationaux sont accusés de crimes envers des femmes, selon un responsable de l'Association pour les réformes démocratiques, Jagdeep S. Chhokar, qui scrute les casiers judiciaires des politiciens.

La Cour entendra la demande de Mme Shanker, jeudi, au moment même où des accusations seront officiellement portées contre cinq des six présumés violeurs et meurtriers de la jeune femme. Mme Shanker souhaite également que la Cour suprême force le gouvernement à faire traiter en priorité les milliers de dossiers de viol qui traînent devant les tribunaux depuis des années.

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